‹ Elementary French readerChapitre 14 sur 60 · LES DOUZE MOIS II · texte numérisé non relu

LES DOUZE MOIS II

blaît désarmer la belle-mère, car chaque jour ajoutait à la beauté de Taînée, à la laideur de la cadette.

C'était l'hiver maintenant; il faisait bien froid dehors, le vent soufllait, la neige tombait. Un jour, au milieu de 20 rhiver, Henriette appelle sa sœur et lui dit :

— Allons, Marie, va me chercher dans les bois un bouquet de violettes ; je le mettrai à ma ceinture et je le sentirai.

— Mais, ma sœur, quelle idée ! Est-ce qu'il y a des violettes sous la neige ? 25

— Tais-toi, répond la cadette, et fais ce que je te dis. Si tu ne vas pas au bois, si tu ne me rapportes pas un bouquet de violettes, je te battrai sans merci.

Marie commence à pleurer, mais sa mère ne l'écoute pas. Elle la prend par le bras et la jette à la porte. 30

La pauvre fille va au bois en pleurant. Mais tout était couvert de neige ; il n'y avait pas même un sentier. Marie perd sa route ; elle a faim ; elle tremble de froid et de peur, car elle ne sait pas où elle est.

Tout à coup elle aperçoit une lueur dans le lointain. Elle 35 marche, elle monte, elle arrive au sommet d'un rocher. Elle voit là un grand feu. Autour du feu il y avait douze pierres, et sur chaque pierre il y avait un homme enveloppé d'un grand manteau et la tête couverte d'un capuchon. Trois de ces manteaux étaient blancs comme la neige ; trois 40 étaient verts comme l'herbe des prés ; trois étaient blonds comme le beau blé mûr; trois étaient violets comme des grappes de raisin. Qui étaient ces douze hommes assis autour du feu? C'étaient les douze mois de l'année.

Marie reconnaît Janvier à sa longue barbe blanche ; seul 45

il tient un bâton à la main. La pauvre fille a bien peur, mais elle a aussi bien froid. Enfin elle s'approche et dit d'une voix timide :

— Mes bons messieurs, permettez-moi de me chauffer à so votre feu, car j'ai si froid, si froid !

Janvier la regarde et lui dit :

^ — Pourquoi viens-tu ici, ma fille? Que cherches-tu?

— Je cherche des violettes, répond Marie.

— Ce n'est pas la saison, il n'y a pas de violettes en temps 55 de neige, dit Janvier avec sa grosse voix.

— Je le sais, continue tristement Marie, mais ma sœur et ma mère me battront sans merci si je n'en rapporte pas. Dites-moi, je vous prie, où j'en trouverai.

Le vieux Janvier se lève alors et, s'adressant à un 60 jeune homme en capuchon vert, il lui donne le bâton et dit:

— Mon frère Mars,- ceci te regarde.

Mars se lève à son tour et remue le feu avec le bâton. Alors la flamme s'élève, la neige fond, l'herbe devient verte, 65 les fleurs se montrent sous la verdure, les violettes s'ouvrent. C'est le printemps.

— Vite, mon enfant, cueille tes violettes, dit Mars. Marie fait un gros bouquet, remercie les douze mois, et

court joyeuse à la maison. Sa mère et sa sœur sont bien 70 surprises.

— Où as-tu trouvé ces belles fleurs? lui demande Henriette, d'un ton dédaigneux.

— Là-haut, sur la montagne, répond Marie. Il y a comme un grand tapis bleu sous les buissons.

75 Henriette prend le bouquet, le met à sa ceinture et ne dît pas même merci à la pauvre enfant.

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