DES CORPS INERTES. SOUFRE. PHOSPHORE
du contact de l’oxigène. Mais il s’en trouve aussi de fossile , qui , suivant sa nature et son état de pureté, prend le nom d’anlhracite , de houille , de jais naturel , jayet ou lignite, dont on fait des parures de deuil.
Quand, par la distillation, on a privé ce charbon de toutes les matières susceptibles de se volatiliser, on obtient une matière qui offre à la chimie les mêmes principes conslituans. Elle brûle à l’aide de l’oxigène, et se change en un gaz acide nommé carbonique, que nous étudierons par la suite avec l'eau et les autres corps brûlés. Le charbon sert principalement de combustible pour obtenir de la chaleur. Il est très-souvent employé dans les arts pour débrûler certains corps, pour polir les surfaces ; il constitue la plupart des couleurs noires, il absorbe les gazs , il sert à décolorer , à désinfecter certains liquides : uni au fer, il produit l’acier.
Le soufre se trouve fréquemment dans la nature , soit dans un état de pureté, soit en combinaison avec beaucoup d’autres substances dont on peut le séparer facilement.
Quand il est pur, il se présente sous la forme d'un minéral solide d’une couleur jaune serin , quelquefois transparent, mais le plus souvent opaque j il est très-fragile, et la simple chaleur delà main dans laquelle on le tient, suffit pour faire éclater quelques-unes de ses parties, qui , sans se détacher , font entendre un léger craquement.
Il exhale, lorsqu'on le frotte, une odeur particulière qui devient bien plus marquée lorsqu'on l’expose à la chaleur au feu , qui le fait fondre à peu près au même degré que l’eau exige pour bouillir. Il se volatilise par l’effet d’une ])lus forte chaleur , et forme un gaz qui se cristallise aussitôt qu'il se refroidit, et produit alors le soufre sublimé qu'on nomme fleurs de soufre, qui est en poussière très-fine.
Le soufre le plus pur est celui qu’on trouve cristallisé et qu’on nomme natif. Il prend naturellement alors la forme d’un octaèdre à bases rhombes (PI. iv, fig. 8 ). La lumière en traversant ce solide y éprouve une double réfraction. Quoique le soufre ne soit pas conducteur du fluide électrique, il manifeste de l’électricité par le frottement. Dans la nature le soufre est uni à un très-grand nombre d’autres corps, surtout auxmétauxjil forme alors
des sulfures, tels que les pyrites avec le fer, les galènes avec le plomb, le cinabre avec le mercure ; aussi a-t-on désigné le soufre sous le nom de minéralisateur. Chaufl'é en contact avec l’air , il s’unit avec l’oxigone aussitôt que sa température s'élève à moitié plus que celle qu’il exige pour sa fusion. 11 brûle alors avec une flamme bleue ou violâtre ; il produit ainsi une vapeur suffocante c[ui provient de l’acidité qu’il acquiert, comme nous le dirons par la suite (129). Il s’unit également à l'hydrogène à l’aide de la chaleur, et il produit l’acide hydrosulfurique, ou gaz hydrogène sulfuré, poison délétère qui tue rapidement les animaux. Ce fluide élastique répand une odeur d’œufs pourris ; il se dissout dans l'eau, et c'est ainsi qu’il se ti’ouve dans quelques eaux minérales sulfureuses dites hépatiques. Il noircit la plupart des métaux , surtout le plomb et l’argent , en se décomposant, car alors 1 hydrogène se dégage, et il se forme un sulfure même avec les oxides métalliques ; voilà pourquoi la plupart des peintures noircissent lorsqu’elles sont exposées à son action.
