ROBERT
2 3 Journées '/, = 4 7 ' •
Retenue du boulanger y^
Masse 2
f Pièces de 5 francs. ..•,.••. 35
1 Pièce de. •• ••••• '••• 2
Guiyre • • • i
Quand tous ces bulletins sont faits, on met dessus les espèces désignées, en les rangeant sur une grande table, les uns à côté des autres et ayant soin de mettre les mineurs, manœuvres et rouleurs séparément, afin de pouvoir trouver facilement celui qu'on cherche. On lit le bulletin à l'ouvrier en lui remettant son argent; on le lui fait emporter, afin que, s'il y a erreur, on puisse le vérifier de nouveau : l'essentiel est de lui bien faire reconnaître qu'il reçoit réellement la quantité des espèces désignées sur le bordereau. On voit que par ce moyen le caissier fait ses comptes à tête reposée et qu'il les vérifie deux fois: en mettant l'argent dessus, et en le donnant à l'ouvrier; il peut même faire sa caisse avant la paie, et s'assurer encore de cette manière s'il n'a point fait d'erreurs notables.
Livrets, passe- ports, congés.
Peu de mineurs ont des livrets ; ils voyagent avec des passe -ports et des congés de chaque établissement où ils ont travaillé. Les livrets seraient préférables et beaucoup plus faciles à porter que toutes ces feuilles volantes; mais en général ils préfèrent des congés. Dans tous les cas le directeur doit se faire remettre les passe -ports et les déposer à la mairie. La loi le veut ainsi , et c'est une me* sure très-sage#
Des élèves-mineurs.
Lorsqu'on est chargé de la direction d'une nouvelle mine, on ne doit rien négliger pour former des élèves pris parmi les habitans du pays , et c'est aux plus pauvres et à ceux qui n'ont que peu ou point de bien qu'il convient de s'adresser. Les enfans surtout doivent être l'objet des soins et de la sollicitude du di« lecteur, qui doit voir en eux une pépinière d'ouvriers , qui deviendront d'autant meilleurs et d'autant plus attachés à l'établissement» qu'on aura pris plus de soin à leur faire sentir l'avantage d'une vie régulièrement occupée, d'un travail continu, toujours indépendant de l'état du ciel , des saisons , des rigueurs du froid* et de l'ardeur brûlante du soIeiL
Le travail des mines présente un appât bien grand pour les gens de la campagne qui ont un petit domaine à cultiver: c'est celui de ne travailler que huit heures, et d'avoir encore huit heures de disponibles pour la culture et les soins du ménage; de cette manière tout est concilié. La mine fournit l'argent, le domaine donne du pain et du vin, et il reste encore huit heures de repos pour réparer les forces, et cela s'arrange d'autant mieux que les ouvriers alternent entre eux de semaine en semaine, afin que les postes de jour et ceux de nuit ne soient pas toujours remplis par les mêmes.
Il faut autant que possible laisser aux mi-
PERSONNEL, 5l3
neurs le soin de se choisir leurs camarades de trayail; c'est un moyen d'ériter les disputes et les plaintes : si on les contrarie dans leurs petites associations, on est continuellement ennuyé de leurs doléances ; tandis qu'en les laissant libres, ils n'ont aucun droit de se plaindre, et l'on s'aperçoit bientôt qu'un ouvrier est réellement mauvais , si personne ne veut s'associer avec lui. On ne doit, je le répète, ne rien négliger pour former des mineurs du pays ; car il y a de grands inconvéniens à ne se servir que d'étrangers, et voici les principaux :
Ils eidgent une plus forte paie , parce qu'é* tant forcés de tout acheter et ne récoltant rien , il leur est impossible de vivre à aussi bon compte que les paysans.
Il faut les loger, les coucher, les chauffer et les éclairer; autre inconvénient , qui exige un mobilier , qui , ■ si simple qu'on peut le supposer, ne laisse pas que d'entraîner une dépense et un entretien assez considérables; aussi, quand on a le bonheur d'être voisin d'un village , on doit tacher de les mettre ^en pension chez les habitans.
