DES CARRIÈRES
Uezploitation des carrières à ciel ouvert exige que Ton dégage la roche en la déblayant de la terre végétale et des terrains d'alluvion qui la recouvrent On les attaque par la partie supérieure, on transporte les déblais. à une assez grande distance, pouf qu'ils ne puissent jamais encombrer le eban* tier, et pour que Ton ne soit point obligé de les cbarier une seconde fois. Cette opération préliminaire et préparatoire, qui doit s'effec^ tuer sur une superficie asseiz grande et proportionnée à l'importance et à la durée présumée de la carrière, s'appelleyà/re la décou^ verte^ et c'est presque toujours pour ne lui avoir point assez donné d'étendue, que les carrières sont mal exploitées et que l'on n'en tire pas tont le parti possible.
La plupart des carrièt^s de pierre à cbaux, toutes les sablonnières, un grand nombre de carrières de pierres d'appareil » toutes les marbrières, les carrières de pierres meulières de sïiex.j la plupart des ardoisières, des plâtrières, etc., sont exploitées à ciel ouvert , ainsi que l'alunière de la Tolfa, qui produit Talun de Rome, et la raine de calanune d'Aixla-Chapelle.
Il n'y ^ point de règles générales pour ce f enre d'exploitation, les moyens varient avec Ja nature de la substance qu'on exploite^ avec les circonstances locales , les usages, etc.; ainsi , par exemple x
Toutes les fois que les bancs ou les cou-
ches que Ton veut exploiter ont une épaisseur moyenne de 3 à S pieds (oj66 a i^'^oo), et que ces bancs sont détachés d'avec ceux qui leur servent de lit, on commence à découvrir la couche que l'on veut exploiter, et l'on trace ensuite à sa surface des rainures assez profondes pour que l'on puisse j insérer de petits coins plats doublés de tôle, sur lesquels on frappe successivement; bientôt il se forme une fente dans toute l'épaisseur du banc, le bloc se détache et s'isole de la masse. Quand la couche est bien découverte et que l'on en a déjà tiré quelques quartiers ou quartelageSy l'exploitation en devient aisée, et l'on peut en obtenir des blocs fort longs et fort larges, mais dont l'épaisseur est limitée par celle de la couche elle-même, et.c'est cette dimension, qui est donnée par la nature, que les architectes désignent par Texpression de haut et bas appareil; l'on conçoit aisément combien il est avantageux d'exploiter un banc de haut appareil.
La plupart des carrières de Paris, qui sont souterraines, sont dans ce cas; chaque banc exploité a une épaisseur déterminée, parce qu'il est séparé de celui sur lequel il repose, et qu'on ne peut varier que la longueur et la laideur des blocs calcaires qui en sortent. Les libages et les moellons proviennent souvent du déblai de ces mêmes couches; mais souvent aussi on les exploite au pic et au levier dans des carrières dont les bancs sont fendus dans tous les sens.
DES CARRIÈRES. iJ^'J
V exploitation à la trace s'exécute sur des bancs d'une très-grande épaisseur oô sur des masses qui ne prés^iteut poiut d'assises dî&* tinctes , aussi faut- il que le bioc que l'oa Teut obtenir soit dégagé sur cinq faces par des rainures ou autrement, avant que Ton puisse se servir des coins pour le détacher de Ja rocbe sur laquelle il repose. ^
La plupart des marbres s'expîoiteiit de cett^ manière: quand l'emplacement le permet, ou se sert de la scie et quelquefois de la. pou-* dre; ce dernier moyen a le grand inconvé* nient de donner naissance à des gerçures imperceptibles pour le moment, mais qui finissent par s'ouvrir et par causer la rupture des pièces travaillées. On devrait donc re« noneer à ce moyen pour l'extraction du mar* bre, et surtout pour celle des marbres sta« tuaires*
. Les carrières d'ardoise s'exploitent tantôt à ciel oiiv€9:t et tantôt par des travaux sou« terrams»
La cea texture feuilletée des roches dont eu fait des ardoises , permet .de se servir presque e»slusivement« des ceins plats, surtout quand ou est assee heureux pour reu- 4:ontrer des trauickesv unies, que l'on nomme yronts dans quelques ardoisières. Souvent l'on est obligé de faire usage delà poudre; mais c'est plutôt pour enlever les mauvaises couohes et arriver k la bonne,. que pour eu effectuer l'exploitation.
