‹ Élémens pratiques d'exploitationChapitre 86 sur 140 · DE MINE · texte numérisé non relu

DE MINE

Il faut, autant que possible, placer les pompes à côté des échelles (pi. XXVII , fig. i, a a)^ afin que l'on puisse les visiter d'un bout a l'autre avec facilité, et resserrer les boulons sur les points où l'eau s'échapperait. On les attache au boisage avec des brides de fer^ et on les soutient de place en place , afin que leur poids ne porte pas en entier sur ces lieiis. Il y a beaucoup de pompes en bois dans les mines d'Allemagne : on. les établit dans l'jatelier même , et quoiqu'elles ne soient ja<in^is aussi solides que celles en fonte de fer, l^s ouvriers qui sont chargés de cette partie ont une telle habitude et une si grande adressa que ces pompes font un très-bon usage , et que l'on ne songe point k 1^^ remplacer par d'au«tres. L'avantage de pouvoir se suffire à soi-* même, de tirer parti des bois droits que l'on a sous la main, l'empire de l'habitude, enfin, lout coiicourt à en maintenir l'usage et s'oppose à l'introduction des pompes en fer^ qui $ont généralfsment adoptées eu France, et surtout en Angleterre, où elles sont mises en inouvement par des machines à vapeur.

Dans \^ ipontagnes on se sert de bois de mélèze pour faire le corps des pompes, et dans les pays de plaine on donne la préfet rence au chêne, le bois de Verne ou d'Aune étant rarement assez gros et as^çz droit pour pouvoir être percé sur iQ à la pieds, ainsi qu'on le fait ordinairement. Ces tuyaux sont cerclée eu fer, et entrent les uns dans les au-

très de 8 à g pouces. Mais comme c'est presque toujours aux jonctions que Teau finit par s'échapper, je conseille d'assembler ces tubes au moyen de rondelles de fer plat dont les bords sont coupans, et dont le diamètre doit toujours être de i à 2 pouces plus grand que le canal : alors on fait les jonctions en plaçant une de ces rondelles coupantes entre les deux tuyaux que l'on veut joindre bout a bout, et, en frappant, le fer entre à la fois dans les deux tuyaux et s'oppose à toute fil* tration : ce moyen est excellent, j'en ai fait usage et m'en suis bien mieux trouvé que de l'autre.

En faisant forger des rondelles coudées ou légèrement obliques, on peut changer la direction des conduites d'eau, ce que l'on ne ' peut faire que très-imparfaitement quand les tuyaux entrent les uns dans les autres. Les rondelles ont encore l'avantage de ne point diminuer la longueur des corps, et d'épargner plus d'un pied de tuyau à chaque jonction.

On est dans l'usage de placer une grille ou un morceau de tôle criblé de trous sur l'ouverture par laquelle se fait l'aspiration , afin qu'il ne puisse point s'introduire de corps étrangers sous les clapets : mais cette précaution a l'inconvénient de boucher assez souvent le grillage et de nuire à l'aspiration, surtout quand elle se fait latéralement, parce que Teau, arrivée à ce niveau et fortement

DE MINE* SSg

' attirée par le vide, entraine avec elle touA les corps qui flottent à sa surface , tels que du papier provenant des bourres, des coupeaux de bois, de la paille, etc. Il vaudrait donc mieux, selon moi, placer lé trou d'aspiration en dessous, et couvrir toute la sur* face du puisard d'un grillage de fer, qui retiendrait tous les corps légers, capables de déranger le jeu des soupapes avant que l'eau fut abaissée au niveau du trou d'aspiration.

On* fait marcber ces différentes espèces de pompes, tantôt avec des hommes, tantôt avec des chevaux ou des machines à molettes ou calendres , avec des machines à vapeur , à tiraille, etc.

Lorsque l'on fonce un puits ou une bure » on ne peut point établir de pompe à demeure jusqu'à la place où l'on travaille; elle serait continuellement dérangée et fracassée par les coups de mine , et cependant il arrive trèssouvent que l'on trouve assez d'eau pour que le jeu d'une pompe devienne indispensable *; alors on fait usage de la pompe volante à cornet, que les Allemands nomment Spritze (pi. VU, fig. 8). Elle se compose d'un premier tuyau de bois, au bout duquel on cloue solidement un morceau de gros cuir qui joue à charnière , et d'un autre tuyau , pareil au premier, dans lequel on fait jouer un piston d'une forme et d'une construction toutes particulières : c'est un cornet de cuir très- fort, dont le petit bout est cloué à l'extrémité d'une