On emploie beaucoup le soufre. Comme il brûle très-facilement dans l'air, on s’en sert pour communiquer le feu à d’autre corps : c’est pour cela qu’on en garnit l’extrémité des allumettes,- qu'il entre dans la composition de la pondre à canon et de celle dite fulminante. Et comme il se fond facilement ou à une foible température , on le verse liquide dans les creux des pierres, pour y sceller les métaux auxquels il adhère; mais ce moyen économique a de grands inconvéniens; il ronge et rouille le fer, et souvent alors il fait éclater la pierre. On en fait des moules en creux pour obtenir des reliefs de certaines pâtes destinées à former des moulures. Il sert à donner egalement des empreintes en relief des pierres gravées en creux , après qu’il a été coloré à l’aide de quelques oxides; enfin il est employé par la médecine, soit en état de vapeurs, soit dans ses combinaisons , surtout avec les alcalis , contre certaines maladies de la peau , qu’on a quelque raison de croire produites et propagées par la présence de petits insectes et autres animalcules.
Le phosphore, dont le nom signifie portelumière, est un corps si combustible , qu’on
ne l’a point encore rencontré pur dans la nature. Aussitôt qu'il est en contact avec l'almosplière, il devient lumineux en s'unissant avec l'oxigène pour lequel il a une excessive affinité. Il produit alors un acide, qui lui-même se combine aussitôt avec les corps qu’il oxide , et forme avec eux des sels; de sorte que, pour obtenir le phosphore, il faut commencer aujourd'hui par décomposer les sels qui le contiennent, afin d'en retirer la base, et d'avoir à part le phosphore brûlé ou l'acide, qu'on débrûle alors avec du charbon et sans le contact de l’air. Comme il est volatil, on le distille, et la matière simple qu’on obtient par ce procédé est le phosphore, substance à demi transparente, molle comme la cire, devenant plus solide par le froid , se cassant alors et présentant une cassure vitreuse au point de séparation ; portant une odeur fade particulière, mais analogue à celle de l’ail foible ou de l'arsenic. On le trouve combiné, ou on l'unit par l’art avec plusieurs corps combustibles, comme avec l'hydrogène, les huiles volatiles qu’on nomme dans ce cas phosphorées, et qui ont la propriété de s’enflammer à l'air libre. On le fond dans les graisses , les résines . pour en faire des briquets qui ont beaucoup d’inconvéniens , et sont dangereux. Son oxide , préparé avec soin , qui est d'un jaune orangé , renfermé dans un flacon bien bouché , pour le sou.straire à l’action de l'air, éloit un des meilleurs briquets phosphoriques, avant qu'on connût ceux que l’on fabrique avec l'acide sulfurique. Celte matière n'a pas encore d'autre usage ; mais elle sert en chimie et en physique comme un réactif précieux , surtout pour l’analyse des gazs , comme moyen eudiométrique.
Nous ne ferons qu'indiquer ici les autres corps simples combustibles non métalliques ; car la chimie seule les a débarasscs des substances avec lesquelles on les trouve natu- /rellement combinés, et dès-lors ils sont essentiellement dans la dépendance de cette science. Cependant comme, sans leur présence , il seroit impossible de concevoir l'existence des corps composés que ces élémens constituent, nous allons indiquer les point.s les plus importans de l'histoire de quelques uns , tels que le sélénium, le bore, le chlore, l’iode et le brome. Le sélénium , qu'on avoit d’abord cru un métal, auquel on
avoit donné, comme à la plupart des autres métaux , le nom d’une planète, la lune , ne peut être isolé des métaux avec lequel il se trouve combiné , que par des procédés delà cbiniie , et il est tout - à - fait du ressort de cette science ; obtenu pur, il est solide, d’un brun obscur : il se fond au feu et se volatilise en une vapeur orangée; il brûle avec une flamme verdâtre et en dégageant une odeur analogue à celle du chou pourri. Dans la nature il se rencontre uni avec le soufre, avec le cuivre, le plomb, avec le fer sulfuré; il forme alors des sélèniwes. Le bore tire son nom du borax , sorte de sel qui sert dans les arts pour faciliter les soudures et les fusions de métaux, comme nous le dirons par la suite (191). Dans cette substance, le bore est brûlé ; il est combiné avec l'oxigène , c'est l'acide borique. On le débrûle en le faisant cbauflfer avec le potassium, qui est un métal plus avide encore d’oxigène. On obtient alors le bore , qui est une poussière d'un brun verdâtre , inodore, mais brûlant avec flamme dans l’oxigène, et reproduisant l'acide borique : c'est un produit chimique qui n'a pas encore été ti'ouvé pur dans la nature.