l5o EXPLOITATION
solide oa de consolider un grand vide, on élè?e des murs ou des piliers en maçonnerie depuis le sol jusqu'au plafond. Quand une carrière abandonnée est mal soutenue, que les piliers sont trop rares ou trop faibles, qu'il n'existe aucun édifice à la surface, on mine ces mêmes piliers , on les détruit par lâ poudre, la carrière s'écroule et le danger cesse.
Les cloches on fontis sont des accidens qui arrivent assez souvent dans les carrières dont le plafond est horizontal : ils commencent par la chute d'une simple écaille, suivie de la chute de beaucoup d'autres, qui se détachent autour de la première, en augmentant À la fois de diamètre et de profondeur, jusqu'au montent où le sommet de cette cloche creuse vient à toucher la couche de terre végétale, et à oocasioner un éboulement proportionné à la largeur du fontis. *
Parmi les carrières souterraines les plus renommées, on peut citer celle de Saint-Pierre de Maestricht, au bprd de la Meuse, dont retendue est immense et dont les grandes excavations sont soutenues par une infinité de piliers, et d'arcades réservés dans le massif, où les charrettes peuvent circuler, et dans lesquelles il s'est livré des combats à la lueur des flambeaux, entre des détachemens français et autrichiens, au même instant où Ton
1 H^ricart dé Thuiy , Catacombes.
DES CAHRliltJBS. iSl
donnait Tassaut au fort Saint-Pierre, qui est au-dessus de ces grandes carrières; celles de niedermennich , qui sont creusées dans une énorme coulée de lave noire et poreuse; celles de Volvic, dont on extrait aussi une lave noire qui se prête à toutes sortes -de tra* vaux; les marbrières des environs de Namur, etc.
Les carrières des environs de Bordeaux sont très-étendues, et remontent à une haute antiquité.
Celles qui sont sous Paris même et dans les environs sont extrêmement remarquables, tant sous le rapport de leur vaste étendue, que par Tordre qui préside aujourd'hui à leur exploitation. Je pourrais en citer beau-r coup d'autres en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie; mais cotte nomenclature nous entraînerait beaucoup plus loin que le sujet ne le comporte.
Les carrières souterraines , après avoir donné a l'art de bâtir les matériaux des plus beaux édifices et des plus grands monumens qui décorent nos cités, ont souvent été converties en catacombes.
Les immenses souterrains qui sont dissémi- , nés dans la chaîne libjque , depuis Asouan jusqu'à Alexandrie en Egypte, sur une étendue de vingt -cinq lieues de longueur, qui recèlent encore les momies des anciens Égyptiens, leurs meubles, leurs armes, leurs bijoux, leurs ustensiles de ménage, dont les
l53 EXPLOITATION
parois sont couvertes de stucs ^ de peintures et de hiéroglyphes , sont des carrières antiques.
Les catacombes de Rome, qui ont caché les premiers chrétiens , sont les carrières d'où Ton a extrait la pouzzolane et une partie de la pienre de Rome antique. ^
Les catacombes de Paris » où Ton a réuni les ossemens de trois générations de cette immense cité , font partie de ces vieilles carrières d'où la plupart des monumens de l'ancienne Lutèce étaient sortis, etc.
Enfin , les carrières abandonnées, comme tous les lieux cachés et souterrains , ont servi 4e refuge aux brigands poursuivis et aux mallieureux persécutés.
Exploitation des mines.
Exploitation des mines en masses ou en amas.
