BIBL. DU ROI, MS
Par Dieu ! sire Danois, n'aférist pas à vous Que venissiés traïr les quatre fils Aymon.
Un vers manque.
Mal parent a en vous et moût mal compaignon. Onc Joffbois d'Avignon ne fist jor traïson. Je vous laissai jadis en ostage a Karlon, A Saint-Omer en Flandres par tel devision Dont vous estes engrés et sogiés a Karlob, Quatre deniers rendes de chief et de menton s ;
Un vers manque.
Jà fustes-vous cousin Girart de Bossillon. ms. de montpelller.
Pour Dieu, sire Danois, n'aférist mie à vous Que venissiés traïr Benaut le fix Aymon, Que de son lignage estes, à Dieu maléichon : Si mal parage ha chi et si mal compengnon. Onques le vostre père ne fist jour traïson ; Il vous lessa en France forostage à Kallon, A Saint-Omer en Flandres, par itele raison Dont vous estes cuvert et soget à Kallon ; Quatre deniers devés du chief et du menton. Ogier de Danemarche, entendes ma reson : Jà fnstes-vous neveu Girart de Roussillon s.
■ Bulletin du Bibliophile, mars 1843, p. 113, et t. VI, p. 122 des Manuscrits français de la Bibliothèque du Boi.
'- Bibliothèque du Roi, fol. 110. Bulletin du Bibliophile, mars 1843, p. 127.
5 Quatre Fils Aymon, fol. 194 v", c. 2.
L'identité du fond , dans les versions traditionnelles
multiples, est garant de la vérité, comme les variations
dans les choses prouvent la superposition du mensonge
et de l'imposture.
Aussi longtemps que l'Ardenois Ogier s'est montré seul, l'absurdité des jongleurs, prenant la Dan-Marche pour le Danemark, a pu ne pas sauter aux yeux. Nous nous sommes décidé à joindre ici quelques analyses des chants inspirés jadis par les exploits de la nombreuse famille de Dr'oon de Mayence, afin que l'esprit le moins exercé fût conduit à reconnaître la patrie de ces paladins, abstraction faite de ce que nous avons écrit précédemment.
Les faits attribués à Ogier avant 773 ne le regardent nullement; la versatilité orthographique du nom latin produisit toute la confusion; Ogier n'est pas un de ces preux isolés et fantastiques que l'on puisse à son gré faire venir de l'un ou l'autre des points cardinaux. Le problème nettement posé apporte lui-même sa solution '.
Nos plus anciens rapsodes connaissaient parfaitement la haute extraction du fils de Godefroy; la tradition établit son indubitable nationalité; le roman d'Eaumont et d'Aigolant d'Aspremont, dans ses diverses copies exécutées au xme siècle, reproduit les vénérables assertions du vulgaire, sous les formes suivantes :
1 Nous insistons, parce qu'un membre de l'Institut, dont nous étions heureux de proclamer le savoir, vient de consigner une opinion opposée, dans un ouvrage qui devrait faire autorité en cette matière. Voir Histoire littéraire de la France, t. XX, p. 692.
J'ai non Ogiers de la maison Kallon, J'ai non Ogiers de la Kalle méson,
Qui m'a norri dès que fui enfançon : Si me norri molt petitet garçon :
Clares l'entent, si l'enclina parfont ' . Claires l'entent , tel merveille n'ot hom 2.
J'ai non Ogiers de la Kalle meison, Je ay non Uger, de la masnée Kallon,
Qui m'a norri corn un petit garçon : Que m'o noris petit en sa mason :
Clariz l'entent, si l'ancline parfont3. Donche desmonte et s'il l'enchine parfont 4 .
Le nom de notre héros est lui-même une généralité : ot, od, oth, chez les Gaulois, signifiait excellent, élevé, remarquable , puissant, vaillant, opulent, etc. 5 ; doit-on s1 étonner qu'un radical de ce genre soit entré dans la qualification de plusieurs hommes éminents ? Otgier est le nom gaulois correspondant au théotisque der hoogen, porté par le prince franc, aïeul d'Ogier.