truigle de bois , et dont le bord est attacbé par des brides de cuir à ce même bâton, mais de manière à lui permettre de s'ouvrir assea pour remplir complètement l'intérieur du tuyau. Lorsque l'on veut se servir de cette pompe , on la met en place et l'on en consolide les difierens corps avec des crochets de fer qui les réunissent et s'opposent à ce qu'ils puissent s'écarter. On enfonce le cornet jusqu'à la soupape; on jette un sceau d'eau par dessus pour l'amorcer, et on le tire et pousse alternativement à l'aide du bâton auquel il est attaché, et qui se termine par une traverse en béquille. Chaque fois que l'on enfonce le cornet, il se contracte et. laisse pa^ ser l'eau tout autour, et dès qu'on le soulève il s'ouvre, remplit exactement tout l'intérieur du tuyau, force la soupape à s'élever en faisant le vide , et monte à chaque impulsion une assez grande quantité d'eau, qui sort par la gouttière qui termine la tête de la pompe. On peut donner jusqu'à ^o pieds à cette espèce de pompe, qu'un seul hoinmç peut faire marcher, et qui peut se plficer droite ou couchée, suivant le local. De cette manière on élève l'eau depuis le point où travaillent les mineurs jusqu'à 1^ première caisse où trempe le pied des pompes qui sont en place, et comme elle est assez légère, on la met à l'abri des coups de mine toutes les fois qu'on tire près d'elle.

La planche VU, fig. 8, donne une idéç de

DE MINE. 36l

ces pompes, que tous les mineurs tyroliens gavent exécuter et mettre en place.

Les pompes ordinaires sont figurées et décrites dans tant d'ouvrages différens, que je ne m'étends pas davantage à leur |sujet, et que je me dispense de les représenter de nou« Tcau, renvoyant les ouvriers qui voudraient f^n prendre une idée plus juste et plus détaillée , aux ouvrages qui traitent ce sujet d'une manière spéciale , ou mieux encore au petit traité â!hjfdraulique qui fait partie de l'Encyclopédie populaire, dont chaque volume , orné de planches, ne coûte qu'un franc. ^

Du cu9elag€, du picotage et des autres moyens préservatifs employés contre les inondations.

Kous avons dit qu'il existe dans l'intérieur de la terre de grands amas d'eau , qui donnent naissance à une infinité de filets et de petits courans, qui circulent dans tous les sens et que l'on rencontre presque toujours quand on exécute des travaux souterrains. Les pompes suffisent ordinairement pour enlever l'eau produite par ces petites sources; mais quand on est assez malheureux pour

1 Eacjclopédîe populaire, ou les sciences, les arts et les métiers mis à la portée de toutes les classes ^ prix un franc le Tolnmcs A Paris, ches Audoi, libraire, rue des Maçons-Sorbonne, n.° ii.

56a liUTELAGE

déboucher Tune des principales issues de ces grands réservoirs, les moyens ordinaires de- Tiennent insuflSsans : Ton doit recourir aux moteurs les plus puissans et ne rien négliger pour parvenir à boucher la voie d'eau que l'on a ouverte; car, si Ton était obligé.de continuer l'épuisement, la dépense serait si considérable, qu'on serait forcé d'abandonner les travaux et de renoncer à l'exploitation.

Ces grands réservoirs ne sont pas les seuls amas d'eau qui contrarient les mineurs et entravent leurs travaux. Certaines rivières qui coulent sur des lits perdiéables s'infiltrent à une grande distance de l^urs bords , et forment des espèces de lacs souterrains, qui ne sont retenus que par la présence de quelques bancs d'argile, mais qui se précipiteraient dans l'intérieur de la terre, si l'on venait à les percer sans précaution. La Tyne en Angleterre et l'Escaut dans la Flandre sont dans ce cas, et comme les terrains qu'elles inondent ainsi recouvrent des amas immenses de houille, l'homme a surmonté tous les obstacles qu'un tel état de choses lui opposait, est parvenu, à force d'art et de persévé* rance, à traverser ces lacs souterrains, à les maintenir par des digues, à s'en rendre absolument maître, et est allé s'établir à quelques cents pieds plus bas, pour y exploiter ces couches de houille que la nature avait si bien défendues.