L'exploitation des carrières souterraines nous conduit tout naturellement à traiter de l'exploitation des minerais en masses; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, une carrière souterraine ne diffère d'une mine exploitée par chambrée que par la nature généralement plus précieuse des substances que Ton extrait des cavités souterraines auxquelles on est convenu de donner le nom de mine , réservant le nom de carrière pour les lieux d'où
1 Arund , Voyaf^ d«as les catacombes de Kome; iSio.
DBS MINES EN MASSES. iSS
Ton tire le plâtre, la marne, la chatuc, le marbre, etc.; et en effel, l'on ne dit point une mine de plâtre , une mine de marbre , une mine de pierre à chaux , mais une carrière de marbre et une mine de fer.
L'exploitation des minerais en masses ou en amas présente tant de difficultés et demande tant d'art et de prudence , qu'à l'époque de la renaissance (179^) de l'art des mines en France, l'administration que l'on venait de créer s'empressa de nommer une commission de quatre membres et de la charger de lui faire un rapport sur cet important sujet. MM. Baille t, Duhamel fils, Layerrière et Blarier répondirent dignement au Yoeu du Gouyernement en lui présentant un travail complet ^, d'où nous allons extraire la plupart dea principes que l'on devrait adopter toutes les fois qu'il s'agit de l'exploitation d'une couche très- épaisse, d'un filon très - puissant , d'une masse , d'un amas de houille ou de minerai.
S'il est presque toujours facile d'exploiter une couche ou un filon dont l'épaisseur n'excède pas deux mètres, quelle que soit son inclinaison , il n'en est pas de même quand sa puissance augmente : les obstacles naissent alors en foule ; ils croissent pour ainsi dire avec l'épaisseur elle-même et souvent dans^ une progression plus rapide encore. Le boi-
1 Mémoire sur rezploitation des mines en masses on en •mas, Joanial des mines ^ n* 4^, tom. VIII.
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sage devient plus dispendieux : on a beau multiplier tés étais, les cadres; employer des bois durs et de gros calibre, ils cèdent tôt ou tard à la pression du toit : on les renouvelle, on les change, ils cèdent encore; de fréquens ëboulemens ont lieu, les travaux sont bouleversés, des masses de minerai ou de combustible sont perdus pour toujours, et fort heureux encore si les ouvriers ne sont pas victimes de leur bravoure ou de leur imprudence.
Tous ces obstacles sont d'autant plus grands et plus à craindre , que les couches approchent de la situation horizontale, et que le toit et le mur ont moins de consistance.
Mais si le gite que l'on veut exploiter n'est ni une couche ni un filon, si l'on n'a plus ni toit ni mur pour s'appuyer, si c'est une masse ou un amas irrégulier, de nouvelles difficultés se présentent; car il ne suffit plus de proportionner la grosseur et la quantité des bois à la forte poussée qui s'exerce de haut en l^as ou latéralement, puisque l'on n'a plus rien de solide pour les poser et pour les solidifier : c'est donc dans la masse même du combustible ou du minerai qu'il faut chercher les moyens de consolider les vastes ex» ^cavations qui résulteront de l'exploitation, (et c'est à chercher les moyens de concilier la solidité des ouvrages avec l'économie et l'enlèvement ]e plus complet possible de la masse ^ extrftire, que résident tout l'art de l'exploi-'
DES MINES EN MASSES. l5S
tant et toute la sollicitude des directeurs qui sont attachés à de semblables travaui:.