Déjà nous avons fait voir combien les premiers essais dans l'application de l'alphabet latin avaient occasionné d'erreurs (p. 66 et 138); ce que l'on dit pour les patois est également vrai pour les appellations locales6, et même dans les langues , où les mêmes lettres ont fréquemment
1 Manuscrit 8203, fol. 121 v°, à la Bibliothèque du Roi.
2 Manuscrit de notre collection, fol. 49 r°.
3 ManuscritdelaBibl.duRoi,fondsLaVallière,n.l23,fol. 25 v°, c. 1.
4 Manuscrit 7618, fol. 21 r°, c. 1, à la Bibliothèque du Roi. s Schilteri Glossarium Teutonicum, t. III, p. 652, cl.
6 a Impossible de représenter par les combinaisons graphiques la valeur orale des mots des vocahulaires patois, et de peindre par des signes les intonations fugitives de leur prononciation. C'est là l'écueil contre lequel ont échoué et échoueront les prétentions des grammairiens de toutes les langues. » Essai sur l'Origine des dialectes vulgaires, par M. Ollivier. Valence, 1836, in-8, p. 32.
Voir aussi Éléments de Paléographie, t. I, p. 162 et suiv.
des valeurs différentes. La prétendue orthographie, si fréquemment inconséquente, n'est cependant parvenue à s'établir qu'à la suite du long règne de l'hétérographie. La traduction latine des noms d'hommes et de lieux n'était qu'un à peu près; tant que le principe d'hérédité ne fut pas stable, ces noms étaient horriblement défigurés. Ogier partagea le sort commun, et ne fut guère plus heureux que Luitbert ', dont le nom s'écrivit de quinze manières différentes ; le nom du trouvère Wace, auteur du roman de Brut, présente onze variantes orthographiques s. Nous ne récapitulerons pas les appellations diverses données à Ogier ; il suffira de faire remarquer que le contemporain de Pépin, le protecteur voyer du pape Etienne III, ne pouvait être fils de Godefroy de la Dan-Marche, otage adolescent, cousin de Charlemagne et son puiné, âgé alors d'environ trois ans 3.
Au surplus, la chronique Sancti Martini Coloniensis % qui, au mérite d'être rédigée dans la contrée même, joint celui d'une vénérable antiquité, distingue parfaitement Otgei'ius, d'Adelgarius.
« Herbodus, qui rexit sub annum 778, quo monasterium a Saxonibus est destructum, et denuo restauratum per Otgerum Daniœ ducem, adjuvante Karolo 3Iagno imperatore , postea rexit Adelgarius factus episcopus. »
Le trouvère auteur du poème de Droon, dont nous publions l'analyse, prévient ses lecteurs contre les erreurs
' Schilter, Thés. Antiq. Teuton., t. I, p. 12.
- Revue franc., t. III, décembre 1837, p. 362. Voir ci-dessus, p. 252, 256.
= Historiens des Gaules, t. V, p. 435.
4 Monumenta Germanise, Pertz, t. II, p. 214.
que l'absence des surnoms , encore peu usités dans les
Gaules, devait faire naître :
Segnors, vous savés bien, et je en sui tous fis,
Que plusors Kalles ot jadis à Paris,
A Nerbonne la grant ot plusors Aymeris,
Et à Orenge r'ot maint Guillaume marchis,
Et si r'ot maint Doon à Maïence jadis :
Chil Do dont je vous chant, qui chest fet a empris
Contre le roi Kallon et qui s'est aatis,
Cheu ne fu pas chil Do le traître faillis
Qui Beuvon de Hantonne cacha de son pais,
Le mari Josiane, la bien feite au cler vis,
Ains est li anchien et li premerain vis
Dont la geste sailli des barons de haut pris
Qui ont sus Sarrasins le bon resue conquis
Tout entour cheste terre et le riche païs
Où Dex est henourez et proisiés et servis ' .
C'est probablement afin d'éviter la confusion, que notre Ogier reçut la qualification de Denois ou Danois, parce qu'il était de la Marche de Den ou Dan, qui, en gaulois ou celtique, signifiait forêt escarpée, montagne; la Dan ou Den-Marche était la lisière de I'ar-Den; ar est l'article, d'où ilsuit que l'Ardenois, pour être textuel, n'en est pas moins un pléonasme. S'il était permis de refaire la langue des trouvères , il faudrait écrire Ogier ar Denois 2.
A la classe nombreuse en France que les abus des étymologistes ont éloignée de la vraie science, nous ferons remarquer que si les comtes de Châteaudun ont été appelés Dunois, les marquis de la Den ou Dan-
' Manuscrit de Montpellier, fol. 26, c. 2.
