RECHERCHES DE LA HOUILLE
La houille est la seule substance minérale utile dont la présence nous soit annoncée par des roches et des fossiles constans : nous les avons Indiqués dans le paragraphe précédent^ il ne s'agit plus que d'en faire l'application, et pour cela nous ne pouvons mieux faire que de laisser parler M. Uuhamel lui-même.
a Je crois avoir démontré, dit-il, que les pajs antiques ont un rapport constant avec les couches secondaires dans lesquelles la houille est renfermée; que ce fossile est déposé sur le flanc des montagnes primitives, ou dans les bassins formés par leurs chaînes; que ces bassins communiquent toujours ensemble, et qu'on peut les diviser en trois espèces :
«Vallée principale;
«Vallée latérale;
«Vallon transversal.
« Les houilles sont quelquefois recouvertes par une épaisseur plus ou moins considérable de dépôts qui leur sont étrangers; ces dépôts sont ordinairement dans les parties basses des vallées latérales et principales, tandis que les roches qui renferment de la houille se pré-
sentent ordinairement à nu dans les parties les plus élevées des vallées.
« Beaucoup d'exemples prouvent qu'il est plus ordinaire de trouver de la houille dans les vallées latérales que dans la principale , qui 9 étant toujours plus basse, est quelquefois recouverte, comme nous venons de le dire, de dépôts étrangers à la houille, qui ne permettent pais que l'on voie ce fossile à découvert.
(( Ces notions, jointes à la connaissance des roches qui accompagnent toujours la houille proprement dite , les grès et les schistes, servent de guide dans l'exploration d'un terrain où l'on cherche de la houille.
K On remontera toutes les vallées latérales et leurs plus petits embranchemens , jusqu'à la partie la plus élevée où le vallon se termine par la réunion de ses côtés.
« On examinera dans ce trajet toutes les natures de pierres que l'on rencontrera ; on tiendra note de leurs qualités , de leur orga* nisation, etc.
K Onf fera ensuite plusieurs courses transversalement à la vallée , et l'on examinera avec la plus grande attention les variétés des couches que l'on traversera.
« On n'affectera aucune route battue; on suivra les chemins creux, les ravins; on visitera les carrières, les puits, et enfin tous les endroits où l'on pourra voir la roche à nu.
ce On détachera des échantillons de toutes
les yariélës les plus remarquables; on namérotera chaque échantillon ; l'on notera la di« rection et la pente qu'affecte chaque couche à laquelle il appartient; mais afin de pouvoir le rapporter sur une carte, il faudra néces* sairement se munir d'un instrument quelconque ; la boussole ou le bâton d'arpenteur suffit, pour mesurer l'angle que fait le point que l'on veut déterminer avec deux points connus et déjà marqués sur la carte.
« Un objet bien essentiel pour la recherche de la houille et des filons métalliques, c'est de suivre le plus strictement possible la ligne de jonction des pays secondaires avec les pays antiques, et de la figurer sur la carte avec tous $es contours. Je dis que cela convient autant pour la recherche des filons que pour celle de la houille, parce que l'expé^ rience a prouvé que les filons se trouvent plus particulièrement vers les confins de deux terrains différens.
