CORPS ANORGANIQUES. MOYENS D'ÉTUDE
La seconde cause de la cristallisation est la précipitation des particules qui auparavant restoient tenues en suspension dans quelques liquides. L’eau , par exemple , a la propriété de dissoudre une quantité déterminée de certains corps, à deux températures différentes : quand l’eau est parvenue au plus haut degré de chaleur qu’elle peut éprouver à l’air libre , elle dissout le double de son poids de sel de nitre, tandis que, lorsqu’elle est froide, elle ne peut en liquéfier que le tiers ou le quart. Or, si la température ou la quantité de l’eau vient à diminuer, on conçoit que les parties dissoutes, n’étant plus soumises à l’attraction de composition ou d’affinité, céderontà l’attraction mutuelle des molécules intégrantes vers le point le plus solide. Quand les particules des corps sont rendues mobiles les unes sur les autres , par l’action de l’agent de la chaleur , il suffit de laisser la matière plus fluidifiée dans l’état de repos, et d’en laisser échapper lentement le calorique pour voir la cristallisation s’opérer , pour ainsi dire , sous les yeux. On fait fondi’e dans un vase approprié , qu’on nomme un creuset, certaines matières en masses irrégulièi’cs , telles que du soufre , du bismuth , de l’antimoine , qui se liquéfient à une température peu élevée. On laisse refroidir lentementle creuset ; la masse qu’il contient se solidifie de l’extérieur au centre ; on enlève une portion de cette croûte, et on renverse le vase de manière à laisser écouler ce qui reste encore fluide ; quand le tout est refroidi , on casse la masse, que l’on trouve très-régulièrement cristallisée dans le centre.
Les combinaisons chimiques des corps entre eux deviennent une dernière cause de cristallisation ; mais, en général, on peut dire que l’accumulation du calorique prépare les cristaux, en fluidifiant leurs molécules intégrantes, de même que sa soustraction en détermine la formation , en laissant rapprocher les particules similaires qui obéissent alors à la loi de l’attraction moléculaire ou de contact. Telles sont les circonstances qui produisent les cristaux ; mais il ne suffit pas de connoître ces phénomènes , il faut étudier plus particuliéi'eraent dans ces cristaux leurs formes et leur structure géométriques.
Le cristal est la forme régulière que prend la matière inerte lorsqu’elle cesse d’être fluide , qu’elle est en repos et que ses particules s’arrangent avec symétrie en se solidifiant tranquillement. D'après les lois de l’attraction, ces corps prennent tous des formes spèciales et caractéristiques qui paraissent dépendre de la nature de leurs élémens et de la figure propre à leurs molécules. Il est probable que , dans chaque espèce de corps, les particules mtégrantes ont des formes détei’minées , constantes , qui, par leur disposition variable les unes sur les autres , produisent secondairement un trèsgrand nombre de figures régulières différentes. Ces corps ainsi disposés, ou ces cristaux , sont des solides à plusieurs faces ou à plans distincts par des surfaces le plus souvent unies ou polies, qu’on nomme à cause de cela des polyèdres ^ comme on le voit dans le cristal de roche, l'alun , le sel de nitre, etc.
Quelle que soit la quantité que l’on prenne de ce nitre pur, que l’on nomme potasse nitratée ou nitrate de potassium, on y trouve les mêmes principes et dans des proportions semblables j mais comme ce sel offre aussi, lorsqu’il est pur , les mêmes variétés de formes; et comme les cristaux qu’il constitue présentent des faces dont le nombre, ainsi que les arêtes ou les angles qui les unissent, sont toujours les mêmes , on a dû chercher la cause de cette régularité. On la trouvée dans la forme des molécules intégrantes ou dans les plus petits fragmens du sel, dont on a étudié la structure avec soin ; car ils ont offert, même au microscope, de petits solides à quatre faces irrégulières ou de petits tétraèdres ( PI. i, fig. D® ), dont la réunion s’opère de manière h produire d’autres solides plus volumineux, qui ont pour base une figure primitive constante, appelée aussi noyau ; savoir, deux pyramides à quatre pans, appliquées base à base, où elles forment un rectangle : en d’autres termes , un octaèdre à bases rectangles (PI. iii, fig. 8) j parce qu'en effet, c’est un solide à huit faces dont la partie moyenne plus épaisse et saillante offre des lignes (ABF) qui se joignent à angles droits. La preuve que ces fragmens sont semblables à la masse totale, c’est qu’on peut les réunir de nouveau et obtenir la