2 Chevalerie Ogier, additions et corrections. Thierry d'Ardennes était parfois appelé Denois (Chevaler. Ogier de Dane-Marche, p. xxxi) ; la Chanson des Saxons, t. I, p. 73, en fournit un second exemple : « Karles et li dus Naymes et li Denois Tierris. » Les variantes portent Ardonois, Ardenois.
Marche devaient être nommés Denois ou Danois '. Les traditions montrent la réalité de ces analogies, lorsqu'on les étudie dans les plus anciens textes ; l'étymologie appliquée aux noms de lieux et de personnes est une mine inexplorée 2. Les métamorphoses incessantes de notre vocabulaire géographique rendent cette étude indispensable ; la langue anglaise , par sa fixité et son respect pour les appellations consacrées dans les localités mêmes, peut souvent nous servir de flambeau.
Le rouman de Guy de Nanteuil est explicite ; il signale deux Ogier bien distincts, l'un complice d'Hervieu ;! :
Hervieu se fet armer et bien appareiller ; Il a moult grant flanche en Haston et Ogier , Et en cent traïtour qui ot fet embuschier ;
l'autre, serviteur de Charlemagne 4 :
Dolent fu l'emperere de l'estour que il voit ; Ogier en apela, Cil qui fu fix Gaufkoit : « A la moie foi, sire, je voi moult grant desroit, Sous ciel n'a si sage home puis qu'est viex ne foloit. Guy iert venus à court pour desraisnier son droit Vers Hervieu du Lion, si l'éust mort tout froit, Se ne fussent li ceus que Dex grant honte envoit, Li parent Guenelon, jà nus n'en ara droit : Qui lez pendroit as fourques, grant osmosne feroit.
Quelques vers plus bas, il donne au fils de Godefroy le surnom de Danois.
Les inductions qu'on a voulu tirer de l'épithète Ostagium Daclœ ne soutiennent pas l'examen; cette qua-
1 Les habitants de la Marche d'Espagne s'appelaient alors Espanois.
» Il n'est Gascon, n'Espanois, ne de Castele. »
Poètes français avant 1300, Bibl. du Roi, suppl. fr., ms. 469, fol. 126.
2 M. de Maistre.
3 Manuscrit de Montpellier, fol. 146 r°, cl.— ' Fol. 146 v°, c. 2.
lification exprime une situation particulière à Ogier, dès son début dans la carrière ; pour acquérir quelque valeur relativement au personnage, il faudrait la trouver littéralement dans un texte respectable; il n'en est pas ainsi, c'est toujours D[îx Dacle que portent les manuscrits '. En faisant de Dacia2 autre chose qu'un nom géographique, il est évident que le titre de Dux Dacis appliqué au parent de l'empereur, est dérisoire.
Le legs fait par Ogier, d'un domaine situé à Verceil 3, est une illusion. Ogier, après s'être fait moine, sollicita la munificence de son royal parent en faveur du monastère de Saint-Faron, et obtint de Charlemagne une double donation, prise sur le domaine privé de l'empereur: l'abbaye de Rez près Meaux, puis une autre, située au faubourg de Verceil, qui demeura la possession des religieux de Saint-Faron aussi longtemps que l'Italie fut soumise aux rois francs *.
1 Caroli Magni a Ciampi, p. 25, 39, 81, etc.
2 Dacia, d'Haeche, d'Haeg, d'Haechen, Celtis sunt silvœ , nemora , nemorositates ; Belgœ adhuc dicunt haegen en bosschen. Fr. forêt, bois, baies. (V. Scriecki.)
