REUSE LIGNÉE DE FRANCE
Odieuse aux contemporains, la mémoire de Pépin d'Héristal ne put protéger ses enfants; l'Église montre comme fervent le seul Grimoald, assassiné sur le cercueil de saint Lambert à Liège ; on ouvrit ensuite la tombe de Charles-Martel , pour y reconnaître les traces du feu éternel, auquel on le prétendait condamné. Le silence observé à l'égard de Dr'oon fut rompu par les trouvères, inventeurs de l'épisode sans corrélation de Guy l'Hermite % à l'effet de donner le change et vouer à l'oubli le nom du père, détesté surtout en Neustrie.
Mayence fut la résidence permanente assignée par les poètes au chef du cycle carlovingien ; la forêt des Ardennes est le véritable Parnasse des trouvères.
if Anno 732 Godefridus, dux Campaniae, fîlius Drogonis, donat quicquid in villa Fleuigneia habuit. (Quem Buccetius falso Saxonum ducem facit 3. ) »
Godefroy 4, duc de Dane-Marche, dont la chanson, dans le manuscrit de Montpellier, suit immédiatement celle de Dr'oon, est l'aîné de ses douze fils, et père de notre Ogier; il n'y a plus de doute possible touchant la patrie du paladin qui partage avec Roland la première
1 Chevalerie Ogier, p. xxxij. Voir ci-après les Analyses.
2 Happart donne à Pépin d'Héristal le nom de Turpin d'Ardennes Chevalerie Ogier, p. xxxvi.
3 Eckhart, de Rehus Francia3 Orientalis, t. I, p. 288.
4 Ce nom septentrional a été écrit tour à tour Jauffre, Jauffroy, Joffroi, Jofroi, Gaufrey, Gaufroit, Goffroy, Godefroi, etc. Voir, pour le nom de Luitbert, ci-dessous, p. 257.
place dans nos traditions orales, dès qu'on reconnaît la filiation; et cette filiation demeure incontestablement établie, la nationalité de Dr'oon ne pouvant être mise en doute \
Je et Tierri d'Ardoine ou la barbe florie, Joffroi de Dona Marche, Richart de Normandie.
Je et Tierri d'Ardoine que vous ici veez, Jofroi de Dune Marche qui cuens est adurez 2 .
Jofroi de Dene Marche cui mimais ons ne fie ■' .
Joffroi de Done Marche qui fu père Ogier *.
De Doon de Maience vint Gauffroy li gentils Et d'icelui Gauffroy vint Ogier li hardis s.
L'erreur de l'unique copie donnant à Joffroi Avignon pour patrie, est évidente, bien qu'on puisse admettre qu'une concession royale ou un héritage ait pu lui départir le gouvernement de cette province 6.
Godefroy n'épousa ni la sœur de Gérard de RoussilJon, ni celle de Beuve d'Aigremont, qui étaient ses frères consanguins. Notre généalogie repose sur les chroniques locales, et M. Grass 7, avec des documents tudesques, vient de présenter aux érudits allemands une généalogie conforme à la nôtre.
1 En son escu va Godefroi férir,
Nés fu d'Almaine et chanberlains Garin.
Roman de Garin le Loherain, t. I, p. 241, vers 2 et 3.
2 Roman de Charlemagne, à la Bibliothèque du Roi, ms. 6985, fol. 142 v", c . 1 , c. 2. — 3 Fol. US r°, c. 2. — 4 Fol. 149 r°, c. 3.
6 Ms. de l'Arsenal, n. 190-191, in-4, B. L. F., fol. 3, roman d'Ogier. 0 Bulletin du Bibliophile, mars 1843, p. 117, lig. 21 et suiv.
7 Voir Grossen Sagenfreise des Mittelalters, p. 224, article Godefroi de Bouillon .
Le lexte unique, ms. 7183, à la Bibliothèque du Roi, sur lequel on se fonde, mérite-t-il quelque confiance1? sa comparaison avec le manuscrit de Montpellier suffira pour en faire juger le lecteur. On y chercherait vainement un seul vers exempt d'erreurs ou d'altération ; c'est Maugis qui parle dans les deux versions :