Ayant d'entrer dans tous les détails que le sujet exige, nous poserons en principe, d'accord avec tous les mineurs instruits qui ont écrit sur leur art, que toute bonne exploitation doit avoir lieu de bas en hautj c'està-dire que dans un pajs de plaine on doit commencer par foncer un puits à la profon* deur qui conyient au gite que l'on Veut exploiter, mais de telle sorte qu'il puisse receyoir toutes les eaux des trayaux que l'on projette, et qu'en pays de montagne on doit attaquer par une galerie située dans une yalléè immédiatement au-dessus des grosses eaux des rivières, des ruisseaux ou des torrens qui en occupent ordinairement le fond, de manière à ce que toutes les eaux filtrantes des trayaux futurs puissent s'écouler par cette galerie de rabais. Outre ce premier avantage, qui est notable, on aura celui de ne sortir aucuns déblais, de les laisser au fond des travaux, de s'élever au-dessus avec toute sécurité, d'éviter le boisage et de ne monter au jour que le minerai ou le combustible qui font le sujet de l'exploitation. Gela posé, on conçoit que le seul moyen de soutenir un pareil gite, quand on entreprend de vider l'espace qui le contient, consiste à réserver des piliers plus ou moins éloignés et plus ou moins fortj dans la masse même du minerai , de les disposer avec soin, de les espacer avec régula-
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rite , de les entourer de déblais pris dans la mine même ou à la surface de la terre , et de mouter ainsi depuis l'étage le plus bas jus* qu'au plus élevé, sans ménager de planchers^ sans quitter les piliers et sans risquer de faire des porte-à-faiÂoc , ce qui arrive presque tour jours dans les mines où l'on adopte ce mode d'extraction» avec réserve de massif d'un étage à l'autre. A quelque modification près, tel est le moyen le plus économique d'exploiter les minerais en masses , et tel est aussi celui que MM. Baillet, Duhamel, Laverrière et Blavier avaient prescrit dans le Mémoire que nous avons déjà cité. Nous allons maintenant entrer dans les détails qui sont propres à chaque genre de mine en masses, en commen* çant par les amas de houille, qui sont les plus importa^s et les plus difilcilf^s h- exploiter.
&o\% donc (p|. XII, fîg. 1 et 2) un amas de houille analogue h^ celui dg. Çreusot» par exemple, qui n'ait ni toit ni mur, doi|t Ter paisseur spit indéterminée et. dont on cherche à tirer tout le parti possible , tant pour le présent que pour l'avenir.
On devra commencer à foncer un puits d'extraction (A) en dehors de ce ma^if , dan< la roche solide et à quelques mètres seule-f ment àes limites du dépôt
A quelques mètres au-dessus du fond de ce puits , et e^ réservant un grand puisard , on chassera une galerie (B), que l'on prolour géra jusqu'à ce que l'air devienne mauvais s
DES MINES EN MASSES. l^fj
OU jusqu'à la limite opposée du dépôt, si cela est possible; arrivé à cette extrémité, l'on exécutera une galerie à droite et à gauche de la première, en CC. On suivra la paroi de la roche si elle est régulière, ou on ne tiendra aucun compte dé ses irrégularités , si elle ne Test pas; de manière à ce que cette première traverse soit à angle droit avec la galerie B, et aussi régulière que possible; car c'est elle qui servira de guide pour celles que l'on devra creuser immédiatement après et dans une direction tout* à-fait parallèle à la première, en DD , qui ne sont séparées les unes des autres que par des refends dont l'épaisseur est proportionnée, ainsi que la largeur des galeries, à la plus ou moins grande solidité de la houille. Ayant ainsi découpé la masse en espèces de tranches , on percera les refends par d'autres galeries (EIE), parallèles à fiB , de manière à ne laisser que les cloisons ou piliers de houille (FF), qui seront d'autant moins épais que l'on aura pris plus de soin à tenir le remblai des vides au courant, et que la houille elle-même sera de nature plus compacte et plus solide.
Après avoir remblayé tous ces vides avec les déblais de la mine ou de l'extérieur, où remontera dans le puits à un étage supérieur : on fera absolument le même nombre de ga* leries, en leur donnant rigoureusement les mêmes dimensions qu'aux premières, et l'on pourra difficilement s'y tromper ^ puisque les
remblais {serviront de guide, et que les piliers de l'étage inférieur seront autant de jalons qu'il suffira de prolonger du plancher au plafond^ sans jamais craindre de les placer de côté.
La distance d'un étage à Tautre, ou, ce qui revient au même, la hauteur de chacun de ces étages qui est comprise entre le plafond de la première et celui de la seconde galerie BB'B'^ dépendï'a encore de la consistance de la houille. L'on conçoit que des piliers ou des refends partant du fond et se prolonr géant sans interruption tout à travers les travaux , que des piliers régulièrement et uni^^ fermement espacés pourront s'exploiter par la suite , en fonçant un puits central sur l'un d'eux , et en allant recouper les autres par des traverses, de manière à compléter l'eulèvement total de cette masse de houille , si ce n'est en une fois, au moins en deux reprises.