Comme c'est au moyen du picotage et du

ET FIC0TA6E. 36S

cuTelage que l'on est parvenu à trayerser les terrains inondés qui recouvrent les belles mines de houille d'Anzin, je ne puis mieux faire, pour donner une idée de cette opéra-^ tion y que de rapporter , pour exemple , la manière dont on l'exécute dans ce vaste établissement, et comme M. d'Aubuisson l'a suivie avec tout le soin dont il est capable» et qu'il l'a décrite avec la clarté que l'on remarque dans tous ses mémoires sur l'art des mines, je rapporterai textuellement la des* cription qu'il nous en a donnée, car les mots techniques ont peu de synonymes, et lorsqu'un procédé est bien décrit une première fois, il est à peu près impossible de le décrire de nouveau sans copier le premier texte ^, et il est de toute justice d'en prévenir le lecteur.

Les mines d'Anzin sont aux portes de Va^ lenciennes, elles occupent trois mille ou- Triers; les puits, qui varient de 600 à i5oo pieds de profondeur, sont desservis par quarante-huit machines à vapeur, dont trentesept à moyenne pression de dix à seize chevaux, suivant le système de Chaillot, pour l'extraction de la houille, et onze à basse, pression, de la force de quarante à cent-vingt chevaux, pour l'épuisement des eaux^ Ces détails, que je dois à l'obligeance de M. Jennings, directeur général de ce bel établis-

I Journal des mines, tom. XVIII, n.*" io4 et io5.

S64 cnyEL4GE

sèment, donnent une idée de son importance et sont faits pour justiBer la préférence que je lui ai accordée en le choisissant pour exemple.

Le terrain houiller d'Ânzin, qui est composé , comme partout ailleurs, de couches alternatives de grès plus ou moins fin, d'argile plus ou moins schi&teuse et de houille, dont l'épaisseur varie de i à 3 pieds (o,33 à i™) seulement, est recouvert d'un système de couches de pierre calcaire et de glaise ayant 180 à' 240 pieds (60 à 80 mètres) d'épaisseur; les eaux de filtration, ne sont arrêtées et retenues que par une grande couche d'argile glaise d'un gris un peu bleuâtre, mêlée à un peu de terre calcaire, formant une pâte très-ductile dans l'eau, et qui est connue et désignée dans le pays sous le nom de Dief. Ces eaux forment donc au-dessus de cette couche, qui a plus de 5o pieds d'épaisseur (iQ"")» une es-' pèce de lac ou de marais souterrain appelé niveau par les ouvriers.

Lorsque l'on veut atteindre les couches de houille par un puits, il faut passer à travers le niveau, et empêcher que les eaux ne se précipitent par le trou que le puits fait au milieu du D'wf dans les excavations que l'on creuse au-dessous, et c'est là le but du/?tçQtage et du cuvelage, que l'on pratique avec ^succès dans les puits carrés d'Anzin, qui ont 7 à g pieds de côté.

« Lorsque l'emplacemeut d'un puits e$( dé-p

ET PICOTAGE. 565

c terminé , dit M . d'Âubuisson , on commence (c à creuser dans le terrain d'alluvîon et dans a les premières couches du terrain crayeux; te ce travail se fait sans difficulté et sans qu'on tt soit incommodé par les eaux tant qu'on « est au-dessus de la vallée (de l'Escaut) : le <( niveau commence à cette profondeur; pour « le passer, il faut, à mesure que l'on fonce, « épuiser toute l'eau que les. sources et les « infiltrations, provenant des terrains adja-

cens, versent dans le creux que l'on fait : « il faut, à cet effet, que les machines soient (c toujours capables d'en élever une quantité « au moins égale à celle qui peut arriver.

ce Comme les eaux ne peuvent se rendre (c d'un endroit à l'autre qu'en traversant et « -en quelque sorte filtrant à travers la masse «K de pierre qui plonge dans le niveau, il s'ena suit qu'elles éprouvent d'autant plus d'obs- « stades dans leur mouvement et qu elles se CI rendent par conséquent plus lentement, « ou, ce qui revient au même, en plus petite a quantité, dans le puits, que le terrain des « environs est plus compacte et plus serré; « ainsi plus un terrain est serré et plus on « passe le niveau avec facilité. ^

C'est ainsi qu'on a mis trois ans à passer le nii^eau dans le puits nommé Bleuse- Borne ^ , quoique Ton employât a l'épuisement trois machines à vapeur, dont deux de 60 pouces et une de 4^9 ^^^ travaillaieut continuel* lement et à la fois, et qu'en i8o5 on. passa

366 c^yELAGE

ce même niveau en quelques semaines, en fonçant deux puits éloignés seulement de 5oo mètres de celui de Bleuse- Borne; ce qui prouve que ]e terrain était plus serré.

ce Lorsqu'en creusant on est parvenu à un ic banc de pierre calcaire nommé le Gris, a on établit le premier picotage : voici comte ment se fait ce travail.

