‹ Éléments carlovingiensChapitre 4 sur 51 · ST · texte numérisé non relu

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Marquées

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signes avaient également tous une forme distincte qui ne permettait pas la confusion.

L'authenticité de l'alphabet carlovingien ne put le préserver d'un long oubli; cependant, sans le comprendre, Trithême se fit un devoir de nous le transmettre ; mais il enveloppa le document impérial, si digne d'être médité, si fertile en conséquences , du discrédit justement attaché à ses hallucinations '.

Quelques érudits firent de vains efforts pour retrouver la précieuse grammaire : au xvne siècle , Schilter écrivait à Mabillon : « Quam maie actum cum antiquitate nostrœ gentis, quod nec Caroli nec Otfridi institutiones grammatical, in tanta chartœ vilitate et inventa arte typographica, posteris servatœ 2 ! »

Lors du partage de l'empire , le refoulement du théotisque vers la Germanie enlevait la grammaire aux contrées où les langages romans étaient seuls nationaux.

La distinction établie par Tacite: «Lilterarum sécréta5, »

1 La gbammatica kova est-elle à jamais perdue ? Un conservateur de la bibliothèque Saint-Emmérame à Ratisbonne écrit : « Magnum manuscripto- « rum eximiœ vetustatis atque optimse notse numerum continenti, admotus fui . « Deprehensis nempe quibusdam codicibus , nongentorum et amplius anno- « rum œtatem indubiis notis prœferentibus . » ( Alcuini Opp., t. I, p.ij.) « Indubiis notis , » seraient-elles les notes suivant l'Alpbabetum tironianum ; et les o optimae nota; , » les signes carolins avec lesquels la grammaire dut être écrite ? S'il en était ainsi , tout espoir de retrouver le monument linguistique carlovingien ne serait pas perdu , et c'est parmi les beaux et nombreux manuscrits de Ratisbonne qu'il faudrait le chercher.

2 Thésaurus Antiquit. teutonicarum , t. II , 'Eitiv&tion, p. 2.

; Taciti Opp. : Histor. , lib. II , § 4 ; Annales , 1. XIII , § 43; de Orat. , § 12 , etc. , not. p. 837.

s'appliquait aux langages vulgaires : l'illustre historien avait employé ailleurs le même mot sécréta1 dans l'acception qu'y attachèrent Lucrèce 2, Horace 3, Martial 4, l'équivalent de privée, d'intime, de conventionnelle; la littérature de la famille, du foyer, par opposition à la littérature scolastique, érudite, publique : cette qualification de secret donnée à l'alphabet de Charlemagne fit tomber dans une grave erreur; on crut que l'empereur s'en servait exclusivement avec ses favoris, ses généraux, qu'il s'agissait d'un alphabet d'étroite convention, d'entente particulière, d'une espèce de chiffre, tandis qu'au contraire c'était un pacte offert à toutes les divergences de prononciation; une espèce de panacée, de spécifique, contre l'anarchie linguistique5; « quibus per latissimum suum imperium securus uteretur6. » Dans l'esprit d'Otfrid, qui écrivait trente ans après, sécréta est l'équivalent de incognita ' parce qu'alors les vocales étaient indéterminées.

Peut-on supposer avec quelque apparence de raison que le monarque eût pris la peine de composer une grammaire, et d'appeler, de contrées éloignées, des hommes d'élite, tels qu'Alcuin, Bérenger, Théobalde, Nan-

1 Facciolati lexicon. Secretus , Privatus , Intimus.

2 Lucret. 1. I, v. 195.

5 Horat. 1. II S., i, v. 71.

4 Martial. 1. VIII, ep. xv.

s Encore aujourd'hui , secret est synonyme de recette , remède , tempérament, etc.

6 Voir Hickes , et ci-dessus , p. 99.

' Otfridus apud Schilter., t. I , p. 11.

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non, etc., pour un objet restreint et particulier, alors que la nation tout entière manquait de moyens graphiques ?

Indépendamment des modifications imprimées par le temps au mot sécréta, modifications dont on est mauvais juge lorsqu'on les explique suivant l'échelle du progrès , nous ferons observer que, relativement au but que se proposait le congrès scientifique, auteur de l'alphabet carolin , l'épithète sécréta était parfaitement choisie ; on appelait secrets les langages rustiques, parce que, exprimant les besoins particuliers de la famille, de la tribu, du village , ils étaient de véritables secrets relativement les uns aux autres : de nos jours, lorsque deux provinciaux compatriotes se rencontrent dans une grande ville, dès l'abord ils emploient le patois, l'idiome secret de leur pays, et se félicitent de n'être compris par personne : l'alphabet destiné à réunir, par un lien commun, les innombrables secrets linguistiques locaux, fut intitulé alphabet secret, afin de marquer sa différence avec l'alphabet des écoles, de l'Eglise ou de l'unité, de la légalité et de la publicité.