Le chlore ne se rencontre pas non plus naturellement à l’état simple ou de pureté.
On le retire directement de l’acide qu'on obtient en décomposant le sel de cuisine qu'on nomme, depuis qu’on coniioit mieux sa composition, chlorure de sodium. Le procédé qu’on emploie est simple (156) ; mais l'explication de ce cjiii arrive dans cette opé- ration exigeroit des connoissances que nous ne devons pas supposer au lecteur. Il faut seulement qu'il sache que dans celte décomposition on obtient un gaz qui est un corps simple dissous par le calorique et dont la couleur est d'un jaune verdâtre, ce qui l'a fait désigner sous le nom qu’il porte ; car, jusque dans ces derniers temps , on l’avoit appelé gaz acide muriatique suroxigéné. Son odeur est spéciale, déplaisante ; elle produit de la toux et de l’inflammation dans les voies de la respiration. Ce gaz n'est pas propre à la combustion ni à la respiration ; cependant, mêlé avec le gaz oxigène et soumis ainsi à une compression vive et forte, il dégage de la lumière tout en conservant sa forme de gaz. Le chlore, à l’aide de l'humidité , détruit la plupart des couleurs végétales , et c’est pour cela qu’on l'emploie, de-
puis Berthollet, au blanchiment des toiles , de la pâte du papier, des livres et des estampes enfumées , de la colle animale ou gélatine , du parchemin, etc. On le dissout dans l’eau pour le transporter et pour s'en servir dans les arts. Il se combine avec un grand nombre de corps simples, et il forme alors des chlorures. Le chlore a la propriété de décomposer dans l'atmosphère le gaz hydrogène sulfuré ou acide hydrosulfurique. C’est à cet usage qu’on l’emploie pour désinfecter les fosses d’aisances , et même pour faire cesser les effets de l’asphyxie par ce gaz délétère.
Le nom ô^iode est aussi emprunté du grec, et il signifie violet. 11 indique la couleur que produisent, par faction du feu, les vapeurs de cette matière que les chimistes ont reconnue dans les cendres fournies par la combustion des varecs , plantes marines que l'on brûle pour en obtenir la soude.
Quand on a fait évaporer , autant que possible , les eau-v qaf ont servi à lessiver ces cendres, et qu’on en a retiré les sels cristallisables , les eaux qui restent contiennent la matière de l’iode. Quand on les fait chauffer fortement, après les avoir unies à l’acide sulfurique , et qu’on les fait distiller, il s’échappe de l’appareil des vapeurs violettes que l’on condense , et qui se cristallisent sous forme de petites paillets brunes, ayant une sorte d’éclat métallique. C’est l’iode; uni à l'oxigène, il forme Un acide indique ; combiné à la fois avec l'hydrogène et l’oxigène , il donne l'acide hydriodique. Avec le soufre , le phosphore, l'azoie, les métaux, il forme des ioJures. Jusqu’ici on n’a fait usage de 1 iode que pour les recherches chimiques. Il dénote , en particulier dans les liquides , la présence de la fécule ou de l’amidon , qu’il colore en bleu. Dans ces derniers temps la médecine a fait usage avec succès des tliverses préparations d’iode pour fondre ou faire dissoudre certaines tumeurs, et surtout celle qui se développe au cou , et que l'on nomme le goitre. Quant au brome, c’est un principe chimique qui pax’oîl être le plus souvent uni au sel marin : il a beaucoup d analogie avec le chlore. La chimie, en l’isolant, l’offre sous la forme d'un liquide rouge brun foncé , très-volatil, d’une odeur pénétrante. Il est encore peu connu, et on n’en a fait d’applications utiles jusqu’à ce jour : on sait que c’est un poison.