5 Manuscrits français de la Bibliothèque du Roi, t. VI, p. 123.
' Mabillon, Annales ordinis Sancti Benedicti occidentalium Monachorum, t. II, p. 377 : « Eodem vero anno, quo arabo (Otgeriuset Benedictus ) mouachi facti sunt, Otgerius ad Carolum accessisse , enixe rogaturus , ut qui ceteris nionasteriis tôt bénéficia conferret, unum Sancti Faronis monasterium a benefactis ne exciperet. Carolus vero postulatis facilem se prœbens, duas Sancto Faroni abbatias ex suo dominicatu concessisse : unam in honorem sanctae Mariae et sanctique Pétri dicatam, in loco, qui Reda dicitur, spatio stadiorum octoginta ab urbe Meldensium et monasterio distantem, quœ modo villa est eidem monasterio subjecta : alteram in suburbio Vercellensi, quœ tant diu pertinuit ad fratres Sancti Faronis, dum reges Francorum Italia potiti sunt. »
Peu après l'emploi général de la graphie, le cycle d'Artus, tout idéal, sorti du mysticisme des cloîtres, captiva la faveur publique et réagit sur la littérature ; il fallait arturiser pour obtenir la vogue. Sous la plume des Provençaux et des Anglo-Normands, les poèmes carlovingiens subirent des métamorphoses qui les rendent méconnaissables. Ainsi au xme siècle, un troubadour s'empare du personnage de Godefroy, père d'Ogier, et en fait un serviteur du roi breton ; les éditeurs du Lexique roman de M. Raynouard ont publié un long fragment de ce poëme1, l'un des plus considérables de la langue d'Oc, précieux en ce sens que la paraphrase provençale, faite d'après un texte théotisque ou roman plus ancien et perdu, reproduit des noms et des épithètes antiques qui jettent la lumière sur les chansons primitives. Ainsi Ogier est appelé Augiers de Cliart, pour Cliviart, de Clèves 2.
Clèves communique au Rhin par un canal appelé Spoy 3 ; les jongleurs qualifiaient mer les fleuves, les ri- Dans le vague des allégations , on avancera peut-être qu'une autre donation aurait été faite. Mais si l'empereur a disposé d'une abbaye piémontaise, son parent Ogier pouvait, sans compromettre davantage sa nationalité, léguer un domaine de la même contrée : l'argument qu'on prétendrait en tirer tombe de lui-même.
1 Nouveau Choix , I" vol., p. 48 à 173.
= Bruzen de La Martinière , art. Clèves, t. I, p. 163. Le pays Clivius , ou Clivia , pente de colline appelée Dam , Den , Dm* , par les Gaulois , et Befg par les Allemands.
5 Drusus attacha son nom à la communication avec l'Issel ; les fosses Eugéniennes conduisaient les eaux de la Meuse dans le Rhin, à la hauteur de Gueldres.
vières, les canaux, comme de nos jours on appelle encore entre deux mers le pays compris entre la Garonne et la Dordogne '.
Située sur le penchant de trois collines, dans un pays marécageux, Clèves est le point d'intersection des deux côtés du triangle que formaient les Ardennes, dont l'hypothénuse se prolongeait de Reims à la mer 2. Les rives des deux fleuves qui l'environnent sont couvertes d'imposantes ruines féodales, et les généalogistes regardent ces contrées comme le berceau des plus antiques maisons de l'Europe3:
1 La Dordonne du cycle carlovingien varie (voir Bibliothèque des Romans, juillet 1778, p. 49 et 113). Le manuscrit de Montpellier, fol. 180 r°, col. 2, donne l'itinéraire suivi par le duc Aymon et ses quatre fils quittant furtivement la capitale :
De Paris sunt issus à coite d'esperon ; Des journéez qu'il font ne fes acontoison, Et le duc et si fil en vindrent à Dordon. Renaut s'en va fuiant et par nuit et par jour, ' Jusqu'à Han à Neele n'i a fait nul séjour, Et ont passé Compiègne et la forest majeur ; Droitement à Dordonne sus l'eue ravinous En sunt venu tuit quatre li vaillant poignéour. Fol. 183 r°, col. 1 .
Dordon , suivant la direction tracée ici par le poète , est probablement Dourlens sur l'Authie.
2 Dans une des branches du roman des Loherains, Lens, Pevelle, Saint- Amand, Valenciennes, etc., théâtre de la catastrophe de Bègues de Bélin, font partie des Ardennes :
Begon en portent au Lohérain Garin ; Ardenne laissent, en Argonnois sunt mis.
Li romans de Garin, t. II, p. 259, vers li, 15. ! Les Francs, au n' siècle (Tacite), passèrent des bords du Mein, de la Sale, de l'Elbe et du Weser, sur ceux du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut ;
« Antiqua Francia est Francia Rhenensis '. » Les Clévois, Liégeois et Bouillonois se sont fréquem- , ment alliés2.