« On unit le fond du puits, ainsi que les «c parois dans leur partie inférieure; on (( creuse encore la partie centrale, de ma* ic nière à ce que l'on ait au fond du puits « un creux central de 3 à 4 pieds de profoncc deur, qui sert de puisard, et dans lequel ce les ouvriers entrent afin de travailler plus « commodément au picotage. Cela fait, on « pose un châssis ou grand cadre de bois sur ce la partie du fond qui est restée plus élece vée que la partie centrale : ce châssis, que ft l'on nomme trousse à picoter, est fait de « quatre pièces de bois de chêne bien équarce ries et bien unies, qui ont g pieds de long ce et 1 pied de lai^e (3" sur o,35) sur 9 pouce ces environ de hauteur; elles sont bien « assemblées, et le côté intérieur du carré te qu'elles forment a 6 pieds 9 pouces (3",a3) ic entre les faces extérieures du châssis et les •r parois du puits : il règne tout autour un « espace d'environ 4 pouces (0,10) de large; ce on place dans cet espace , et derrière chacun le des quatre côtés du châssis, une planche t( de bois blanc , posée de champ ; l'intervalle

fC

ET PICOTAGE. 867

qui reste encore entre ces planclies et les parois est rempli de mousse, que l'on bourre bien. On introduit ensuite de longs coins de bois entre les planches et les côtés da cbâssis, on les enfonce à grands coups de masse, de manière à ce qu'ils pressent fortement contre les parois, les planches et la mousse, qu'ils les impriment en quelque sorte dans la pierre, et que le tout fasse ainsi un ensemble bien assujetti contre ces parois : tel est le picotage proprement dit « Le châssis à picoter étant bien établi, on élèye le curelage par dessus : celui-ci consiste en une suite de nouveaux châssis également en bois de chêne bien équarrî et bien dressé, qui ont la même longueur ^ sur 6 pouces 6 lignes (0,18) de large, sur 8 à 10 pouces (0,3 à o,3) de hauteur et plus. Sur chacune de leurs faces extérieures on cloue une bande de grosse toile, faite ayec de l'étoupe; elle a environ 7 pouces de lai^e (0,20), et est fixée de manière que lorsqu'un châssis est en place, elle pend devant le joint qui est entre ce châssis et celui sur lequel il repose. L'intervalle qui reste entre le cuvelage et les parois du puits est ensuite rempli de cendrées; c'est ainsi qu'on nomme le résidu qu'on ramasse dans les fours oii l'on cuit la chaux avec de la houille; c'est un mélange de chaux vive et de cendres de houille : on le délaye dans l'eau; il durcit et acquiert au bout de quel*

568 gutelàge

K que temps la consistance du roc. La toile K d'étoupe qui est devant les joints, a pour IX but de retenir cette cendrée et d'empêcher K qu'elle ne soit entraînée par l'eau pendant K qu'elle est encore molle. On élève de cette K manière le cuvelage jusqu'à l'oriiice du n puits, et ensuite l'on étoupe avec soin tous tt les joints, jusqu'à ce qu'il ne passe plus « aucun filet d'eau.

« Le premier picotage et cuvelage étant « terminé, ou continue à foncer le puits, en « tenant les eaux toujours épuisées à mesure « qu'elles arrivent.

ff On a soin de ne pas toucher à la partie « du roc qui est immédiatement au-dessous « du châssis à picoter; on en laisse subsister CK une épaisseur de 2 pieds à 2 pieds 6 pouces « (0,66). Lorsqu'on est dans la bonne pierre « ( qui est un calcaire gris très- tendre , à casce sure terreuse, à gros grain , mêlé d'argile et « de matière verte), on y établit un second « picotage , de la même manière que le précé* « dent; mais au lieu d'une simple trousse à « picoter y on en met deux, l'une au-dessus de ce l'autre : l'inférieure est appelée trousse « plate j parce que le bois qui la forme n'a « que 6 pouces 6 lignes de hauteur, tandis ce que la seconde en a 10 environ; quant «( à sa longueur et à sa largeur,' elles sont « comme celles du premier picotage. Les ce deux trousses étant bien assujetties, on « élève par dessus un second cuvelage y sem-

