AGENS DE LA NATURE. CALORIQUE
tenoient par conséquent des proportions diverses de calorique. On peut faire sortir d'un corps ce calorique spécifique, et on a fabriqué des instrumens pour apprécier la quantité qui y étoit entrée. Par exemple si, dans un espace circonscrit, on fait successivement pénétrer des corps dont le poids et la température sont déterminés et uniformes, de manière à être isolés, mais entourés, à une certaine distance , de glace ou d’eau congelée dont la température est connue; cette glace absorbe rapidement le calorique, dans la proportion qui lui est nécessaire pour se fondre et s’écouler sous forme liquide. Si on recueille cette eau, son poids fait bientôt connoitre la quantité de calorique spécifique que le corps a dû dégager. On estime par le même procédé la chaleur que laissent dégager beaucoup de corps , lorsqu’ils se combinent dans des circonstances qu'on fait en sorte de rendre absolument semblables. L’instrument qui sert à cette évaluation est appelé le calorimètre.
En s’introduisant dans les corps, le calorique en écarte les molécules ,et il leur fait occuper un plus grand espace , il les dilate, puisqu’il augmente leur volume. C'est ce phénomène remarquable qui rend ce fluide un des agens les plus importans à connoitre dans la nature, puisqu’il s’oppose jusqu’à un certain point à la force de la cohésion ; qu'il modifie les formes apparentes de tous les corps ; qu'il aide leurs combinaisons ; qu’il produit des mouvemens et des efforts prodigieux, tels que ceux des machines à vapeur. Quand la dilatation (35) s’opère dans les corps, on conçoit qu'ils absorbent la matière de la chaleur, et que, puisque celle-ci s’y accumule, il doit y avoir dans les corps environnans une diminution de calorique, et pour nous sensation de froid ; c’est ce qu’on démontre dans certaines matières, quand leur surface permet l’évaporation. Par l’effet contraii'e , lorsque les corps se resserrent, quand leur masse est rapidement condensée par l’effet de la pression ou de toute autre manière, aussitôt le calorique s’en dégage, il se manifeste et tend à se porter ailleurs : c’est ce qui a lieu lorsqu’on bat à froid un métal sur l’enclume, quand on le comprime sous le haiancier; c’est ce qui devient manifeste dans les petites parcelles de l’acier qui se détachent du briquet dont on frappe le silex , et dans ces petites pompes
à compression , où l’air , rapidement condensé , laisse dégager le calorique qui met le feu à un petit morceau d’amadou. (113)
Celte propriété de dilater les corps caractérise et dénote la jîrésence du calorique partout où il se trouve, par cela même qu'il tend à se mettre en équilibre , comme nous l’avons dit (48). On a construit des instrumens de physique, à l’aide desquels on peut estimer ou mesurer la température de l’air, des liquides et des solides , en employant l'iiu de ces corps sous ces divers états , pour servir de termes de comparaison. C’est ce qui a fait établir les therrnoscopes , les ther~ momètres et les pyromètres. Ces derniers sont formés par des barreaux ou bagettes de métal qui s’alongent et mettent en mouvement sur un cadran des aiguilles destinées à faire connoitre celte dilatation ; ils sont en général propres à faire apprécier les températures trés-éievées , telles que celles qui sont nécessaires pour opérer la fonte des métaux, pour produire le verre ou cuire la porcelaine. Les thermomètres sont plus particulièrement employés par les physiciens pour estimer les températures basses et peu élevées. Leur point de départ, qu’on nomme zéro, est donné par l’état où se trouve la glace fondante; l’échelle , appliquée sur les côtés du tube qui contient le liquide, indique au-dessous du zéro les degrés de froid , audessus les degrés de chaleur. Celle de l’eau bouillante , dans le thermomètre de Kéaumur, est à 80 degrés; mais, d’après les nouvelles divisions adoptées, c’est à 100 degrés, et on le dit alors centigrade. En Angleterre et en Allemagne on a adopté la division de Farenheit : celui-ci est divisé en 212 degrés, dont le 32‘’ correspond à zéro ou à la glace fondante, d’après Réaumur. Il ne peut être construit qu’avec le mercure , car le point de départ est le froid produit par un mélange égal de sel de cuisine et de neige ; de sorte que les rapports de ces thermomètres sont, pour la température de l'eau bouillante, 80 Réaumur , ISOFarenheit, et 100 du thermomètre centigrade. Pour construire les thermomètres, on introduit dans des tubes , l’eau,l'alcohol ou le mercure, qui indiquent l’auginentalion de volume de ces liquides; comme dans les therrnoscopes la dilatation de l’air , en poussant une gouttelette de liqueur colorée, fait connoitre à l’œil le degré de gonflement d’un fluide élastique enfermé dans un tube.