Les métaux semblent former une grande division parmi les corps simples et combustibles. Quoiqu'on ne les trouve pas tous naturellement daus leur état de pureté , on peut, à l'aide de divers procédés , les y ramener; et, ainsi réduits, ils offrent quelques caractères communs et distinctifs , tels qu’une sorte d’éclat qu’on nomme brillant métallique , qui dépend , à ce qu’il paroît, de leur opacité presque complète, et du rapprochement de leurs molécules. Cet éclat se manifeste dans tous les métaux cristallisés ou polis artificiellement. La plupart, excepté le mercure, sont solides à la température ordinaire de notre atmosphère, mais ils sont susceptibles d’ètre fondus ou rendus liquides par l’action de la chaleur , à des tempéi-atures très-variées pour chacun d'eu.x. Tous sont très-bons conducteurs de la chaleur et du fluide électrique. Ils offrent aussi des particularités propres à les faire distinguer les uns des autres, lorsqu’on étudie leur dureté , leur ténacité , leur texture et cassure lamelleuses, fibreuses, ou granuleuses, leur cristallisation, leur sonorité. Enfin on les distingue par la manière dont ils se comportent sous le marteau , entre les cylindres du laminoii*, ou dans la traction qu’ils subissent quand on les fait passer à la filière.
Les métaux varient pour la couleur ; il en est de jaunes, comme l’or; de rouges, comme le cuivre; de différentes teintes blanches, comme dans l'argent, le mercure, rétain; d’un blanc bleuâtre, comme le plomb, le zinc ; d'un gris bleu , comme l'antimoine, le fer. L’odeur distingue aussi plusieurs des métaux. Cette odeur métallique fait aisément reconnoitre, indépendamment du poids spécifique, les matières de fer, de cuivre, de plomb, d’étain. Les métaux s’unisseutà beaucoup de corps simples , comme nous l’avons déjà vu. Avec l'oxigène, ils s’oxident. Ils s’unissent au chlore, à l’hydrogène, au soufre, au phosphore, et prennent alors le nom de chlorure, d’ydrure, de sulfure, de phosphure, d’iodure, etc. Ils s’unissent entre eux en diverses proportions , et constituent ce qu’on nomme des alliages. La plupart des alliages servent à souder les métaux entre eux, parce qu’ils sont plus fusibles que chacun d’eux en paiticulier. Ainsi celui d’étain et de plomb est employé pour joindre les
lames de ces métaux ensemble ou séparément. La tôle et Je fer sont réunis par un alliage de cuivre et d'étain, qui est une sorte de laiton employé en limaille avec le borax.
L'argent est soudé avec l'or, ainsi que le cuivre avec l’argent, avec un alliage d'argent et de cuivre. Le métal des caractères d’imprimerie , le métal blanc des timbres , des boutons , celui des robinets ou canelles sont des alliages divers de plomb, d’antimoine , d'étain, de zinc , de cuivre , dont l’union change la dureté, la ductilité, la couleur, l'oxidabilité. On a désigné sous le nom particulier A'amal^ame , les combinaisons de mercure avec les autres métaux.
Les métaux s'offrent sous des états différens dans la nature. Les uns se rencontrent purs, quelquefois cristallisés j ils jouissent de toutes leurs propriétés métalliques. Quelques uns sont mélangés, alliés ou amalgamés avec d autres métaux j le plus souvent iis sont unis à un corps combustible non métallique , comme les sulfures, les bvdrures, etc. Souvent ils sont brûlés ou combinés avec l’oxigène, sous l'état d’oxides ou d'acides \ enfin il en est qui, étant déjà acidifiés , à ce qu'il paroit, se sont encore unis à d'autres matières pour former des sets métalliques tantôt purs, tantôt mélangés ou ou combinés avec d autres corps.
Les métaux se rencontrent à la surface de la terre ou dans sou intérieur. Quand le métal n est pas pur, et qu'il faut l'extraire d’une substance qui le contient, on nomme la masse un minerai. Les excavations que l'on pratique pour retirer ces miuerais, prennent le nom de mines au pluriel ; car le mol mine au singulier a diverses autres acceptions. Il indique le plus souvent la matière dans laquelle on va chercher le métal que l'on a 1 intention d'exploiter. Ainsi la galène ou le sulfure, qui contient beaucoup de plomb et peu d’argent, porte cependant le nom de mine d'argent. Le gîte , le gisement ou le gissernent des m’nerais a été désigné sous des noms différens, selon que la glèbe métallique offre telle ou telle disposition (vqyesPi. V). Quand le minerai est placé par lits qui ont beaucoup d étendue, mais peu d'épaisseur, ou nomme ces veines qui se prolongent, des Jîlons, fig. l. Ils semblent couper des montagnes, ou former avec
leurs couches des inclinaisons variables.