Ils prennent la maladie du pays , se dégoûtent et s^en tendent quelquefois pour demander de l'augmentation on quitter tous à la fois.
Enfin , il est rare de trouver le zèle et le dévouement chez un homme qui désire voya« ger et qui sait d'avance qu'il ne restera pas long'-temps dans le même atelier; tandis qu'on
5l4 ADMINISTRATION.
a drbit d'en attendre de celui qui est attaché au pa js par sa famille , l'héritage de ses pères, et qui ue pourrait jouir du surcroit de bien-être que lui procure le travail, des mines, s'il cesisàit de s'y conduire «avec honneur; il n'aurait pas, comm^ l'étranger, la re$iiource de changer d'atelier et d'aller chei^ i^ber fortone ailleurs.
De la masse des secours.
L'un de$ grands moyens d'attacher les ouvriers à une exploitation , c'est d'organiser une masse des secours à l'aide de laquelle on peut faire soigner les malades, les blessés, leurs femmes et leurs enfans, secourir la veuve et l'orphelin , s'opposer k la rapacité des usuriers et réparer un malheur imprévu.
Kie fonds de la masse des secours se compose de la retenue d'une journée de paie par mois^ faite à chaque ouvrier, quel que soit son salaire;, du produit des amendes imposées comme punitions, et d'une petite somme donnée par la compagnie à titre d'encouragement et qui. varie en liaison de l'importance de l'établissement. Cette mesure influe sur le moral des ouvriers beaucoup plus qu'on ne leerait ; elle leur donne un esprit d'ordre et de prévoyance qui produit les meilleurs ef^ &ts, et quand à tous ces avantages on peut joindre le bienfait d'une école pour les enfans et même pour les adultes, nous jouissons du bonheur d'avoir fait tout le bien possible
PERÂOlfNBL. 5lS
aux hommes qui nous entourent habituellement, et si leur reconnaissance n'est pas toujours le prix de nos soins et de notre sollicitude , la satisfaction intérieure est là , et cette récompense toute diyine est du moina à Tabri de tous les revers. Je parle ici par expérience^ j'ai créé une masse des secours, une école pour les enfans de mes ouvriers s j'^^dbtenu d'excellens résultats, j'ai fait nn peu de bien , quelques heureux , beaucoup d'ingrats ; j'ai été loué par les uns , blâmé par les autres, et je me sens tout disposé à recommencer.
Voici le règlement que j'avais adopté : je ne prétends pas le donner comme un mo* dèle de sagesse et de prévoyance ; mais tout simplement comme un terme de comparaison.
Je connais les excellens réglemens qui régissent les mines de l'Allemagne, et qu'une longue expérience a sanctionnés et perfectionnés. Mais nos mines en France ne sont point assez importantes et point assea ancien^ nés, pour comporter de pareilles institutions; en Saxe , au Hartz , en Hongrie , les mineurs forment une corporation qui est sous la surveillance immédiate du gouvememcnat , qui est régie par des lois et des réglemens parti* culiers, et qui jouit de certaines prérogatives. En France il n'y a rien de tout cela, et il n'est pas probable que notre industrie minérale prenne jamais assez d'extension pour exiger de pareilles mesures.
&l8 ADlfririlfiTRATION.
heures de travail et de repos seroot aoBoncées par wi ooiip de doehe.
Aet. vil
La punition des ouvriers qui auront manqué à leur devoir, soit qu'ils travaillent à la journée ou à prix fait, soit à l'intérieur ou à l'extérieur , est fixée au quart ou à la demi-journée de paie , suivant les circonstances ; mais, à chose égale, l'amende sera toujpurs double, quand elle ^yra été méritée pendant la nipt.