ET PIGOTAGE. 369

n blable au premier : la seule différence, c'est R que le bois, au lieu de n'avoir que 6 pouce ces 6 lignes de largeur, en a 9 ( 0,34)- Lors* (c qu'en élevant le cuvelage, on est parvenu a au massif de roc que l'on avait laissé subie sister sous le châssis du premier picotage, « on le fai^ tomber, et on met à sa place un a ou deux châssis de cuvelage : ce dernier fc est appelé la clef. Les châssis étant placés, <c on en étoupe les joints et ensuite Ton en- « fonce de gros coins de bois entre la clef flc et le châssis à picoter qui est au-dessus^ ce afin de bien serrer les uns contre les au- « très les châssis de cuvelage que Ton vient A de poser. Cela fait, on abandonne le puits» « on le laisse se remplir d'eau jusqu'à la hau- « teur du premier châssis à picoter, afin que « le cuvelage ait le temps de se bien asseoir» « et pour que l'eau de filtration, qui arrive « par derrière et qui tend à passer entre les « joints, n'ait pas la même force et n'entraîne « pas la cendrée avant qu'elle ait pris une c certaine consistance. Au bout de trois ou « quatre jours, on épuise les eaux, l'on re- « bouche soigneusement avec de l'étoupe « tous les endroits où l'on aperçoit quelque ce filtration , et l'on serre encore les coins qui « «ont entre la clef et le picotage supérieur, K afin que tous les châssis joignent bien et fc que le cuvelage soit imperméable à l'eau.

(c Ce travail fini, on recontinue le creusent loent du puits, et lorsqu'on est assez avant

$70 CDVELAGE

M dans le banc des cornus (banc de craie (K renfermant du silex), on établit encore d lin picotage et un cuvelage pareils aux (c précédens; on en établit un quatrième sur « le premier bleu (qui est un banc d'ai^ile): « mais comme on est ici au-dessous dn Jbrt « niveau y et que le poids à soutenir est eu <c outre plus considérable, il faut lui donner (( plus de force. A cet efiet, au lieu de deux ic châssis de picotage on en pose trois, Tua (( au-dessus de l'autre; l'inférieur est une « trousse plate ^ pareille à celle dont nous (( avons déjà parlé, et les deux autres ont i5 et pouces (o,4a) d'épaisseur et lo pouces de (( hauteur: on les picote aussi fortement que « possible y et le cuvelage a lo pouces d'épaisn seur au lieu de 8 qu'en avait le précédent « Dans les deuxième et troisième bleus on « lait des picotages et cuvelages entièrement K semblables.

« Enfin, les derniers châssis de picotage, u ceux que Ton doit regarder comme le fonce dément de tout l'édifice de charpente de ff cette espèce de tour carrée qui revêt les (( parois du puits, se posent dans ce banc de «( Z>tiç^ ou d'argile dgnt nous avons parlé ci* ce dessus: on en met trois, comme danscha- « cun des bleus; on leur donne les mêmes dite m^ensions, et on les assujettit avec le plutf (c grand soin.

Il Au-dessous de ces châssis le puits se ce continue et se revêt comme dans lesexploitt tations ordinaires.

it On Toît, d'après ce qui vient d'être dit^ n que l'ensemble de tous les châssis de picote tage et de cuvelage présente comme une «r longue cure carrée et sans fond , arrêtée « à frottement dur par plusieurs de ses ban^ « des {les trousses à picoter) contre les pa- À rois du puits. Comme l'eau du niveau ne « saurait passer ni à travers le Dief, ni « entre ce Diefet les châssis inférieurs de «c la cuve, à cause du picotage, il s'ensuit « qu'elle ^entoure la cuve à l'extérieur et 4( qu'on a une libre communication entre le « jour et les excavations qui sont au-dessous A du niveau.