Quelquefois ces filons sont obliques, comme on le voit en O N P, où l oii a pratiqué des galeries, des chemins pour exploiter lamine par la route la plus courte. Quelquefois ces couches sont parallèles entre elles , droites , inclinées ou interrompues , fig. 3, 4, 5. Les mines en rognons, fig. 2, sont des masses irrégulières disposées par tas dans les terrains. Certains minerais ont autour du métal des matières qui varient, mais qui sont à peu près les mêmes dans les localités semblables. Ces matières, que l’on néglige le plus ordinairement dans l'exploitation, s’appellent la gangue. On nomme encore ainsi la masse pierreuse , la roche dans laquelle un minéral précieux , rare ou bien cristallisé, se trouve comme engagé.
Nous avons indiqué (82) les moyens que l'art emploie pour essayer les mines, pour reconnoître la nature et la quantité de métal que renferme un minerai. Les métallurgistes, ou ceux qui traitent les mines en grand, mettent en pratique des procédés très-différens, suivant la nature du minerai ou du métal qu’ils veulemt extraire. Nous dirons cependant qu’en général ils font un triage, c’est-à-dire des lots du minerai, suivant la quantité présumée de métal que les morceaux paraissent contenir. Puis , ils font chauffer fortement ces minerais, afin de vaporiser les substances qui en sont susceptibles, et de les réduire plus facilement eu fragmens , à l'aide de divers procédés qu'on désigne sous le nom général de bocardage ou action de bocarder. Souvent on lave le minerai; et après cette opération, qui se compose de divers moyens propres à isoler les parties les plus lourdes , et par cela même les plus riches en métal, on fait sécher la mine, on Punit à des matières combustibles, comme du charbon, auxquelles on associe des matières susceptibles de se foudre à un grand feu, et de s'y décomposer, comme du nitre , du sel de cuisine ou des terres alcalines , à l’aide desquels le métal se trouve d'abord réduit, débrùîé ou revivifié dans des fourneaux dont la forme et la disposition varient. Le plus sonvetit encore, après ces opérations, on est obligé de soumettre le métal à une nouvelle fusion, pour le débarrasser de matières qui altéroient sa pureté , et qui auroient de grands inconvéniens.
Pour donner une idée exacte de l’état de la science , relativement aux métaux , nous ferons connoîtreles divisions que les chimistes ont établies parmi ces corps 5 et, quoique les naturalistes ne puissent pas adopter cette classification , l’exposé rapide que nous allons en faire servira d'indication pour l’ordre dans lequel nous nous proposons de faire l’histoire de ces substances. Il existe dans la nature un certain nombre de matières qui ont presque toutes les propriétés des oxides métalliques ; la chimie les a, par analogie , considérés comms des métaux unis à l’oxigène, pour lequel ils ont une affinité si grande , qu’on n'a pu encore les en séparer ouïes réduire (H' 6 ). Nous les considérerons comme des corps brûlés , et nous en traiterons sous le titre de terres D’autres
oxides, à l’aide de procédés très nouvellement découverts , en particulier par l’influence de l'agent électrique, ou par l’action combinée d’une très forte chaleur , et de l’affinité d'un corps plus combustible encore, ont été réduits à l’état métallique; mais ces métaux, exposés à l’air libre, ont une si grande tendance à s’unir à l'oxigène , qu'ils l’enlèvent à l'atmosphère, à l’eau, à tous les corps qui en contiennent. Ils reprennent la forme d'oxide , avec des propriétés trèsparficulières que l'on nomme alcalines ; nous les ferons connoître sous le titre àCalcaRs.