Godefroy recouvra Vaucler 3 , qui alors faisait partie de la Saxe, et vint s'y établir : longtemps après, les jongleurs du Hainaut , ne comprenant plus ce que signifiait Val- Clèves, en firent Vaucler, tandis que l'imitateur provençal, mieux inspiré, de clivius fit cliviart, puis, à cause de la mesure, cliart.
Les Lombards occupèrent la Westphalie, et les Francs, avant de passer dans les Gaules, s'y établirent jusqu'à l'arrivée des Saxons ; les évêchés de Liège, les duchés de Juliers, de Clèves, etc., faisaient partie du cercle de Westphalie, qui alors était portion intégrante de la Saxe.
Charlemagne vécut à Aix-la-Chapelle, comme Ogier à Liège, tous deux au milieu des Ardennes ; toutefois l'empereur est né à Saltzbourg, et le berceau d'Ogier doit être Clèves.
Il n'est pas certain qu'Ogier ait assisté à la bataille de Roncevaux. C'était l'époque de sa disgrâce4; il n'apparaît que pour venger la mort de Roland, fiancé à Aude, sa sœur. L'empereur lui pardonna probablement, alors qu'il sentit la nécessité de réparer la perte de tant de héros.
ils ne s'établirent dans la Neustrie que vers la fin du ve siècle. Bruzen de la Martinière, t. V, p. 274-.
1 Scriecki.
2 Trévoux et Mémoires des Bourguignons, par Gollet.
3 Voir la droite Estoire de Gaufrey, manuscrit de Montpellier, fol. 86 v", c. 2, 87 r°, c. 2, etc.
1 Voir notre p. 134, anno 779.
Le duc Names, oncle d'Ogier, le Nestor des chansons traditionnelles, a donné son nom à la ville de Namur \
L'image du valet2 de pique porte avec elle une preuve de la nationalité ardenoise ; Ogier, comme tous les descendants de saint Hubert d'Ardennes, avait le privilège de guérir l'hydrophobie et d'en préserver.
« Qui e sancti Huberti posteris sit , rabiosps , aut rabiem proxime expectantes, ipse, ut ejusdem familiae reliqui, solo tactu, aut jussu , sanant3. »
1 Roman de Berte, p. 14 et 1 S, et notre page 246. Aix-la-Chapelle, Namur et Liège forment un trépied austrasien, non
imoins démonstratif que Château-Fort , Chevreuse et Gaillardon , dans l'île de France.
2 Jeune chevalier, qui commence à valoir :
« Li valet cois sans faire bond A roi son père quiert pardon. »
Docthisal Royax. Borel, suite à Ménage, p. 2iîi, cl.
3 Hist. sancti Huberti, p. 242 : « Cognatos alios suos, eamdem potestatem habere, etiam fœminas; imo, et qui abhis, etsi patres ex alia stirpe. » Ibid., p. 318. Voir aussi p. S46.
L'action est réciproque : le chien ne suit pas, il s'élance pour implorer protection et assistance, et le neveu ûe saint Hubert accorde son intervention.
Nous reproduisons le dessin d'un carton primitif1.
Il est à remarquer que le corps du chien est en partie caché par l'escarpement du terrain, caractéristique du pays des Ardennes.
Les premiers gringoneurs 2 ont donné aux cartes à jouer des attributs pour chacune des figures représentant les personnages les plus célèbres : à David une harpe, à Alexandre le sceptre, à Charlemagne un glaive et le globe surmonté de la croix , un chien aux pieds du descendant de saint Hubert \ Les trouvères conservaient cette tradition; témoin ces vers des Quatre Fils Aymon, adressés à Ogier par Roland irrité :
Francs doivent tant le chien et batre et férir Que il viengne as pies Halle, illec doit-il garir.
L'Historia sancti Huberti, citée plusieurs fois, contient des indications bibliographiques sur quatorze manuscrits
1 Cette carte se conserve dans la riche collection de la Bibliothèque du Roi, cabinet des Estampes, vol. n. 2103.
2 Ce nom a fait prendre le change; il signifie faiseur de grangons. « Grangium certus tesserarum ludus. o Voir Glossarium de Du Cange, Supplément, t. II, col. 6ol.
