DU SEL ET DBS EAUX SALÉES. I
celles de Wielitska, sont aussi très-remarquables par l'étendue et rélévation de leurs excavations, et surtout par la puissance de la coucbe de sel, qui a donné lieu à tant de trayaux, et dont on porte l'épaisseur à 3oo pieds (100 mètres).
La situation de ces belles mines est au nord des monts KrapacLs, à deux lieues au sud de Cracovie, en Gallicie. Elles appartenaient à la Pologne avant le démembrement de cet état; aujourd'hui elles font partie du domaine de la couronne d'Autriche, et occupaient dernièrement encore environ huit cents ouvriers. (Manès.)
On fait remarquer que ces célèbres mines de sel ont des points de ressemblance frap* pans avec les salines infiniment moins inu portantes de l'Autriche, de la Bavière et du Tyrol, et que les montagnes calcaires qui renferment ces dernières, se rattachent de proche en proche avec celles au pied des<quelles ces grandes mines de sel sont situées; car, pour le dire en passant, les salines se rencontrent toujours vers la base des grandes chaînes, et à une faible élévation au-dessus du niveau de la mer. Suivant M. de Buch, la mine de Hall, ouverte à 848 toises, est le point le' plus élevé où la formation du sel ait jamais été observée.
Les mines de sel gemme du comté de Ches^ ter, ouvertes aux environs de Northwich, en Angleterre y renferment des couches puissant
SOO EXPLOITATION
feSj qui sont exploitées à Faide de galeries élevées^ soutenues par des piliers régulièrement résenrés dans le sel.
La masse ayant assez de solidité et de con* distance pour se soutenir d'elle-même, sans que l'on soit obligé de remblayer, comme nous l'avons vu en parlant des houillères en inasse, il en résulte que ces mines présentent de vastes excavations d'un aspect impo- Mnt et véritablement monumental.
Les couches de sel n'y sont point parfaiter fuent droites; elles sont ondulées et d'une épaisseur moyenne de 60 pieds (ao mètres). Au-dessous du premier étage on trouve un banc de roc (probablement calcaire ou gyp (eux), pîiis on entre de nouveau dans une seconde masse de sel, dont la puissance est encore inconnue.
Jusqu'ici la France n'avait possédé que des sources salées; mais la découverte faite k Vie, département de la Meurthe, de trois belles couches de sel gemme, dont l'épaisseur dépasse 100 pieds, va nous procurer un nouvel exemple dexploitation des mines en masse, et compléter en quelque sorte la richesse minérale de la France.
L'exploitation du sel gemme dans ces différentes contrées n'a rien qui la distingue de l'exploitation des carrières souterraines et à ciel ouvert, et il serait tout-à-fait superflu de s'y arrêter davantage, puisque nous avons déjà décrit ce mode d'extraction, en parlant
DD SEL ST DES EAUX 8ALÂE6. Zàl
de.rexploitation des pierres à bâtir, des ar* doises, etc. La seule précaution qu'elles exi* gent impérieusement, c'est d'en écarter les filtrations d'eau douce, soit qu'elles proviennent de la surface ou de l'intérieur, ce qui exige quelquefois des travaux longs et coûteux.
Exploitation des terres salées.
Le sel ne se trouve pas toujours dans le sein de la terre en couches ou en bancs d'une grande épaisseur et d'une pureté plus ou moins parfaite , ainsi que nous venons de le ' dire : il est au contraire assez souvent disséminé en veinules, en rognons ou bien en grains imperceptibles, dans des aigiles ou dans des terres gjpseuses , d'où il serait impossible de le dégager mécaniquement On à donc été forcé de recourir à un moyen d'exploitation qui est particulier à cette subs* tance dont la présence échappe à l'œil , et qui n'est sensible qu'au goût Ce moyen est 1q dissolution par l'eau douce, et c'est à l'art d'introduire cet agent dans le sein de la terre^ de l'y retenir jusqu'à ce qu'il soit parvenu au degré de salure qu'il convient d'atteindre avant de l'évaporer, que je donne le nom d'exploitation des terres salées, que l'on cou-*' fond souvent avec celle des sources, sous là dénomination générale de salines.
Le sel se trouvant disséminé dans les argiles qui appartiennent à cette formation, et
l'exislence de ces terres salées étant bien reconnue par des signes extérieurs ou des afleuremens, on commence ordinairement par chasser une galerie de direction, qui corn* menoe au jour et cpii s'enfonce dans Tintérieur de la masse salifère.,Ces galeries se soutiennent d'elles-mêmes, si elles traversent le gypse ou le calcaire, et il faut au contraire les boiser très-serrés si Ton travaille dans l'argile salée, qui perd toute consistance par le contact de l'air. Ces galeries de direction, qui sont les plus longues et les plus importantes, communiquent avec de grandes excavations que l'on nomme salons, à l'aida d'autres galeries transversales, horiiontales ou inclinées, qui sont moins longues que les premières, mais qui n'offrent absolument rien de particulier.