« On sent d'après cela combien il est im- « portant que tous ces cuvelages soient solide des et faits avec soin ; la plus petite négli- « gence à cet égard, le moindre accident , ce si Ton n'y apporte un prompt remède , peut <c occasioner la ruine, entière des exploita^ c tiens, en y introduisant le lac souterrain ft qui est au-dessus: et comme presque tou- « tes les exploitations communiquent entre « elles, la ruine de l'une entraînerait infail- <c liblement celle des autres. Aussi lefonce- « ment et le cuvelage des puits est- il peut- « être le mieux soigné de tous les travaux « que l'on fait dans les houillères d'Anzin; « on y a une classe d'ouvriers uniquement ce occupés de cet objet : les bois que l'on « emploie, sont tous de chêne bien choisi; « ils ont lo à i5 pouces d'équarrissage , et

372 CUVELAGE

„ malgré cela, la pression latérale des eaux „ est quelquefois si forte qu'elle courbe et « fait plier ces grosses pièces, ce qui oblige te à les soutenir et à les étayer ayec de grosses « barres de fer.

« La cherté du bois dans le département « du Nord, les frais d'épuisement, le nombre a des ouvriers qu'il faut employer au fonce cément des puits, etc., rendent ce travail ^ excessivement coûteux.

« On estime qu'un puits, avant d'avoir at- (c teint la houille, revient à une centaine de « mille francs : il y entre pour aS ou 3o tt mille francs de bois, et le puits de la Bleuse^ « Borne, dont nous avons parlé ci-dessus, ff a coûté, dit- on, plus de 3oo,ooo francs. *

Malgré toutes ces entraves, les mines d'An-^ zin, dont l'exploitation remonte à peine à cent ans et dont les couches sont d'une épaisseur assez médiocre, n'en sont pas moins celles de toute la France qui donnent les plus beaux résultats et les plus grands bénéfices à leurs actionnaires, tant il est vrai que l'art de bien exploiter et de bien administrer surmonte les plus grands obstacles et supplée au peu d'abondance des minerais.

Quand une source se fait jour par l'un des côtés du puits, qu'elle ne s'élève pas du fond et que l'on tient à en continuer le foncement, on fait usage d'un cuvelage partiel , qui produit de bons effets.

On entaille la roche qui doit recevoir le

ET PICOTaGE. 575

premier tampage de manière à l'encastrer en partie dans le roc ; on lui fait un lit de terre grasse mêlée d'étoupe, et on le consolide entre deux* mortaises ou rainures au moyen d'un serrage pareil à celui dont nous avons parlé en traitant du boisage des puits. A un pied ou i5 pouces plus loin, en allant vers la paroi du puits d'où sort la source, on place un second tampage , pareil ou premier, et qui laisse un vide entre lui et celui qui a été posé en avant, que Ton remplit de terre grasse liumide et bien damée. Sur ces deux premiers tampages on en élève successivement dix ou douze, plus ou moins, en ayant soin de bien remplir l'entre -deux avec l'argile : arrivé au* dessous de la roche solide, on place les deux derniers tampages, mais on réserve au -des* 60US d'eux la place de deux pièces, à peu près semblables aux tampages, pour l'épaisseur que l'on nomme la clef, qui sont taillées en coin et que l'on serre au moyen de trois boulons à écroux, qui font entrer les deux clefs de force, et qui serrent les tampages de plus en plus entre le roc qui a été taillé pour recevoir le premier et celui qui forme une espèce de toit au - dessus. C'est au moyen de cette espèce de picotage, ^pii a été exécuté avec succès à la mine de Chessy, que l'on est parvenu à se débarrasser d'une source coupée par un puits, qui était tarie à la surface et que l'on réus* sit à faire remonter au jour comme a¥ant

$74 CUVELAGE

qu'on ne l'eût détournée. Rien n empêcherait d'établir un pareil cuvelage tout à l'entour d'un puits, mais comme le bois est double, il serait encore plus coûteux que celui d'Anzin.

Les digues souterraines, dont nous avons décrit l'usage en parlant de l'exploitation des terres salées, sont employées dans certaines circonstances pour soutenir les eaux dans un étage supérieur et pour empêcher qu^elles ne se précipitent dans la plus grande profondeur des travaux : on proportionne leur force et leur épaisseur à la masse et à la poussée qu'elles doivent supporter; mais pour l'ordinaire ces espèces de barrages se composent de deux rangs de tampages profondément engagés dans les coulisses entaillées dans la roche, entre lesquels on dame de la terre grasse. Le tout est consolidé par une clef analogue à celle du cuvelage que nous avons décrit ci -dessus, et quand les circonstances l'exigent, on met deux ou trois de ces barrages les uns devant les autres; et en effet on ne saurait donner trop de soins et prendre trop de précautions dans la confection de ces digues, puisque la vie de tous les ouvriers qui travaillent au-dessous en dépend immédiatement C'est la rupture d'une de ces digues qui causa l'événement de la mine de Beaujon, qui eût été fatal à un grand nombre d'ouvriers, sans le courage et l§ dévouement du maître mineur Goffin ,

