‹ Éléments carlovingiensChapitre 5 sur 51 · F TH · texte numérisé non relu

F TH

uo ou

puis rien.

4° Gamme décroissante des gutturales. CGHJKQSXZ^et dispari- 5° Liquides additionnelles se remplaçant L M N R

Identité de la source théotisque et wallonne :

Ego. . . (Théotisque, ech,

( Wallon , eto ,

Pater (Théotisque, fadar, pader 5.

(Wallon, PAITRI, PAIRI, PAIRE.

Mater (Théotisque, modar, moder.

(Wallon, maitri, maeri, maire.

Frater (Théotisque, pruadre, broudher.

( Wallon , FRAITRE , FRAIKE.

ich, ic, ik. Flamand, ik. ejou, jou, joe, jo. Français, je.

Flamand, vader.

Français, père.

Flamand , moeder.

Français, mère.

Flamand , broeder .

Français , frère.

1 Alphaheta et characteres jam inde a creato mundo ad nostra usque tempora, sign. A iij.

'' Alphabet de Charlemagne , p. 104, pi. II. 3 Conf. Scrieck. in Monita sua, praîfatio, p. ij.

CAR0L0GRAPH1E. 111

La quiescence établie , les articulations non vibrantes disparaissent souvent

il (Théotisque, hebeam, hebbiaiï, habea, havek. FI. hebben.

( Wallon, HABEB , H AVER , HAVOIK. Fr. AVOIB.

Le théotisque ' de Charlemagne a produit le belge actuel, par le changement des voyelles, p^r les divers degrés des consonnes, et par les toniques introduites contre les hiatus : le vieux langage de la Belgique existe encore chez le peuple d'Aix-la-Chapelle , de Mayence et de Bonn.

1 L'érymologie du mot thiois , d'où la langue était appelée thioitisque , est déduite ainsi par Cluverius , Germania antiqua, p. 68-69 :

theuth , dénomination générique , variable suivant la diversité du dialecte : theuth \

ISCHOK.

THEOTISCE.

Gidan ist nu mi redina , Gedaen is nu myn reden

Thaz si sint guate thegana , Dat zy zin goeden dienaers ,

Ouh Gote thiononte aile , Ook God dienend ' aile ,

Joh uuisduames folle. In wysdoms vulle.

Nu uuill ih scriban unser heil , Nu will ik scryven ons heil

Euuangeliono deil. Evangeliums deel.

So uuir nu hiar bigunnun Zo wy nu hier beginnen

In Frenkisga zungun. In Fransche tonge.

LATINE. GAIXICE.

Facta nunc est narratio Ores est le récit terminé

Quod (Franci) sint boni milites, De la valeur des (Francs) Thiois ;

Et Deo serviant omnes Tous adorent Dieu ,

Sapientia pleni. Aiment la sagesse.

Nunc volo scribere nostram salutem Je veux écrire pour salut

Evangeliorum partes. D'Évangiles les parties.

Quod nunc hic aggredimur Nous commençons ici

In francica lingua. En française langue'.

Fuyant le despotisme espagnol et les cruautés du duc d'Àlbe, les Belges portèrent en Hollande des richesses de tout genre : leurs savants, alors si nombreux, voulurent soumettre aux règles de l'érudition l'antique langage de Charlemagne ; ils échangèrent ainsi les précieux vestiges de l'antiquité contre une régularité de médiocre intérêt : le philologue , mieux inspiré , retrouverait dans le belgothéotisque des lumières singulièrement utiles aux origines françaises.

On a publié récemment que l'abbaye de la Trappe

' Otfridi Evangel. lib I , c. i , v. 221 à 228, apnd Schilter, t. 1 , p. 26.

CAROLOGRAPHIE. 113

puisait son nom dans un patois du Perche ' : la langue de Charlemagne, belge ou batave, donne :

Trap, escalier ~.

