DES POISSONS CARTILAGINEUX
Les lamproies ou pètromyzons sont ainsi nommées, parce qu’elles s’accrochent aux pierres à Faide de leur bouche , qui fait l’office d’une ventouse : elles ont la peau du cou percée de sept trous , par lesquels sort l’eau qui a servi à la respiration. Plusieurs vivent dans les mers, et ne remontent les fleuves qu’à certaines époques. Elles se nourrissent de poissons morts ou d’autres animaux dont elles sucent le sang. Elles nagent mal et avancent dans le fond des rivières en s’accrochant avec la bouche. Leur chair est estimée ; on en connoît huit ou dix espèces. Les gastrobranches ont à peu près les mêmes mœurs que les sangsues; on ne voit pas leurs yeux, et elles n’ont pour les branchies que deux ouvertures placées sous le ventre.
Les raies ont le corps plat , et l’ouverture des branchies en dessous ; les squales sont arrondis , et leurs trous branchiaux se voient sur le cou. Tous ces poissons ont de larges nageoires pectorales soutenues par des rayons articulés. Ces nageoires , dans quelques espèces, sont dix fois plus volumineuses que le reste du corps. Les raies ont une bouche large, garnie d’un grand nombre de dents placées à côté les unes des autres , et dont la forme varie beaucoup. Leurs yeux sont munis d’une sorte de paupière; ils s’accouplent réellement : les œufs qu’on trouve dans leur corps, ou dans la mer après la ponte, sont de forme allongée, carrée, terminés aux quatre angles par de longs filamens cornés , de même nature que l’enveloppe générale : on désigne vulgairement ces œufs sous le nom impropre de souris de mer.
On trouve les raies dans toutes les mers : on en a vu du poids de plus de dix myriagrammes : elles vivent de
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crabes, de coquillages et d’autres poissons. Leurs larges nageoires leur donnent la facilite de se mouvoir, le corps à plat, avec une vitesse extrême. Plusieurs paroissent avoir la faculté d’étourdir les poissons par une sorte de commotion électrique , afin de pouvoir s’en emparer j)lus facilement; telle est, entre autres, l’espèce appelée /orpille. Les raies sont un fort bon manger, surtout quand elles sont mortes depuis plusieurs jours.
La torpille , qu’on nomme aussi dans certains ports de mer trémoise ou dormilliouse , a le corps presque arrondi ou ovalaire , et la queue grosse, très-courte. On la trouve principalement dans la Méditerranée et dans le golfe Persique. Sa grosseur varie beaucoup. Il en est qui pèsent plus de deux myriagrammes. La torpille est lente , se cache dans la vase pour épier les poissons , et les engourdir lorsqu’ils viennent à passer à quelque distance. L’espèce d’appareil électrique , à l’aide duquel le poisson produit cet effet , est situé aux environs des branchies , et enveloppé dans une forte membrane : c’est une suite de tuyaux plus ou moins anguleux, au nombre de plus de deux mille quatre cents, placés verticalement les uns à côté des autres. On ignore encore comment cet effet est produit , quoiqu’on se soit à peu près assuré qu’il dépend de l’électricité.
C’est parmi les squales que se rencontrent les plus gros poissons connus; car on en a observé du poids de deux cents myriagrammes. On leur donne ordinairement les noms de chiens de mer , de requins y leur corps arrondi et terminé par une queue dont la grosseur diminue insensiblement, peut servira les distinguer des raies, qui ont toujours la queue très-grêle. La plupart ont la peau rude , comme osseuse ; on s’en sert dans les arts pour