ET PICOTAGE. SyB

qui fut récompensé par la croix de la légion d'honneur. ^

Toutes les ^ fois que l'on peut arrêter les eaux d'une source à une certaine hauteur et les empêcher de descendre jusqu'au fond des ouvrages, il ne faut pas balancer à faire tout ce qui est nécessaire pour les retenir soit dans des travaux abandonnés, soit dans une cavité faite exprès et dont on barre l'entrée par une digue. Par ce moyen on est dispensé d'épuiser les eaux à une très- grande profondeur, et l'on peut diminuer la force qui doit faire marcher les pompes.

Parmi les exploitations sous- marines qui sont en pleine activité sur les côtes du Cornouailles, il est probable que l'on aura eu quelques infiltrations à combattre, puisqu'il en est qui sont si voisines du fond de la mer, que les mineurs entendent le bruit des galets agités par les flots qui sont sur leurs têtes. La minerons- marine de Wherry, dont l'entrée n'était découverte qu'à marée basse, et qui fut exploitée .par un mineur seul, en est un des principaux exemples. ^

I Le a8 Féyrier 181 a, Hubert Goffin, maître minear k Beaujon prés Li^ge, aVnserelit Tolontairement aVec soixantedix de ses oarriers, parmi lesquels était 0011 fils Matthieu GoiSn , Agé de donse ans : il ae youlut jamais les quitter quand il le ponrait encore , et resta cinq jours et cinq nuits dans les trayanz, d^où ils furent tous sauyés miratnleusenftnt, et d'où il sortit le dernier. Jb veux, disait^il, les êdut^er tous ^u ne pas leur survivre.

576 CUVBULGE

Lorsqu'on soupçonne qb'une mine a déjà été fouillée, et que l'on ne connaît pas* exactement la situation des vieux travaux par rapport à ceux que Ton exécute, il est prudent et même indispensable, quand on chasse une galerie qui est au-dessous de Técoulement naturel, au fond d'un puits par exemple, de se faire précéder par un coup de drague d'un pouce de diamètre et de 1:2 à i5 pieds (4 à 5") de long, que l'on approfondit à mesure que l'on avance, afin de ne pas s'exposer à être inondé si l'on venait à ouvrir une grande issue ai l'eau, dont les Tieux ouvrages sont presque toujours pleins. La sonde peut être également employée à la recherche de ces eaux qui menacent les ouvriers; mais comme cet instrument se manœuvre assez difficilement dans une galerie, et que son diamètre est déjà un peu fort pour déboucher un grand réservoir, je conseille plutôt l'usage de la drague, à laquelle on peut donner jusqu'à vingt pieds de longueur. De légers suintemens, la nature du ^dépôt fait par les eaux, le son particulier que rend la roche, quand on la frappe avec le marteau, sont les indices du voisinage des travaux inondés, et les mineurs qui ont une longue pratique les connaissent parfaitement clf ne s'y trompent guère.

£ufin ,, si , après avoir foncé un puits à une certaine profondeur, on se décide à donner un coup de sonde au fond avant de Taban*

ET PICOTAGE. 877

donner, et que Ton vienne à rencontrer une source jaillissante, il ne faut point retirer la sonde, puisqu'elle bouche une bonne partie du trou , et il faut s'empresser de faire préparer des tuyaux, afin de tenter de porter cette source jusqu'à la bouche du puits et de s'en débarrasser. Si Ton ne prenait point ce parti, le puits se remplirait d'eau très- rapidement et il serait fort difficile de le mettre à sec. Ce fait, qui vient d'arriver aux environs de Toulon , se rattache à l'histoire des puits artésiens, dont nous avons parlé en traitant de la recherche des eaux en général.

Les molières, que l'on rencontre dans les mines de Lignite de la Provence, sont des amas d'argile qui prennent la place du combustible, qui en interrompent les couches et qui s'imprègnent d'eau de manière à inonder les travaux tout à coup, et surtout en hiver. Ce sont des espècea d'épongés , qui gardent Teau pendant l'été et qui la cèdent avec profusion en hiver. Jusqu'ici l'on n'a adopté aucun moyen suffisant pour se garantir de l'effet de ces molières, qui entassez d'analogie avec le Kurzawska que l'on rencontre dans les mines de la haute Silésie, et qui consiste en une terre bleuâtre, spongieuse, qui jouit de la singulière propriété d'absorber toute l'eau et l'humidité du terrain^ d'assécher les campagnes, de la retenir à peu près comme une éponge, et de la verser ensuite dans les nombreuses excavation souterraines de la contrée. (O'Aubuisson.)