Les autres métaux ont été rangés par les chimistes dans quatre sections principales :
la première comprend ceux qui décomposent i'air»à l’aide d’une très forte chaleur , qui absorbent et retiennent l'oxigène à toutes les températures, tels sont le manganèse (156),^^eyèe (453), FéfÆÛi (152),le zmc(15I). Aucun des autres métaux qui suivent n’enlève l’oxigène à l’eau ; mais les uns sont oxidables , et restent oxidés à une température élevee, quoique variable pour chacun d’eux.
Tels sont, parmi les plus connus, Yarsenic (141), Y antimoine ( 142 ), le cobalt ( 143 ), le bismuth. (144), le (146), le p/o/w 6 ( 148),
etplusieurs autresque la chimiea étudiés, et que nous indiquerons sommairement, parce qu'ils ne sont pas du domaine de l’histoire na turelle. La troisième section comprend aussi des métauxoxidables, à une température déleiminée, mais se vaporisent quand le degré Dumékil.
de chaleur est plus élevé ; tel est eu particulier le mercure (139). Enfin, dans une quatrième section , par laquelle nous commencerons l’étude particulière des métaux, ou a rangé ceux qui n'absorbent jamais directement l'oxigène, et dont les oxides se réduisent par l'efifet d 'une forte chaleur, tels sont le platine (133), l’o/’ l 135 ), Yargent ( 137 ), et trois autres moins connus. (138)
Le platine est le métal le plus pesant, le moins fusible et le moins oxidable. Lorsqu'il est pur, il n'est pas très dur , miiis il jouit à un très haut degré de la malléabilité, de la ductilité et de la ténacité. Sa couleur est blanche, brillante, analogue à celle de l’argent et de l’acier poli. On le trouve natif dans l’Amérique méridionale, au Pérou. Le plus souvent il est en petits grains , dans un sable mêlé de paillettes d’or ; mais il est rarement pur; il s’j trouve combiné avec plusieurs autres métaux. On ne peut le dissoudre que dans un mélange d’acides , qui est l’eau régale des orfèvres; puis on le précipite à l aide d’un alcali. Il forme alors une masse spongieuse, qui est le métal que l’on bat sous le marteau , en l'unissant à un peu d’arsenic , et en le faisant rougir fortement.
Le platine est très précieux pour les arts, parce qu’il ne s’oxide pas , et qu’il s'alonge ou se dilate très peu par l'effet de la chaleur et qu'il se combine avec un très petit nombre de corps. Les chimistes l’emploient pour leurs opérations, sous formés de tubes , de creusets', de capsules , de bas,sines. On s'en sert pour fabriquer des instrumens de mathématiques et d’horlogerie très parfaits, des miroirs d’optique, des bijoux. On en garnit les lumières des canons de fusil ; on en double l’intcrieur des bassinets où la poudre s’enflamme. Après avoir enveloppé un fil de platine d’une couche épaisse d’argent, on a fait passer de nouveau à la filière ces métaux réunis, puis, à l’aide de l’acide nitrique , on a dissous la couche extérieure de l’argent ; onaobtenu par ce procédé des fils de platine d'une ténuité excessive et cependant inaltérables, qui’ont été employés fort utilement dans certains instrumens d'optique.
L’or vient immédiatement après le platine
pour la pesaiiïeur ; mais il est jaune , plus l'acile à fondre que le cuivre ^ il est moins dur que l'argent, beaucoup plus que l’étain.
Il n’a ni odeur ni saveur. C'est le plus ductile et le plus malléable de tous les métaux. U nest pas dissous par l’eau forte pure ; aussi les orfèvres se servent-ils de cet acide pour reconnoîlre la qualité ou la pureté de ce métal, quand il est allié , eu le fi-ottaut sur la pierre de touche. On le trouve principalement au Mexique et au Pérou , au Brésil, en Afrique et en Europe , dans la Hongrie et la Transylvanie , et même en France. On le rencontre sous forme de paillettes, dans le sable, et on l'obtient par le simple lavage. II est quelquefois en masses informes qu'on nomme pépites. Ou cite comme la plus célèbre celle de soixante-six marcs qui exi.'>toit au cabinet de minéralogie du roi, à Madrid. On estime la quantité d'or qui est versée, année commune, dans le commerce de l'Europe. à 36,200 livres de poids , qui représente 154,3Û0JX)0 francs.