Les premières cartes se vendaient à Paris, chez Jacquemin, gringoneur, fabricant de dés, parce que les dés et les cartes s'employaient simultanément. ( Voir Miniature de notre cabinet dans l'Abusé en Court, manuscrit du xve siècle.) D'où dégrtngoleb, rouler en sautillant comme les dés ( changement de la liquide).
1 Des auteurs modernes ont pensé qu'Ogier étant Danois, on lui avait donné un chien de son pays ; nous avons prouvé que cette race, telle qu'on la rencontre en France, ne pouvait vivre en Danemark. Voirpréf. d'Ogier, p. vj.
plus ou moins anciens ', où Ton a puisé les faits principaux : les soins apportés à la rédaction de l'hagiographie, publiée sous le patronage et aux frais de l'illustre abbaye des Ardennes, célèbre dès le xe siècle par l'excellence de ses textes 2, et par l'empressement des chanoines à recueillir les documents les plus authentiques sur la vie de leur patron ; le nombre et le caractère des collaborateurs, à la tête desquels figure l'auteur même de la généalogie 3, Happart, « qui horum agmen ducat, » tout se réunit pour donner à l'ouvrage qui a confirmé nos recherches sur Ogier, une imposante autorité.
Nos chansons primitives, réunion de fragments traditionnels, confiés aux premiers scribes vulgaires, s'accordent pour montrer Godefroy d' Ardennes comme père d'Ogier; puis un grand-père Dr'oon et un bisaïeul, sous le pseudonyme Gui l'Hermite ou Turpin d' Ardennes, véritablement Pépin d'Héristax, appartenant aujourd'hui plus à l'histoire qu'à la poésie. Nos lecteurs, quels qu'ils soient, ne nous pardonneraient pas l'insistance; il nous suffira de faire observer à ceux qui combattent les origines carlovingiennes, la nationalité des héros, les traditions historiques, et notre linguistique semiseptentrionale , aux écrivains qui rabaissent nos titres primordiaux à l'état de pure fiction et s'efforcent d'arracher les attributs français pour façonner un squelette sans patrie, sans histoire, sans réalité, qu'il faudrait maintenant se déclarer
9 Le manuscrit coté n. 6 porte la signature de Manchton, orthographe brugeoise du nom de Colard Mansion. Hist. sancti Huberti, p. M i et seq. 2 Voir Messager des Sciences historiques. Gand, 1843, livr. II, p. 134. '" Préface de la Chevalerie Ogier, p. xxxix.
ouvertement détracteur; la confusion et le scepticisme servent la quiétude; on rêve à l'aise sur une couche de pavots ; le noble espoir de féconder le sol de la patrie ne décline pas une terre laborieuse.
Faisant bon marché de notre littérature au berceau, nos critiques prétendent que les arguments fournis parles poètes ne prouvent rien, quant à l'appui des historiens; ils ignorent sans doute que, durant tout le temps où la graphie vulgaire n'existait pas, les historiens étaient poètes, témoin Charlemagne lui-même '. Pour graver la vérité dans la mémoire des hommes sans lettres, il fallait l'associer à la poésie, emprunter son mètre, ses assonances, son rhythme musical, l'entourer en un mot du cortège des accessoires pittoresques, frappant l'esprit en même temps qu'il affranchit de l'ennui, puis de l'oubli qui se traîne à la suite.
Si les traditions carlovingiennes étaient aussi fantastiques que les contes arabes, on ne retrouverait pas sans cesse des détails topographiques exacts et concordants, bien qu'émanés de bouches différentes ; ces noms historiques toujours les mêmes, malgré leur versatilité graphique. Les épisodes auraient-ils toujours l'Austrasie pour point de départ? serait-ce toujours le Rhin, la Meuse, la Moselle, les Ardennes et la Neustrie? Lorsque le merveilleux apparaît, revêtirait-il toujours les couleurs locales? verrait-on à satiété les efforts et les luttes des premiers chrétiens , puis les excursions des Croisés ? La sincérité des Actes des Martyrs est-elle mise en doute,
' Voir notre p. 90.
parce qu'il est difficile d'admettre quelques miracles ajoutés par excès de zèle ? La part des temps, des préjugés, des circonstances, est indispensable à l'observateur de bonne foi, comme la diaphanéité des cristaux est nécessaire aux instruments d'optique.