« Cette exploration générale étant faite, on doit avoir acquis une connaissance parfaite de la vallée, de tousses embranchemens, et savoir quels sont les bancs supérieurs et inférieurs, quelles sont leur direction et leur in^ clinaison , quelles sont leurs variétés et quels sont les points sur lesquels on a rencontré des grès et des schistes. Ce sont ces points que Ton devra réexaminer de nouVeau avec toute l'attention possible, etsi l'on y remarque quelques couches ou lits de schiste noir pourri ,
4a EXPLORATION
on fera gratter avec un pic, afin de bien examiner la roche qui le couvre et celle sur laquelle il repose. S'il est encaissé régulièrement entre deux lits bien parallèles, s'il se présente sous Faspect d'une terre grise ou bleuâtre et irenferme des noyaux plus ou moins gros de minerai de fer (fer carbonate) gris ou couleur de rouille^ si, ce schiste a l'aspect d'une ar« doise altérée ou d'une terre noire feuilletée ou micacée; s'il renferme de petits points noirs qui craquent sous la dent sans se «dissoudre dans la salive, il y a lieu de croire que Ton trouvera du charbon sur ce point-là , et l'on pourra y faire des travaux de recherches. « Au contraire, lorsqu'on trouve des schistes pourris sur une grande étendue .et sans forme ni direction déterminée; lorsque leurs lits sont arqués , que leur pente est en plusieurs isens; lorsqu'ils présentent de grandes masses enroulées, c'est une preuve que les dépôts se sont faits dans cet endroit d'une manière confuse, et il serait imprudent d'y faire des recherches dispendieuses. '' Combien de fois cependant ces veines noires de schistes et même de houille, qui courent çà et là à irs^- Ters des grès et des minerais de fer, n ont-ils pas induit en erreur les personnes qui n'ont aucunes notions sur la manière d'être des couches de combustibles ? Le voisinage de la surface de la terre parait surtout fort séduisant ; car presque tous ceux qui n'entendent rien aux mines ne manquant jamais de faire
DE hk SUAFACB DES TERRAINS. J^Z
valoir cette circonstance; il ne faut que gratter la terre , disent-ils; il j en a des montagnes entières, disent les autres; tout le pays est de charbon, etc. Méfiez-vous de touâ ces rapports exagérés, de toutes ces assertions fausses. Sans doute il y a des afileuremens qui Tiennent à Ja surface de la terre; il y a des contrées où le charbon est excessivement abondant; mais ces affleuremens doivent avoir un caractère de suite et de régularité sans lequel on doit se garder de les attaquer. Je connais une concession de 57 kilomètres^ carrés où Ton n^a pu placer raisonnablement que quatre points d'attaque; tous les autres pré* tendus affleuremens ne sont que des brouillages insignifians.
L'art des mines n'est pas plus difficile qu'un autre ; mais il ne se devine pas , et il faut se donner la peine de l'étudier pour le connaître. On peut donc se' défier des assertions d'un homme qui lui est tout-à-fait étranger, ou qui ne l'a étudié que dans les livres; car c'est sur place , dans les montagnes et sur les travaux mêmes que Ton apprend à connaître les mines, que l'on apprend à distinguer les vrais et les faux indices , les vrais et les faux affleuremens.
hes Ugnites ou les charbons analogues à ceux de la Provence se trouvent dans les terrains calcaires; dans le bassin qui est compris depuis les environs d'Âix jusqu'à Marseille, les lignites sont situés au pied àes montagnes
calcaires analogues à celles du Jura ; ils sont renfermés dans les collines contiguês et trèssubordonnées aux chaînes principales qui les entourent; mais en général ils y sont disse* minés avec ordre et régularité.
A la première couche de terfe argileuse succèdent des lits d'un calcaire fétide de for» mation d'eau douce; Tiennent. ensuite d'au* très lits de terre plus ou moins argileuse, qui reposent à leur tour sur d'autres lits inclinés de calcaire , et cette succession se continue ainsi jusqu'au moment où l'on voit paraître les premiers affleuremens de lignites, qui sont immédiatement recouverts par des argiles schisteuses d'un noir bleuâtre, contenant une très-grande quantité de moules et de camek d'eau douce , des unios et des cjrclades , ainsi qu'une infinité de coquilles univalves à spire alongée , qui ressemblent à des potamides.
Le banc qui contient cette multitude de cyclades est connu dans le pays sous le nom de clouissoi, et recouvre le lignite immédiatement
Souvent ce combustible particulier se montre au jour sous la forme d'une ai^le bitumineuse, que l'on nomme terreuse, qui ne tarde point à se changer en véritable lignite susceptible d'être employé dans les arts et dans les foyers domestiques.
En général , les montagnes calcaires qui renferment les lignites, sont dominées par des montagnes plus élevées, de formatioA anté*
rieure , et qui influent probablement sur les couches de lignites , comme les montagnes graniticpes influent sur les couches de houille. Il faut donc suivre à peu près la même mar^ che pour l'exploration de ces terrains que pour ceux qui peurent contenir de la houille» et il faudra s'attacher plus particulièrement aux points on les lits calcaires deyiennent plus feuilletés , plus noirs , plus friables , et qui répandent une odeur animale plus forte et mieux prononcée.