Trap aen, attaché au degré 3, pilier d'escalier.

Trap wys, chemin par degrés, échelle de Jacob, vers la perfection, gradatim.

Le langage wallon , résistant à l'influence des Francs , était une espèce de latin rustique , avec voyelles simples et versatiles : des litanies répétées par la tradition avaient conservé une phrase consacrée au souverain ; les églises de la Gallo-Belgique retentissaient d'une invocation usitée avant 745 4. C'est le plus authentique et le plus ancien monument du roman wallon; un pronom, puis un article , s'affranchissant de la loi du régime : « In his litaniis barbaram romanam linguam, qualis illo aevo in familiari usu recepta erat, observare licet in his vocibus, tu lo iuva, tu los iuva , ubi dicere solemus, tu illum, tu illos 5. » La popularité de ces répons leur valut une graphie latine au même titre que le kyrie eleison.

Ce langage antécarolin, bien qu'il eût alors Charles pour objet,

1 Vie de Rancé, p. 92.

- Trap, partie intégrante de attraper, faire tomber au piège : piège, degré aval, du théotisque af vallen, qui a fait avaler.

3 Marien-trap , Notre-Dame des Degrés.

1 Les noms d'Orihel , Raguhel , Tobihel , placés en tête de ces litanies , disparurent peu après le concile de Rome , où l'on reconnut « quœ nomina non angelorum sed daemonum esse. »

Vetera analecta Mabillonii, p. 171.

s Dans un autre compartiment de l'échiquier gallique, peut-être tileiutje. Le cri traditionnel du chasseur : Taïaut! n'est autre que t'aiaud , aide-toi.

fut modifié par le nouvel alphabet; l'application des diphthongues amena toi lui aidva , les nombreux hiatus produits par l'accumulation des vocales ', forcèrent à intercaler entre elles des consonnes toniques % afin de leur donner un appui ; de là aiota, aiude, puis aide : les diverses cases de l'échiquier gallique employèrent les consonnes en rapport avec les habitudes locales, et firent des contractions analogues'.

L'élasticité systématique de l'alphabet carolin, inventé pour ramener tous les dialectes rustiques vers l'unité par l'emploi des diphthongues , a doté notre langue d'une phonie qu'on ne trouve dans aucune néo-latine : oe, ou ont produit I'e muet et l'u français 3.

Ce qui précède porte à reconnaître que le langage de Gomer, l'antique gaulois , parent du latin , diphthongue d'une manière germanique par Charlemagne , appela des articulations consonnantes pour former le français actuel : l'examen des procédés constitutifs, dont la

1 II est bon de faire observer que le xc siècle fut absorbé par le travail nécessaire pour alléger les langages vulgaires des o vocalium creberrimum , » et trouver des points d'appui pour une vocalisation indéterminée, « incognitam : » nos plus anciennes poésies en conservent les traces :

... Eve vit qu'ele a perdue

Sa brebiz,s'ele n'a aïue. Roman du Renaît, t. I , p. 3.

2 Faisant vibrer, contendantes , euphoniques , comme qu'en dira-t-on,

SAN-G-REAL, DONNE-S-EH, etc.

Ego, ejo , jo , io, néo-latin , ioe semi-septentrional , produit I'e muet, comme tu ( latin ), prononcé tou , toe , a fait toi, te et tu avec l'intonation française. Jo ! est encore le cri traditionnel de l'archer wallon , alors qu'il atteint le but.

CAROLOGRAPHIE. 115

marche fut variée comme les caprices du vulgaire, nous entraînerait trop loin ; l'indication doit suffire ici '.