Ifi caporal de service ou le maître mineur, qui seuls ont le droit d'infliger cettepunition, en préviendront tou« JOUI» l'ouvrier au moqiçnt ou il l'aura méritée, et toutes ces amendes seront versées dans la caisse de la niasse des secours, ainsi qu'il sera statué ci- dessous, art. X.
Aet* VIIL
Le manque d'exactitude aux heures de travafl, la preuve évidente de paresse, et tout ce qui pourrait empêcher que les heures de travail ne fessent pas loyalement employées au profit de l'établissement, sera puni de l'amende fixée ci-dessus ; mais tout ouvrier qui serait convaincu d'avoir volé , non-seulement dans l'établissement, mais partout ailleurs, sera renvoyé à peipétuité: il en sera de même pour ceux qui déroberaient des firuits pendant la nuit, qui causeraient volontairement du trouble ou du donmiage quelconque , et enfin pour toute cause d'insubordination.
Art. IX.
En cas d'accident, les ouvriers qui seront i portée de donner du secours, devront le faire à la seule rédainatiop de leurs camarades en danger ^ el eeux qiM fiptont preuve de coiuragei et dli^maAité, seront récompensés en raison des aervîoes qu'ils auront rendue,. . Les admn nistratevrs se réservent marne le plaisir de récompenser hoporablement tmt ouvrier de Vétahlisaeoiettl ^ui pré-
PXMONNEL. 5 19
ferait main forte ou doaiierait des preuves d'humanité et de courage en cas d'incendie cm de tout autre événement arrivé dans sa commune.
AaT. X*
A partir du 1/' Janvier prochain, il sera retenu à tous les ouvriers qui travaillent habituellement dans l'établissement une journée de leur paie par mois. Cette retenue sera versée dans la caisse de la masse des secours , qui demeure instituée à partir dndit jour.
Cette caisse est essentiellement consacrée au soulage* ment des blessés et des malades , à la paie des médecins , des chirurgiens et des médicamens. Le surplus sera employé à secourir les veuves et les orphelins des ouvriers qui auront contribué à l'augmentation de ladite masse.
La caisse des secours restera déposée entre les mains de l'administrateur général ; mais comme elle appartiendra en entier aux ouvriers, on choisira panni eux quatre chefs de masse, dont deux parmi les étrangers et deux parmi les ouvriers du pays^ Ces quatre chefs auront droit de disposer des fonds qui resteront en caisse après que les médecins, chirurgiens et pharmaciens auront été payés ; mais ils ne pourront le faire que dans des vues de bienfaisance et d'humanité , et après s'être concertés avec les administrateurs, qui veilleront à oe qu'il reste toujours au moins 5 00 francs en réserve. A cet effet la caisse sera fermée d'ime double clef«
Les chefs de masse, auxquels on devra toujours s'adresser pour emprunter à la caisse i raison de 5 pour % , seront changés tous les ans^ excepté le mattre mineur, qui l'est de droit et à vie.
Les amendes infligées aux ouvriers dans le courant du mois seront versées à la masse, et cette caisse profitera aussi de la psirt entière des ouvrieis qui viendraient à quitter volontairement avant d'avoir achevé leur année. Quant à ceux qui seront renvoyés pour qodque cause
5aO ADMINISimATIOK*
que ce soit , ils recevront moitié de ce qa^ik aaiont laissé dans l'année courante seulement.
Art. XI.
Voulant que les ouYriers qui ont droit à la masse des secours y reçoivent tous les soins et les sonlagemens que leurs blessures ou Tétat de leur santé pourront exiger^ les chefs de masse, de concert avec les administrateurs, feront choix d'un médecin et d'un chirurgien, qui seront attachés à l'établissement , et qui donneront leurs soins non -seulement aux ouvriers eux-mêmes, mais encore à leurs femmes et à leurs enfans ^ ; leurs honoraires seront réglés à Famiable , soit par visite ou par abonnement: enfin, les médicamens seront pris chez le meilleur pharmacien de la ville, et les comptes seront soldés tous les six mois parle directeur, qui les communiquera aux chefs de masser Le pharmacien ne délivrera aucun médicament sans ordonnapce et si le demandeur n'est pas mupi de sa tàvie de santé.