On conseille de placer le puits d'extraction (A) desminerais en masses en dehors du dépôt, parce qu'il faudrait réserver un très-fort massif dans tout son pourtour, sous peine de compromettre son existence et celle de tout le chantier ; mais je ne vois pas trop pouiv quoi on ne le foncerait pas tout aussi bien au toit qu'au mur. La nature de la roche, sa solidité, la présence ou le voisinage des eaux de la surface, qu'il serait imprudent d'attirer dans les travaux, sont des raisons
DES MINES ^N MASSES* l5g
qu'il faut prendre en considération et qui sont déterminantes.
Si Ton a tenu le journal d'exploitation et le plan des travaux parfaitement au courant des ayancemens et de tous les accidens dont il importe dé garder souvenir, on pourra, si Ton n'a pas atteint la limite inférieure du massif de houille , foncer un nouveau puits ou approfondir le premier pour se préparer un nouveau champ d'exploitation ; mais dans ce cas il faudrait conserver une certaine épaisseur de houille entre l'ancien et le nou^ veau champ , afin qu'il puisse soutenir la quan-^ tité prodigieuse des remblais qui ont été pla« ces dans l'étage supérieur. Il faudrait, autant que possible, éviter de reprendre ainsi les travaux en sous-œuvre , car tout le massif réservé entre les deux étages sera perdu pour toujours.
MM. Baillet et Duhamel proposent , il est vrai, d'éviter cet inconvénient en couvrant le sol du premier étage d'un plancher composé de pièces de bois de cuvelage posées en travers, de manière à ce qu'elles puissent servir par la suite de chapeaux aux étais qu'on placerait en sous- oeuvre; mais malgré toute la confiance que je puis avoir dans les conseils de ces savans ingénieurs , je crains que ce moyen ne soit pas applicable dans la pratique, tant par l'altération que les boii de mine éprouvent ordinairement dans Tinteneur des travaux souterrains, que par la
l6o EXPLOITATION
difficulté qu^on éprouverait à raccorder ce^ boisages anciens avec les nouveaux.
Dans cette circonstance , qui se présentera d'autant plus souvent que Ton sentira un jour que les houillères ne se renouvellent pas comme les forets , il faudra , pour aller re* couper ce que Ton aura négligé d'exploiter, s'enfoncer du premier jet à une grande profondeur aurdessous des vieux travaux, tâcher de se procurer tous les renseignemens possî-' blés sur leur étendue dans tous les sens , et travailler avec la plus grande circonspection quand, en remontant, on croira s'approcher de ces anciens ouvrages. C'est alors qu'il faut sonder le terrain, tant avec le marteau, pour juger par le son si Fou est voisin d'un terrain creux, qu'avec la drague ou la sonde, si l'on craint le voisinage de quelques travaux inondés.
Le seul inconvénient que l'on pourrait reprocher à cette méthode d'exploiter les houilles en amas, serait la nécessité de se procurer des matériaux pour remblayer les vides : mais il est facile de se convaincre qu'une quantité donnée de schiste ou de grès est bien loin de coûter ce que vaut la même quantité de houille dans le pays où elle est au plus bas prix.
Quant à l'abattage de la houille , il s'effectue au moyen d'entailles faites à chaque côté du front , au moyen de pics plats et pointus , de manière à. faire le moins possible de menue
DES MINES EN MASSES. l6l
houille 9 et la tombée s'exécute avec des coins lougs et carrés, que l'oji enfonce tout à travers la masse; de cette manière on obtient beaucoup de grosse houille ou pérat s de la grêle, du malbourough , et pçu de menu.
