AGENS GÉNÉRAUX DE LA NATURE. AIMJNT
A'aimant, sorte de mine de fer, que les Grecs appeloieatdans lequel, ou à la surface duquel, ce fluide magnétique se manifeste par la propriété dont il jouit de s’attacher au fer, et de l'attirer a lui. C’est cette attraction qui indique et caracte'rise principalement sa présence.
Ce fluide magnétique agit à distance sur le fer, même à travers les corps les plus denses , et il lui communique , par le frottement, des propriétés semblables à celles dont il jouit, et sans paroitre rien perdre de sa force. Cette communication s’appelle l’aimantation. Quand on frotte avec un aimant , une aiguille , ou un barreau de fer ou d’acier, l’une des extrémités de ce barreau se tourne ou se dirige constamment vers le nord, et l’autre vers le sud, si ce barreau est suspendu convenablement par son centre de gravité (64). C’est l’application de cette force physique qui a donné l’idée de mettre en équilibre , dans une boîte, une lame d’acier aimantée qui constitue essentiellement cet instrument de marine que l'on nomme boussole, ou compas de mer, et qui dirige les pilotes sur les vaisseaux ; car les points opposés de l'aiguille , libre dans tous ses mouvemens , indiquent les pôles de la terre, l’un boréal, l’autre austral.
Le magnétisme ne réside pas uniquement dans la mine de fer qu’on nomme l’aimant :
le nickel, le cobalt et le fer lui-même dans certaines circonstances de situation verticale , lorsqu'il est comprimé ou frotté d’une certaine manière , et dans un sens détei’miué , s’aimante et jouit de toutes les propriétés du fluide magnétique ; c’est-à-dire que si c’est un barreau , il attire le fer par l’une de ses extrémités, et qu’il le repoussé par l’autre. A l'aide de la machine électrique et de la pile galvanique , on a reconnu dans ces derniers temps qu’on pouvoit agir sur l’aiguille aimantée , et même donner au fer cette propriété de l’aimant. Cette action, qu’on a désignée sous le nom A'électro-magnétique , se manifeste encore dans quelque cas de combinaisons chimiques.
Tous les corps de la nature obéissent, plus ou moins complètement, à ces forces, Dcméril
à ces lois, à ces agens; mais ceux que nous avons appelés inertes (19), sont tellement sous leur dépendance, qu’ils en empruntent toutes leurs qualités et leurs propriétés. Il devenoit donc indispensable de faire connoitre ces diverses causes qui modifient leur existence sur la terre , puisque nous ne pouvons les distinguer les uns d’avec les autres , que par l’observation comparée des manières diverses dont ils agissent et sur nous et sur les autres corps. Aidés par ces premières données positives, nous allons essayer d’étudier ces substances, et de les classer d’après leur composition, c’est-à-dire d’après la connoissance acquise de leurs principes ou des matériaux élémentaires cjui les constituent ; d'après leurs qualités, ce qui comprend toutes les modifications de formes, de solidité, d’étendue j enfin, d’après toutes leurs propriétés.
Rappelons-nous, à l’aide des considérations exposées dans le chapitre précédent (19), que dans un grand nombre de corps de la nature , il n’existe aucun instrument propre à modifier, à altérer les lois générales dont nous venons de parler , et que ces matières ne peuvent changer de forme, de place , de qualités et de propriétés, si ce n’est par la seule action des puissances extrinsèques :
c’est à cause de cela qu’on les a désignés sous le nom de corps inertes , ou sous celui d’agrégats quand on a considéré leur structure et leur composition intimes. Comme ils sont privés d’organes, les naturalistes les ont tous compris dans la grande série appelée le règne anorganique ; et, comme dans les premiers temps on ne rangeoit dans cette division générale que les minéraux, c’est-à-dire les substances solides observées à la surface de la terre , ou dans son intérieur , on avoit donné à la science qui s’occupe de leur étude, le nom hybride de minéralogie , qui est emprunté de deux langues, et auquel on pourvoit peut-être substituer ceux A'anorganologie, ou d'abiotologie (1) , qui conviendroient mieux à l’état actuel de nos connoissances, puisqu’ils signifieroient traité des corps pi-ivés d'organes , ou privés de la vie.
(1) Abiotologie, Aé’w; Aéjsrog, privé de la vie.
Avs^yave;, manquant d’inslrumens, et de /cycj, doctrine.
