LOIS GÉNÉRALES. ATTRACTION
de la terre qui semble les entraîner. On a nommé cette sorte de force , la gravitation terrestre ; et l’action que les corps en éprouvent, la pesanteur ou la gravité. Comme on estime cette pesanteur par la pi’ession que les corps exercent sur les surfaces qui s’opposent à leur chute, en appelle le poids d’un corps, la mesure de sa masse, ou de la quantité de matière qu’il renferme, en raison de sa densité, comparée à la résistance d’un obstacle appréciable qui s’oppose à son mouvement, et sur lequel il pèse jusqu’à ce qu’il soit en équilibre. Aussi pour connoître le poids d'un corps est-on obligé de le mesurer avec d’autres dont la gravité est déterminée et convenue, à l’aide de divers instrumens qui servent à le peser et qu’on appelle des balances. (99)
Il y a donc une sorte d’altraction terrestre , puisque les corps abandonnés à euxmêmes sont entraînés par leur poids directement vers le centre de la terre que l’on suppose tout-à-fait ronde ou sphérique. On démontre ce phénomène à l'aide d’un fil à l’extrémité libre duquel une petite masse de plomb se trouve suspendue. En laissant , tomber ce poids, d’un point élevé , la corde qui le soutient indique la ligne verticale que l’on nomme encore, à cause du moyen que l’on emploie pour la connoître , la ligne perpendiculaire.
Cette loi d’attraction agit aussi, comme nous allons l’indiquer , dans un grand nombre de circonstances liées à l’existence des corps, sur les parties qui les forment, et qu’on peut considérer, malgré leur excessive ténuité , comme susceptibles d’être divisées ou séparées les unes des autres. On appelle molécules, avons-nous dit (15), ces petites masses de matière, dont l’ensemble forme les corps , et on les considère tantôt sous le point de vue de leur disposition physique, ou de leur structure mécanique, en les brisant, en les séparant régulièrement, sans les décomposer. Dans ce cas , chacune de ces portions reste intègre, de même nature, et semblable à la masse dont elle a été séparée. On la nomme alors molécule homogène, ou mieux intégrante. Tantôt, à l’aide de l’analyse chimique, ou de la décomposition , on sépare , quand cela est possible, les particules qui constituent ces corps,
et qui y étoient combinées ; on reconnoît alors que chacune de ces matières, de nature diverse, jouit de qualités et de propriétés tout-à-fait différentes de celles de la masse entière dont elle faisoit partie, et que ces molécules hétérogènes essentielles ou constituantes appartiennent à des principes ou à des élémens fort distincts.
Cette tendance que les molécules des corps ont à s’attirer réciproquement, à de très petites distances, est désignée sous le nom général A'attraction moléculaire ; et on la distingue en deux grandes forces actives , suivant qu’elle s’exerce sur les molécules intégrantes ; elle porte alors le nom de cohésion (29) ; ou, suivant qu'elle se manifeste entre des molécules dissemblables ou de nature chimique différente, on l'appelle, dans ce cas , affinité chimique (30) ou attraction de composition, de combinaison.
La force de cohésion, qui lient réunies et adhérentes entre elles lesdites molécules intégrantes des corps, et qui fait qu’elles restent attachées les unes aux autres, pour former une même masse , varie à l’infini dans son intensité. Elle modifie considérablement les qualités et les propriétés de ces corps ; elle détermine surtout leurs formes et leur solidité , ainsi que leur manière d’être dans l’espace en raison de la quantité et de l’arrangement des molécules contenues sous un même volume. C’est ce que nous aurons occasion d’établir par la suite, en parlant de l’étendue des corps (31) et de l’action qu’ils éprouvent par la matière de la chaleur (50) qui peut les pénétrer.
La propension que les molécules constituantes de nature différente ont à s’unir, h s’allier et à rester jointes ou combinées, porte aussi le nom d’affinité. Comme nous l’avons dit, ce mot exprime, par une sorte de métaphore , que les parties hétérogènes ou dissemblables peuvent établir entre elles et conserver une sorte de liaison ou de parenté qui, tant qu’elle persiste, confond et mêle, combine les élémens de leur substance. Cette affinité s’exerce à différens degrés entre les principes constituans des corps , et par une sorte de choix dont on ignore la cause. C’est ce qu’on nomme affinité élective. On a étu-