Aucune des vieilles productions de l'intelligence humaine ne réclame plus impérieusement des explications de toutes sortes ; le fil conducteur n'ayant pas été saisi, le laconisme ne saurait résoudre des problèmes qu'on n'a pas même songé à soulever : un tableau est toujours mal apprécié en l'absence de lumière.
La nationalité de l'Ogier traditionnel, l'un des types du chevalier français l, ne saurait plus nous occuper; des preuves surabondantes toutefois viennent se ranger sous nos yeux : le Liber Ponlificalis , un des ouvrages les plus authentiques, fait connaître la présence, en Italie, de Charlemagne et d'Ogier en 773 2; notre héros y porte l'irréfragable surnom de Francus :
Autchamus Frahcus vivant sous Charlemague. Orthographe ecclésiastique.
Autcarius le même. Orthogr. purement latine.
Autgarius sous Pépin vers 752.
HRodgarius sous Charlemagne. Orthogr. latino-théotisque 3.
HRoiGARrus )
Jsous Lothaire vers 843. Idem.
Kotgarius ) , .
„ .... ! Orthographe théotisque, wal-
Otgeritjs traditionnel. J D r ^
lonne et neustrienne 4.
1 Voir Guillaume le Breton, ffist. des Gaules, t. XVII, p. 221, D.
« Cohseredes fortis Ogeri ! »
2 Anastasii bibliotheearii de Vitis romanorum Pontificum, p. 199.
5 HR, aspiratio Germanis familiaris. Rabani Mauri Tractatus, manuscrit à la Bibliothèque du Roi, fonds Saint-Germain latin, n. 59, fol. 5 v°. Monumenta Germaniœ, Pertz, t. TI, p. 608. * Deux Rotgarius. Hist. des Gaules, t. V, p. 697, B, et t. VI, p. 293, B. Le
L'attribution des faits appartenant en particulier à chacun de ces trois Ogier, tous d'origine septentrionale et vivant à une génération l'un de l'autre, ne saurait être faite qu'à l'aide d'une chronologie très-précise '.
La chanson d'Ogier a subi des transpositions dans sa contexture; nous avons vu que le héros avait près de lui des Francs de la Dane-Marche, puis des Lombards, après son séjour chez Didier. La chanson primitive était exacte; les traditions s'établirent en flattant tour à tour l'orgueil français ou lombard, et l'intervalle du siècle tourmenté par l'application générale de l'écriture aux idiomes vulgaires, suffit pour accumuler les ténèbres; ainsi Castel-Fort sera tantôt situé sur la Meuse, tantôt en Lombardie 2, et finalement dans l'Ile de France, suivant que Raimbert ou ses prédécesseurs obéissent à la tradition théotisque, lombarde ou neustrienne.
Le château de Gaillardon ne présente aucune équivoque ; il était encore propriété de la famille à l'extinction du dernier Gérard de Roussillon 3. On ne saurait s'éton-
dernier commanda longtemps en Italie, et, comme notre paladin, se voua par vœu à Saint-Pliaron : « Rotgarius iste comitis dignitate fungebatur in Italia dum ibi regneret Lotharius . Diversus est ab Otgerio milite sub principatu Caroli Magni. » Hist. des Gaules, t. VI, p. 293.
1 La Cbevalerie Ogier, p. xviij, à la note.
2 Nous avons minutieusement parcouru les anciennes cartes du Piémont, sans avoir pu y rencontrer les équivalents de Cbâteau-Fort, Chevreuse, Gaillardon; Castel-Fort u gravier, que l'on trouve dans le poëme de Droon et dans celui d'Ogier, ne saurait faire confusion avec celui situé dans l'île de France.
5 Voir Ogier de Danemarche, et surtout le roman de Gérard de Roussillon et de Berthe, sa femme, fille de Hugon, comte de Sens, manuscrit à la Bibliothèque de l'Arsenal, B. I,. Fr., n. 184, in-fol., et ci-dessous, p. 291.
ner de voir Ogier l'occuper du vivant de Gérard Ier, ou peu après lui. Le neveu y résidait-il comme châtelain de son oncle, ou comme héritier? cette forteresse est-elle revenue ensuite aux descendants directs de Gérard Ier ? Ces problèmes sont aussi difficiles qu'insignifiants; ce qui importe, c'est que Gaillardon soit reconnu comme relevant alors des héritiers de Droon de Mayence.