Dans les mines de houille de la Jjpire et des environs d'Alais , département du Gard , on opère Ja tombée au moyen de deux en*tailles latérales; d'une troisième, faite au sol, et de grands coins carrés, que l'on chasse au milieu de la masse. Comme la houille est généralement solide, on obtient beaucoup de pérat y que l'on nomme mottes dans le Gard. Dans les houillères de Waldenbui^ en Siléfie, la tombée se fait à peu près de méme^ au moyen de trois entailles de quatre à cinq pieds de profondeur, et assez larges pour qu'un ouvrier puisse y travailler commodément La masse ainsi détachée sur quatre faces a quinze pieds de large, quatre d'épaisseur et sept de hauteur. On en exécute la tombée au moyeu de coins que les ouvriers , qui entrent dans les entailles latérales, chassent parallèlement à la face antérieure, eu même temps qtie d'autres sont enfoncés à la partie supérieure entre la houille et le toit L'effet de tous ces coins, que l'on chasse en même temps, est de détacher la masse de houille souvent en son entier. (D'Aubuisson.)
Mais quelle que soit la quantité du menu et quelle que soit sa faible valeur, il faut absolument le sortir des travaux, si Ion veut
l6it EXPLOITATION
éviter les incendies causés par la décomposition des pyrites et par réchaufiement de ces poussières. Cest faute d'avoir pris toutes ces précautions que le beau bassin houiller de FAvejron est ravagé par le feu et les éboulemens, et que Ton a perdu pour toujours des masses immenses de combustible. C'est là, plus que partout ailleurs, qu'il importerait de régulariser les travaux et d'adopter un mode d'extraction analogue à celui que nous -venons de décrire.
Le massif de houille duCreusot est exploité par un procédé qui parait au premier abord avoir beaucoup d'analogie avec celui que nous conseillons d'adopter, mais il en diffère sous plusieurs points importans, ainsi que l'on va pouvoir en juger par le rapprochement de l'une et l'autre méôiode.* D'abord on tra* vaille de haut en bas; le puits d'ex:traction, au lieu d'être rejeté en dehors du massif, est ordinairement percé au milieu même du combustible , ce qui exige une forte réserve de bouille tout à l'en tour. L'exploitation est divisée par étages, qui sont séparés par des massifs de trois mètres, et le vide des tailles n'en a que deux. Les piliers ne sont point continus, ce qui doit nécessairement occasioner quelque porte-à-faux; car il est. bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'apporter a'ssez de surveillance au travail des ouvriers pour faire que les piliers d'un étage correspondent directement et perpendtculairement à ceux
DBS MlfiES EN If ASSES. l63
d'un étage inférieur. Main tenant,, si l'on veut se donner la peine de calculer, on ^arrivera à ce triste résultat, que sur quinze parties de houille on. en abandonne onze au moins, tant par la réserve des plafonds que par celle des piliers de soutènement et de l'entourage des puits. Une méthode aussi désastreuse doit être abandonnée aujourd'hui, puisque ces mines sont afiecté^-au service d'un .magnifique établissement ferrier.
Tout ce que l'on vient de dire par rapport aux mines de houille en masses ou en amas, peut s'appliquer presque de point en point à l'exploitation des minerais de fer d'allu- Tion, avec cette différence, qu'il importe fort peu que le minerai sorte de la fosse en gros blocs, puisqu'il faut toujours le briser pour le laTer, le griller ou le fondre; aussi, dans le cas où l'on pratique des entailles de droite et de gauche , c'est beaucoup plus pour faciliter le travail que pour obtenir de grois minerai.