En Italie , vulgaire est encore synonyme de familier et familier de privé : ey^toptoç y>w-ra ; (; redutto di gramatica in volgare ad utilitade de' volgari... sanza lettera'. » A cette époque, et au point de vue de l'Église romaine, dans les Gaules, on appelait barbares les jargons tudesques des Francs, rustiques les patois des régnicoles,

■ Vocabolario délia Crusca, t. V, p. 320, col. 2.

et Ion qualifiait romans les idiomes qui retenaient le

mieux la physionomie de la langue de Rome.

Dans sa préoccupation exclusive pour l'antiquité classique, la renaissance n'accorda aucune attention au monument linguistique élaboré par les sommités intellectuelles réunies autour de Charlemagne, dans un but tout national, et dépositaire des éléments constitutifs et à jamais caractéristiques de notre langue.

<f Carolus rex Francorum , cognomento Magnus , nationis sue miserlus , barbariem Nannone , Theobaldo , Albino et Berengero adjutoribus , linguam tentavit regulare germanicam \ »

L'honneur qui en jaillit sur l'empereur paraissait devoir surpasser la gloire de ses armes : « Grammaticœ doctor! - » Les biographes d'Alcuin s'expriment ainsi : « Rex grande opus, quod diu magno animo volvebat et revolvebat, illorum consilio innixus , aggressus est... barbariem et ignorantiam oppugnare ccepit3. »

Trithême avait eu en sa possession une partie du royal monument littéraire ; « hujus fragmenta grammatices assecutus, et ego prœsentes Alphabeti cbaracteres de multis extraxi, ne penitus interirent '", » dit-il, et, bien que versé dans l'art de déchiffrer les plus anciennes écritures, il

1 Trithême (Polygr lib. VI, sign. qij ) déclare avoir lu ce passage dans la grammaire d'Otfrid , commentaire de la grammaire impériale et comme elle perdue.

2 Alcuini Opp., t. II , p. 451.

Alcuini Opp., t. I, p. xxvnr, col. 2.

1 Polygraphia Trithemii , lib. VI.

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déclare n'être jamais parvenu à comprendre ce fragment, ni même à le lire parfaitement ', ce qui est tout simple, puisqu'il devait être écrit en notes ou en signes carolins.

Le prince et ses conseillers, initiés à l'archéologie et aux langues séméiotiques , puisent de toutes parts , reprennent en les modifiant, les usages précédemment établis par les nations diverses, et rattachent le système euphonique et graphique qu'ils veulent faire prévaloir aux éléments dactylologiques des Phéniciens et des Coptes -; « ab origine rerum. »

L'école d'Alexandrie, au iv(! siècle, fit pour l'Egypte ce qui, cinq cents ans plus tard , fut répété dans les Gaules par suite des éludes que Charlemagne y avait propagées : la graphie des Hellènes s'établit à Alexandrie aux dépens de l'insuffisante démotique digitée : cinq siècles après, l'écriture latine remplaçait en Occident des procédés analogues , appelés notaria verba.

Ce que Petilianus dit des notes3, nous devons l'appli-

1 Académie des Inscriptions, t. XVII, p. 172.

- La discussion des différences qui caractérisent les Egyptiens , les Phéniciens et les Coptes est étrangère à notre sujet.

On n'est pas d'accord sur la question de savoir si l'Evangile de saint Marc fut primitivement rédigé en grec ou en copte. « Opinati sunt Marcum, quando quidem Coptitis , seu iEgyptiis Evangelium praedicavit , coptice illud scripsisse. » Hist. Patriarcharum Alexandrinorum , p. 6.

« In usu fuisse non modo inter christianos , sed etiam in plèbe , linguani illam veterem , quœ postmodum sublata prorsus ex communi sermone , in libris tantum ecclesiasticis conservata est. s Ibid., p. "290.

5 Voir notre page H .

quer au démotique et au phénicien, parce que la plupart des signes changeaient de valeur dans chaque localité, et reproduisaient des textes en jargons particuliers : il ne nous est permis de déchiffrer avec certitude que des noms d'hommes et de lieux connus d'ailleurs.

L'influence de l'alphabet carolin sur les origines théolisques et françaises se manifeste d'elle-même.

Les principes, simples comme les hommes de cette époque , se résument ainsi :

1 " L'antique usage des voyelles locales : • " .

(Zj CO

2° Diphthongues conciliatrices

carolines ....') ai

3° Consonnes graduées ( labiales. . ( B

du même organe. ( dentales

eo oe P T

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