. Arrêtons-nous aux salons, et disons avant tout, que c'est à l'ouvrage de M. Marcel de Serres, sur les arts et manufactures d'Autri*ehe, que nous empruntons ce que nous avons à dire sur l'intérieur de ces travaux particu* liers^, qu'il a visités avec soin à l'époque où »os armées occupaient l'Autriche, la Bavière, }e Tjrol, etc., et qu'il a parfaitement décrits» ' Les salons sont des excavations plus ou moins grandes, creusées dans les argiles salifères, pour y rassembler l'eau nécessaire à la
1 Marcel de Serres, Essai sur les arts et manofaotures de f empire d^Aolriche . tom. II, pag. 367 et suit.
DI7 8Eh ET DES EAUX SALÉES. >0S
dissojntion du sel qu'elles contiennent Lors* que Ton yeut creuser un salon, en Tyrol par exemple, on choisit , parmi les galeries de re-^ cberche que Ton a percées, les cantons qui sont les plus riches en sel. Ce choix étant fait, on commence par creuser un puits ver« tical ou une galerie inclinée de transport, qui conduit d'une galerie plus éleyée jusqu'au bas du salon que l'on veut former; quand cette galerie est creusée, on pratique de cha« que côté de celle-ci des fosses qui sont destinnées à faciliter l'établissement du salon, et Ton continue ainsi à enlever les terres jus* qu'à ce que l'on ait donné une certaine éten« due à cette excavation; dans quelques mines on en continue l'enlèvement jusqu'à ce que le salon puisse contenir 4000 eimers^ d'eau (407,703 mètres cubes); mais on fait en sorte de ne lui donner que 6 à 8 pieds ( 2™ à 2,66) de haut.
Dans le commencement, les salons sont au niveau des galeries qui j conduisent; mais ils ne tardent pas à devenir plus élevés qu'el* les^ par l'accumulation des terres insolubles qui tombent au fond. En effet, comme l'eau douce que l'on introduit dans ces excavations n'a d'autre but que de dissoudre le sel qui est disséminé dans les argiles, on conçoit que les terres salées qui se détachent du pla«
1 LVimer est une mesure qui équivaut k 2']S2 pieds cubei (102 métrés cobes enriron).
â04 EXPLOITATION
fond par suite de l'humidité dont elles sont pénétrées, tombent au fond de ces vastes réservoirs, et l'exhaussent à proportion que le plafond s'élève, d'où il résulte que les salons ne peuvent changer de dimension en hauteur, et que l'eau douce ne peut avoir d'action sur le fond, puisqu'il est toujours recouvert de terre. L'on a remarqué que les salons s'agrandissent davantage par leur partie supérieure , qui n'est souvent qu'humectée, que par leurs côtés, qui sont toujours en contact immédiat avec l'eau, et il résulte de la chute continuelle du plafond et du dépôt, qui se fait aussi continuellement sur le sol, que les salons se trouvent au bout d'un certain laps de temps à 60 pieds et plus au-dessus de leur niveau primitif ^ qui est celui du sol des galeries par lesquelles on conduit les eaux salées dans les chaudières où on les évapore.
On ne soutient les salons que lorsqu'ils ont acquis naturellement, ou par des travaux d'art, des dimensions démesurées; mais comme il n'est. pas possible de réserver des piliers, ainsi que nous avons vu que cela se pratiqué pour les carrières et les houillères j puisque ces piliers seraient attaqués et détruits par J'eau douce, on a trouvé que le moyen le plus économique consiste à pétrir de l'argile qui a perdu son sel , et à en former des masses de soutènement dont on peut augmenter Yé* paisseur et la force à volonté. Ce moyen, infiniment plus économique que l'emploi du
DU SEL ET DES EAUX SALÉES. aoS
bois, présente encore Tayantage de diminuer la masse de déblais à sortir.
Par la même raison, qu'il faut donner des limites aux dimensions des salons, il devient essentiel aussi , lorsqu'on veut en établir un nouveau, de le placer à une assez grande distance de ceux qui existent déjà, à 3o mètres, par exemple; et encore trouye-t*on cette séparation trop faible , quand on est voisin d'un salon de la capacité de 6 à 700,000 eimers (70,977,700 mètres cubes). On conçoit que, moins les ai^iles sont chaînées de sel, et plus les salons doivent s'agrandir dans un temps donné, parce qu'il faut qu'une plus grande masse d'argile muriatifère se mette en contact avec une certaine quantité d'eau douce, pour l'élever au degré convenable de salure, qui varie de 14 à iG'', c'est-à-dire, que l'eau, pour être bonne à évaporer, doit con*^ tenir de 14 à 16 livres de sel par quintal de liquide , une livre répondant à un degré. Par la même raison , moins les argiles sont riches et plus il faut écarter les salons les uns des autres, puisqu'ils tendent à se rapprocher plus vite.
Comme il peut arriver cependant que deux salons deviennent trop voisins, ou. que Tun d'eux soit tvop peu éloigné d'une galerie ou de tout autre ouvrage, on est dans l'usage de construire, en pareil cas, ce que l'on nomme une digue de garantie, que l'on fortifie avec de l'aif^ile pétrie , et si cette digue barre le
ao6 EXPJ[X)1TATI0N
passage d'ane galerie de service, on rétablit la communication par un détour.
Il vient un moment où le changement de niveau des salons force à les nettoyer, c'està-dire à enlever les terres qui se sont accumulées sur leur sol, et ce moment arrive encore d'autant plus vite que l'ai^ile muriatifère contient moins de sel; mais dans les mines riches cette opération ne déviait nécessaire qu après le sixième remplissage.
Pour faire ce déblai, on laisse d'abord sécher le sol, et l'on n'enlève la terre que lorsqu'elle a pris assez de consistance pour que Ton puisse la charger avec des pelles dans des brouettes ou des chiens de mine, dont on facilite la circulation par tous les moyens possibles.
. On profite du moment où les salons sont «ecs et nettoyés, pour en augmenter l'élenidue, et la mettre pour ainsi dire en proportion avec la hauteur; mais dès que celte opération est achevée, on s'empresse de rétablir les communications, de faire les réparations indispensables et de réintroduire l'eau douce dans ces vastes excavations. Il arrive 4issexsouvent , pour accélérer ragrandissement d'un salon, qu'au lieu de laisser séjourner l'eau douce jusqu'au degré nécessaire de saturation, on la fait écouler dans un salon plus vaste , pour la remplacer par de nouvelle ^eau douce.
^ Un salon^ présente toujours deux ouvertu-