DIVISION DES CORPS DE LA NATURE
formes qui sont ordinairement anguleuses, à leurs surfaces qui, dans le plus grand nombre, restent planes , et qui constituent des masses divisibles , dont le volume et les dimensions peuvent varier à l'infini. Les plantes et les animaux sont des individus, dont les formes et les surfaces sont constamment déterminées et limitées, le pins souvent arrondis et symétriques au moins dans leurs parties , et dont la solidité varie aux diverses époques de leur existence.
Il y a cette grande différence entre les corps , que ceux qui s’accroissent par agrégation peuvent être divisés en molécules ou portions infiniment petites , semblables à la masse dont elles ont été tirées, sans cesser d’exister et d’être absolument de même nature 5 tandis que, dans les corps qui se développent, aucune portion ne. peut être distraite et exister isolément, à moins qu’il ne s’y développe de nouvelles parties destinées à remplacer celles qui lui manquent.
Les corps qui ne se développent pas, mais dont le volume augmente par agrégation , sont en général composés de fluides ou de solides qui restent constamment dans les mêmes points de la masse et sans s’altérer ; ils renferment très peu d’élémens ou de principes constituans, qu’on peut séparer et réunir ensuite à peu près de la même manière qu’avant leur décomposition : les corps qui se développent au contraire, ont été primitivement liquides et sont essentiellement formés de solides et de fluides qui se changent en d’autres et se renouvellent ; ils ont toujours et nécessairement plus ou moins de consistance , ils sont entretenus tels, nourris et augmentés par des fluides; jamais, après les avoir décomposés, on ne peut les reformer tels qu’ils ont été.
Puisqu’il y a des propriétés si différentes dont jouissent les corps de la nature, on a reconnu par cela même qu’il y avoit un grand avantage à les considérer isolément et à les diviser eu deux grandes séi'ies. En ffet, les êtres qui sont rangés dans ces deux sections principales semblent obéir dans chacune à des lois pai’ticulières , et être sou¬
mis à des gouvernemens différens qui les régissent. Ce sont deux sortes d’empires ; voilà pourquoi on est convenu de les considérer comme formant deux règnes dans la nature.
On a nommé l’une de ces séries le Règme ORGANIQUE parce qu’elle comprend tous les corps qui combattent les lois générales de la nature ; mais comme ils ne peuvent les modifier qu’.à l’aide de certains appareils , ou par l’entremise d’un ou plusieurs inslrumens qui servent à faire, à opérer, à produire , et que l’on appelle des organes dans le langage anatomique; les êtres ainsi construits , ou doués de ces organes, ont été nommés organisés ou corps organiques.
Par opposition de caractères, l’autre série des corps de la nature est appelée le Règne ANORGANiQUE , pour indiquer que ces corps n’ont aucun organe ou instrument destiné à modifier les lois générales de la nature , et qu’ils leur obéissent en restant dans une sorte d’inertie qui les fait seulement persister dans l’état où ils sont, à moins qu’ils ne soient sollicités par des forces qui leur sont étrangères ; c’est ce qui les a fait nommer corps inertes.
Voici, en résumé, les grandes difiërences qui nous sont offertes par les corps : les uns doivent leur origine à la génération , les autres à une sorte d’attraction ; les uns se développent par intus-susception , les autres croissent ou augmentent par agrégation ; les uns cessent d’exister par une véritable mort, les autres n’ont pas de fin déterminée; les uns sont des individus d’une forme constante, invariable et d’une composition compliquée , qui ne peuvent être régénérés quand ils ont été analysés ou séparés dans leurs principes , les autres sont des masses de figures variables et d’une composition très simple, qui peuvent être réintégrés et reproduits, quand leurs élémens se trouvent de nouveau convenablement rapprochés.
Avant de nous livrer à l’étude de ces derniers corps , nous croyons nécessaire de faire connoître les circonstances principales auxquelles on peut attribuer leur manière d’être sur la terre.