£n général , les maîtres de forge du Berry , de la Normandie , de la Franche-Comté , du Përif^ord, etc., n'attachent aucune importance à la manière dont on extrait les minerais qui alimentent leurs usines; ce travail est abandonné à de simples paysans, qui gâchent et perdent infiniment plus de minerai qu'ils n'en vendent : on se repose beaucoup trop sur l'abondance excessive de ces minerais > ntais il est temps enfin d'arrêter ce mode
actuel des exploitations de fer : il se fait tous les jours un mal qu'il sera difficile et peutêtre impossible de réparer. Au reste , les Français ne sont pas les seuls qui méritent des reproches à ce sujet; car les mines de fer de la Silésie sont livrées au même désordre. Il est temps que des compagnies se mettent à la tête de ces exploitations du minerai de fer d'alluvion ^ que l'on mette les grands moyens en jeu, et que l'on n'abandonne pas l'une de nos principales richesses minérales au gaspillage et au désordre le plus effrayant. Je ne veux certainement pas que l'on prive les pauvres paysans du léger bénéfice qu'ils retirent de cette branche d'industrie, mais je voudrais que les immenses dépàts de fer qui alimentent nos principales usines, fussent exploités par une mréthode analogue* à celle que nous venons de décrire, tandis que jusqu'à présent et de temps immémorial on s'est contenté de gratter la terre ou de la cribler de petits puits, qui ne sont le plus souvent éloignés que de quelques pieds. On pourrait dire que l'on ne s'est point encore aperçu de l'inconvénient de ce genre d'exploitation qui est à la portée de tout le monde , et qui en cela est préfé* rable à tout autre; maison pourrait répondre aussi: que les accidems qui arrivent dans ces petites exploitations sont beaucoup plus nom* breux qu'on ne le pense , parce qu'ils échappent à la vî^lance des ingénieurs des mines, en raison du peu d'importance que l'on atta-
DES M1N£6 EN HASSES* l65
che a ces mêmes exploitations » qui s'ouvrent et se ferment sans formalité , dont il n'existe ni plans ni coupes , et que chacun se croit en droit de conduire à sa manière. On pour-r rait répondre encore que ces dépôts, qui nous ont semblé inépuisables jusqu'à ce jour, pourraient cependant fort bien cesser de pouvoir suffire k nos besoins toujours croissans; que la guerre, l'industrie, les constructions de tout genre où le fer est admis sous' mille for* mes et dans tous les états possibles , ont peutêtre déjà décuplé la quantité de fer qui suffisait à Henri IV, et que tout fait prévoir que cette consommation pourra fort bien augmenter encore , surtout si nous nous mettons à construire des chemins de fer analogues à ceux qui traveiisent en tout sens les contrées industrielles et ^manufacturières de l'Angle^ terre*
Voici cependant à peu près comment on exploite ces beaux dépôts de minerai de fer hydraté qui produisent nos excelleils fers du Berry et de la Franche «* Comté, minerais qui nous sont enviés par l'Angleterre et qui sont bien supérieurs sous tous les rapports à ceux que l'on trouve parmi les couches ou les dépôts de houille , tant par leur richesse , qui est à peu près double , que par la qualité du fer qui en provient
Après avoir fait quelques fouilles à la surface de la terre, avoir bouleversé le sol des forêts ou détérioré quelques prairies, on s#
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décide à descendre de quelques pieds: poui* cela un seul homme se met à faire un petit trou de trente pouces de diamètre , dans lequel il se fait décaler au bout d'une corde qui s'enroule sur une bûche à peu près ronde, et qui est soutenue par quatre bâtons en croix. Lorsque ce puits, dont on soutient les parois avec des branches de bois yert, que l'on courbe et qui font effort contre la tenre tant qu'elles ne sont pas pourries, atteint une première couche de minerai , on l'arrête et l'on fait au pied, soit une chambre carrée , soit deux galeries qui se croisent à peu près à angle droit, et c'est là où l'on tire la mine, que l'on élève au jour dans de petits paniers, de petits sacs ou de petits seaux de bois; mais bientôt l'eau ou le manque d'air force l'exploitant à abandonner son petit chantier, et il vient en commencer un autre tout pareil à quelques pieds du premier, laissant ainsi, entre les deux , une masse de minerai qui sera perdue pour toujours, et ne supposant pas même qu'il peut en exister de plus grands dépôts au-dessous de celui qu'il a si légèrement effleuré.
Dans certains cas, cependant, car il faut rendre justice à tout le monde 9 l'exploitant perce deux puits jumeaux qui aident à l'ai* rage 3 mais en général ils sont si rapprochés l'un de l'autre, qa'ils ne peuvent remplir le but qu'on se propose, puisqu'en les accolant ainsi, leur action ne peut s'étendre jus-