La corrélation établie par la chanson d' Ogier entre Castel-Fort, mont Quevrel(Chevreuse) et Gaillardon ', la donation de Didier 2, les regrets exprimés par Charlemagne3, la possession de Gérard de Roussillon 4 et les ruines majestueuses que l'on peut encore admirer dans ces diverses localités, restées jusqu'ici sans interprète, tout concourt à établir les grandes scènes ogiériques au cœur de la France. Nous avons fait graver ce qui subsiste d'antique, pages 169, 271, 280, dans l'espoir d'inspirer au lecteur le désir de les visiter. Sous le charme de nos impressions, l'excursion que nous y avons faite lève tous les doutes.
1 Le poëme dit que Charles, combattant Girard, assit son camp sur une hauteur voisine de Gaillardon, appelée Poligny, qu'il y bâtit un château auquel il donna son nom (celui de son fils), probablement le mont Louet des géographes. Voir ci-après, p. 291.
2 Voir Ogier de Dane-Marche. Château-Fort, vers 3128, 3421, 6251, 6429, 6444, 663b, 6650, 6665, 8146, 8196, etc.
Mont Kevrel (Chevreuse) 3425, 6431, 7603, 7614, 9001-2, etc. Gaillardon 4421. Manuscrit de Montpellier, fol. 140 v°, c. 1. Voir Gérard de Roussillon.
3 Manuscrit de Montpellier, 1. c.
4 Voir Gérard de Roussillon, passage transcrit, ci-après, p. 291.
OGERES REDIV1VUS.
En sortant de Versailles par la porte du Bue, on peut en une heure franchir l'espace qui sépare de Château- Fort ' ; la route serpente à travers des sites variés comme les plus riants de PHelvélie : à mi-chemin et à l'extrémité de la vallée de Jouy, on côtoie un aqueduc de vingt arcades s' élevant à cinquante pieds; c'est l'œuvre du grand Roi.
Le village du Bue, véritable perluis, est laissé à droite pour suivre la direction des étangs de Toussus; le pays se déboise, une roche légèrement ascendante ( meulière rouge ) conduit vers Château-Fort, abandonnant Guyancourt par la droite : bientôt les plantations reparaissent près du village, de forme quadrilatère ; sur la ligne en face, s'élèvent encore les restes imposants d'une tour qui défendait le château du côté de la plaine.
Un charron y a établi récemment son domicile, et construisait dans l'intérieur même du donjon un modeste abri pour sa famille.
1 L'archevêché de Paris comptait encore au siècle dernier deux archidiaconés extérieurs, Josas et Brie, se sous-divisant en six doyennés, rappelant les plus anciennes localités, Chelles, Corbeil, Champeaux, Château-Fort, Lagny et Montlhéry.
Château-Fort, aujourd'hui ignoré, jouait un rôle important au moyen âge; une charte de 1207 porte : « Odo Dei gratia Parisiensis episcdpus assignamus et contulimus eis in perpétuant elemosinam, decimam illam quam emimus apud Bue versus Castrum-Forte... actum anno Domini mccvii. » Chartularium ecclesiae Parisiensis, publié par M. Guérard, t. I, p. 430, et t. lit, p. 203.
6630. Castials-Fors siet fermés en un regor,
En une roce du tans aneiana- :
Li marescages fu mult grans tôt entor,
Qui si pantoise le trait d'un are d'aubor,
N'i entreroit serjans ne vavasor, 55. Muls ne somers, cevals ne missodor,
Qui du fangar issist mais à nul jor :
De l'autre part une eue rade cort,
Noire et hiddeuse, qui là bat à la tor. 59. Kalles li rois l'assist par grant vigor.
Et par version duplique :
6664. Castel-Fors est fermés en un valcel,
Sus une roce qi est du tans Abel;
Caïns le fist et li fil Ysraël ;
Une fontaine sort en mi le castel,
Par un conduit vint corant à ruissel ;
Laver i pueent serjant et damoisel, 70. Borjois et dames, chevalier et dansel,
Et redescent d'autre part au tuiel,
Parmi la tor qi fu faite à cisel ;
Del brut de lui tornent troi molinel
Qui ne s'arestent ne esté ne yver, 75. Ne por le siège, jà ne lor iert tant près.
Une eue rade cort entor le castel,
Qui par aferme le maistre bore novel ;
Rosne l'apelent et viel et jovenciel.