Art. XIL
Lorsque l'on jugera convenable d^établir un uniforme pour les mineurs, à l'instar des exploitations étrangères , les administrateurs en préviendront les chefs de masse six mob d'avance , afin qu'ils s'entendent entre eux et avec leurs camarades. Cet uniforme consistera en une veste et pantalon de drap bleu avec passepoil rouge , gilet rouge garance , boutons d'uniforme , chapeau dré et pantalon blanc pour l'été. La grande tenue comprendra le tablier de cuir noir ciré, avec ceinturon boudé
1 M. le médecin Blondy et M. Buisson , chirurgien , cki liers de la Légion d^honneur et atuchés à Tex- garde, ont accepté ces fonctions plus honorables que IncratÎTes , et n'ont cessé de les remplir avec un «èle et un déronement au-dessus de tout éloge. Je me fais un deyoir de leur en témoigner ici toute ma reconnaissance.
PBRMNN EL. 52 1
par denière pour les simples mineurs , et par devant pour le maître mineur et les caporaux , qui porteront les galons et une arme , après en avoir obtenu la permission.^
Art. XIII.
A partir du i.^ dimanche de Mai prochain, il sera ouvert dans la cour de la verrerie une école des dimanches suivant la méthode d'enseignement mutuel.
n sera dressé une liste des ouvriers et des enfans qui devront suivre ces leçons , et tous ceux qui ne seront point présens à l'appel paieront une amende de lo centimes au profit de la masse , qui paiera le maître; et les faux fraJ3 que l'école exigera , l'encre, les plumes, le papier, les livres et tableaux d'étude, sont à la chaire de l'administration , ainsi, que les prix qui seront distribués tous les ans le i/' dimanche de Mai, jour annî^ versaire de la fondation de l'école.
Fait au château de Peyraux, lieu ordinaire des assemblées administratives de la compagnie des mines dn Lardin.
Le i/' Janvier i8aa.
Signé y Le Comte F. de RoTèaB, administrateur général.
P. Brard, directeur-caissier.
1 Cet aniforme est toat-k- fait indépendant de Fhabit de travail y qui rarie snivant le pays et la natare de PouTrage. Le toqnet Tert , tricote et garni de bourre , qui sert de coiffure auK mineurs du Harit ; le chapeau de fer-blanc de Sainte Etienne (pi. IX, fig. 4)» ^^*9 ^^^^ motiyés par la sûreté on 1a commodité des ouyriefs, de mime que le tablier de cuir far lequel le mineur s'assied quand il bat son coup.
322 ADMiniSTlUTION.
Sainte-Barbe.
Le joar de la Sainte-Barbe, qui se trouve le 4 Décembre, est la fête des mineurs, des artilleurs , des marins et des artificiers. Je suis dans l'usage de leur faire dire une messe en leur honneur , de les j conduire et de dîner avec eux ce jour- là j c'est ordinaireqieat cet instant que je choisis pour faire lire le règlement, pour annoncer Tétat de la caisse des secours , et pour nommer les ouvriers qui passent du grade de simple roulenr à celui de mineur. Ces petites promotions, attendues avec impatience , sont la récompense d'une bonne conduite et d'un travail assidu.
Sainte -Barbe serait triste et mal fêtée , si Ton ne brûlait pas beaucoup de poudre à sa mémoire , aussi faut-il en faire ime petite distribution la veille , afin de rendre la fête complète et tout-à-fait joyeuse. Les Allemands surtout tiennent beaucoup à bien fêter leur patronne, et n'entendraient pas qu'elle fut remise au dimanche suivant.
Comptabilité.
Je n'entrerai point ici dans les détails de la tenue des écritures. C'est une partie qui est ordinairement tout-à-fait étrangère aux fonctions du directeur des travaux. Je dirai