CORPS ANORGANIQUES. MOYJEm D’ÉTUDE.
iS
Les naturalistes, pour bien connoître les corps anorganiques, ont été obligés d'étudier la matière qui les forme à l’aide des divers moyens qu'ils ont empruntés à la physique , à la chimie et à quelques autres sciences. Ainsi, après avoir admis l’existence des quatre agens principaux qu’ils n’ont pu saisir ni peser, et qu'ils ne connoissent que par leur manière d’agir sur les autres corps , auxquels leur union donne cependant beaucoup de qualités et de propriétés , ils ont considéré comme étant plus particulièrement l’objet de leur étude, les corps palpables, coercibles ou pondérables, ou ceux dont ils ont pu saisir la matière. Ils les ont classés et divisés en deux groupes ou ordres principaux, savoir : les corps simples, ou indécomposés , c'est-à-dire dans lesquels on n’a reconnu jusqu'ici qu’une seule sorte de matière ; et les corps composés , dans lesquels on a signalé l’existence de deux ou de plusieurs substances.
L’ordre des corps simples a été formé de la réunion de ceux dont l'état reste à peu près identique dans les circonstances naturelles à la surface de notre globe terrestre , quand ils se présentent d’eux-mêraes ; mais alors les uns sont constamment sous l'apparence de gazs ou de fluides élastiques acriformes ; et les autres sous l'état de liquides ou de solides. Ce plus ou moins de consistance dans la matière , qui est la substance intime des corps simples , dépend de l'affinité réciproque de leurs molécules avec l’agent de la chaleur qui s’y joint, et qui y demeure eu quantité variable, pour donner a la masse une densité différente (52); le corps restant essentiellement le même, quant à sa composition.
Nous avons vu que les fluides élastiques , semblables à l’air dans lequel nous sommes plongés , tant qu’ils persistent dans cet état, portent le nom de gazs (53). On ne connoît encore dans la nature que trois gazs simples, et qui restent ainsi permanens dans les circonstances où nous vivons. Ce sont l'oxigène ( 101 ), l’hydrogène ( 108), et l’azote (117). Beaucoup de substances , unies à d’autres dans l'état naturel, peuvent prendre . en se séparant de leur combinaison, la forme et
les propriétés des fluides élastiques, compressibles, raréfiables ; mais elles ne restent pas telles dans l'air que nous respirons ; on ne les rencontre que sous l'état liquide ou solide, et combinées avec d’autres corps. Celles qui peuvent s’unir à l'oxigène sont dites combusdbles, et celles qu'on ne trouve ordinairement que lorsqu’elles ont subi cette combinaison , sont appelées matières oxigénées ou brûlées ; celles-ci peuvent prendre alors la forme de gazs.
On a divisé les corps combustibles en deux groupes , dont les limites sont à peine distinctes : les uns sont dits non métalliques , ou n’ayant pas l'apparence de métaux, et les autres sont appelés les métaux. On range pârmi les corps combustibles non métalliques , le carbone (116) , le soufre (119), le phosphore (122) , et d'autres matières que l’on regai-de comme simples, et que l'on a extraites de quelques composés, tels que le bore (123), le chlore (124), l'iode (125). Les corps métalliques , ou les métaux (126), sont beaucoup plus nombreux : quelques uns seulement se trouvent naturellement dans l’état simple ou de pureté; on les nomme natifs.
La plupart sont oxidés ou brûlés , et il faut les débrùler,ou les priver d’oxigène; d’autres sont combinés , soit entre eux pour former des alliages, des amalgames , soit avec d’autres substances qui les minéraliseut, qui en font des minerais (129), ou qui leur donnent des apparences tout-à-fait différentes du métal qu’elles renferment. La chimie compte maintenant plus de quarante métaux ; mais à peine les naturalistes , s'ils ne s’occupent des recherches chimiques , peuvent-ils en reconnoitre la moitié. Nous renverrons , à cause de cela J, l'étude de plusieurs dans la classe des corps brûlés, parce qu’en effet, sous le i-apport de 1 Histoire naturelle, ils n’olFrent d’intérêt que sous ce dernier état qui leur est habituel.
Les corps brûlés ou combinés avec l'oxigène uniquement, ou combinés entre eux deux à deux, sont les alcalis (158) , les terres (159), les oxides (160), et les acides (161). Ceux qui sont réunis entre eux après leur combustion, ou les composés ternaires et quaternaires, c’est-à-dire à trois ou à quatre élémens, prennent le nom de sels (183), de piei’res (193), et de roches (205). Il reste uae