Comme l'or s'amalgame facilement avec le mercure qui l'abandonne lorsqu'on le fait chauffer , c'est un moyen de l'obtenir pur ou de le séparer d'uu grand nombre de substances avec lesquelles il peut être mêlé. On le trouve rarenaent cristallisé, et dans sa gangue ; la mine d'or s'offre quelquefois sous la forme de lames, de branches ou de fîlamens.
L'or est devenu le signe plus particulièrement représentatif des richesses, sous la forme de monnoies. On en fait des bijoux.
Il sert à recouvrir l'extérieur des autres métaux, pour les préserver de l'action de l'oxîgène. Tantôt on l'emploie en feuilles qu'on applique sur leur surface j tantôt on se sert d’un amalgame avec le mercure, dout on frotte la pièce qu'on veut dorer j on la présente ensuite à l’action d’un feu assez tort pour vaporiser le mercure. C'est ce qu on nomme dorure en or moulu sur le cuivre, et vermeil sur l’argent. Un décigramrae d'or peut être tiré en un fil de lÜO mètres de longueur ; et 31 grammes (on une once) peuvent recouvrir entièrement un fil d’argent de près de 200 rayriamètres de long (environ 444 lieues). Aplati en feuilles , un décigrarame peut couvrir un espace carré de plus de 3S mètres, ou occuper un espace de soixante-cinq mille cinq cent quatre-vingtdix fois plus étendu que celui dans lequel
il étoit contenu d'abord ; et il en faudroit plus de trente mille feuilles superposées , pour former l'épaisseur de deux millimètres un quart ( environ une ligne). On allie 1 or avec l’argent pour lui donner plus de dureté, ou pour changer sa teinte ; ainsi on obtient l'or vert en alliant environ sept parties d'or avec trois parties d'argeul : quand on estime la proportion de ces sortes d'alliages, on dit qu'on en reconnoîl le titre (128). On relireaussi de l’or, par des procédés chimiques, un oxide qu'on emploie pour dorer le verre et la porcelaine , et qui, lorsqu’il est vitrifié ou fondu avec d'autres substances , donne des émaux de couleur lil.is , rose , rouge et violette.
L’argent est un métal très-sonore,insipide et sans odeur : il est moins pesant que le plomb, plus dur que i'or, moins que le cuivre ; sa couleur est blanche , très-brillante , ce qui l'a fait nommer par les alchimistes lune ou Diane, il est très-ductile , très-malléable et susceptible de recevoir un fort beau poli. Il est dissous entièrement par l'acide nitrique, même à froid. On le trouve natif, uni au soufre et à d';|utrcs métaux , et même combiné à un acide. Pour l'obtenir pur , on fait chauffer fortement le rainerai, afin de volatiliser quelques .substances avec lesquelles il est combiné : on mêle ensuite te métal impur avec du plomb ; on fait chauffer la masse dans un vase solide, mais poreux; le plomb, à une haute température, se change en uue sorte de verre qui entraîne les matières étrangères; il s'échappe à travers les parois du vase qu’on nomme coupelle ; il prend la forme de lit barge, et l’argent reste pur. On appelle cette opération lAt^coupellation, et l’argent pur, argent de coupelle. On obtient aussi de l'argent très-pur par la voie humide en décomposant le nitrate ou le chlorure à l'aide de la soude ou de la potasse. L’argent se fond lorsqu’il devient d’un rougeblanc par la chaleur; chauffé plus fortement encore, il bouillonne et se volatilise en jetant un très grand éclat de lumière. C’est ce phénomène qu’on a désigné sous le nom de coruscation.
On emploie à peu près l'argent comme l’or, mais il sert plus particulièrement pour faire delà monnoie, des bijoux, des ustensiles destinés à la préparation des alimens et des