S78 AÉRAGE DES MIISES.

DE iIâÈRJGR des mines, ET DES MOYENS DE SE PRÉSERVER DES MOFETTES , DU FEU GRISOU ET DE TOUTES LES VAPEURS MALFAISANTES^

Le gaz acide carboaique , l'azote et Thy* drogène, sont les trois principaux corps qui contribuent chacun en particulier à f;âter l'air que l'on respire dans les mines, et à le rendre impropre à entretenir la lumière et la yie , en se mêlant à lui dans Ae^ proportions plus ou moins.fortesy ou en se combinant ensemble.

Du gaz acide carbonique.

Le gaz acide carbonique , auquel on a donné plus particulièrement le nom de mqfetie, et que Ton appelle la force dans les mines de la Loire , se dégage de l'intérieur de la terre dans une intinité de lieux difTérens, et quelle que soit la nature des roches ou des minerais dans lequels on travaille : il s'amasse dans les galeries tortueuses, dans les descenderies ou dans les puits, et on le reconnaît facilement par sa propriété de troubler l'eau de chaux et de la rendre laiteuse ; ex* périence qui se fait au moyen d'une bouteille remplie d'eau , que l'on vide dans l'endroit de la mine où l'on présume que l'air est le plus mauvais, dans laquelle on verse ensuite un ou deux verres d eau de chaux , et que

HO'FETTE. 579

l'on agite après l'avoir bien bouchée : si l'air dont la bouteille s'est remplie à mesure que l'eau s'est écoulée , contient du gaz acide carbonique , l'eau de cbaux, de parfaitement claire qu'elle était , deyiendra blanche et laiteuse au bout de quelques minutes. Quand ce gaz est concentré , il éteint subitement la lumière et asphyxie les hommes qui le respirent; mais quand il ne fait que se mêler au bon air, on s'en aperçoit dans les mines à une légère odeur de pomme, à la couleur rouge de la flamme des lampes , dont on est obligé de tirer la mèche, afin d'en augmenter Je volume, et qui, malgré cette précaution, a'éteint par le plus léger mouvement ; on remarque que les narines se bouchent promp* tement de suie noire, et si l'on séjourne quelques heures dans cet air altéré , on éprouve un mal de tête plus ou moins fort.

Lorque la lumière ne s'éteint pas subitement, et qu'elle ne cède que par suite d'un léger mouvement , on peut rester et même travailler au milieu de cet air , qui est mau^ Ykis cependant , mais qui n'est point encore assez chargé de carbone pour pouvoir causer l'asphyxie.

Je me suis trouvé forcé de relever une galerie dans laquelle il m'était impossible de conserver de la lumière , où j'éclairai le limbe de ma boussole avec quelques vers luisans. Dans une circonstance semblable, M. l'ingénieur Hyan fit usage de phosphore

38o âéràge des mines.

de Qanton. En pareil cas il ne faut point entrer seul , se hâter de sortir , et avoir la précaution de se faire attacher au bout d'une corde, afin que Ton puisse vous retirer au Besoin.

Comme le gaz acide carbonique est plus lourd que le bon air , c'est toujours par le fond des puits ou par le sol des galeries qu'il commence à le gâter , puis il monte avec le temps, et de proche en proche, jusqu'à une faible distance de l'orifice supérieur.

Cest particulièrement pendant les jours chauds et orageux de l'été qu'il s'élève davantage dans les puits, tandis qu'il descend et disparait quelquefois complètement en hiver, pendant les nuits fraîches ou dans les jours de grand vent. J'ai observé tous ces mottvemens pendant plusieurs années dans un puits de recherche du Lardin , département de la Dordogne , où l'air se gâtait régulièrement dans la première quinzaine de Mai , et montait dans le courant de l'été jusqu'au troisième cadre. Le gaz acide carbonique se trouve non-seulement dans les mines, mais aussi dans quelques cavernes naturelles, parmi lesquelles on cite la fameuse grotte du chien près Naples. Il est susceptible de se combiner avec l'eau et quelques autres liquides, de les faire mousser, en les rendant plus ou moins agréables au goût : c'est à lui que la bière, le vin de Champagne, la cla*

Page 1