La grande mosaïque de la confédération des Gaules fera toujours obstacle à préciser la marche graduée des consonnes et des gutturales, qui, en général, tendait vers radoucissement, mais la différence des climats, les habitudes locales, les considérations politiques et les antipathies qui les accompagnent , durent parfois contrarier la loi naturelle qui incline vers l'urbanité : ainsi, tandis qu'une province adoucissait son vocabulaire, une autre au contraire donnait plus d'énergie au sien : les princes, nous l'avons dit , ne restaient point étrangers à ces habitudes exclusives; l'absence de communication y ajoutait. Toutefois, une remarque importante domine les transformations originelles ; purement orales et phonétiques, les caractères complexes, chargés de les représenter plus lard, furent approximatifs, insuffisants et inexacts ; ainsi la complication des lettres n'exclue pas une prononciation primitive simple, et la manière dont nous prononçons les diphthongues en est la preuve.

Les signes-notes antérieurs à l'alphabet carolin, suivant les degrés des sons organiques et l'ordre naturel, ne correspondaient point à la série conventionnelle adoptée pour l'alphabet latin; l'échelle diatonique devait simplifier l'entente siglique.

Facere, faisere , faiere , faire.

Bevere, boivere, boiere , boire. Placere, plaicere , plaiere, plaire, etc.

116 ÉLÉMENTS CARLO VINGIENS.

Une comparaison faite par Alcuin prouve sa connaissance des usages égyptiens et confirme l'existence de la dactylologie ; chez les jeunes gens de Rome et d'Alexandrie, la prononciation des lettres et des syllabes n'était pas invariable : l'accord n'existait, même pour les langues latines et coptes, que chez les hommes d'expérience :

« Nisi forte notaria manus verba , syllabas , vel literas immutasset, quod sœpe evenire solet non solum Latinis, sed etiam ^Egyptiacis pueris '. »

La rencontre de manuscrits exécutés en signes carolins 3, durant la courte époque de transition , laissait à peine quelques chances : la théologie offrait peu de ressources, et les autres ouvrages durent être transcrits plus tard en graphie latine : toutefois, ne reculant devant aucune investigation , nous avons été assez heureux pour trouver, dans un célèbre manuscrit conservé aujourd'hui au British Muséum 3, la confirmation de ce que nous avons rapporté touchant l'alphabet carolin et les signes digités : en effet , le peintre ornementiste de ce

1 Alcuini Opp. , t. I, p. 98.

2 Jusqu'à ce jour les érudits ont confondu les signes carolins avec les notes.

5 Provenant de l'abbaye de Moutier Grand-Val , qui le tenait du couvent de Prum. Vendu en 1829 par M. Speyr-Passavant ; celui-ci le regarde à tort comme Bible d' Alcuin ; l'unique passage du texte où parait le nom de Cakolus (1" col., v° du dernier feuillet) n'est pas sincère; ce mot porte de visibles traces du grattoir et d'une surcharge évidente ; néanmoins il est incontestable que le volume fut écrit à l'époque carlovingienne.

tri

to

CAR0L0GRAPH1E. 117

précieux volume ], heureusement inspiré dans l'intérêt de L'avenir, a simulé au centre même dune lettre capitale latine 2, les sigles vulgaires dactylologiques du mot dont cette lettre est l'initiale ; la main fonctionne autant toutefois que le dessin peut reproduire un mouvement 3, le k , ainsi figuré ^ i, correspond au q latin ; il est représenté par l'index allongé et le pouce formant un angle de 45°, sur un petit cercle décrit par deux doigts de la seconde main : le deuxième cercle dont la dextre occupe le centre, est fictif, il annonce le passage du premier sigle au second ; alors le dernier doigt s' élevant forme, avec le premier, le signe U équivalant à l'u latin, ou à l'o. Ces deux signes sont les initiales des deux ou trois premières lettres du quod; c'était un sigle double, employé par l'artiste pour consacrer le mode vulgaire, vers l'époque où les caractères latins venaient remplacer la dactylologie encore chère au peuple.

On objectera sans doute que les notes présentent au mirage de l'explorateur tout ce qu'il veut y voir : en effet, si cette manière d'écrire eût offert des garanties d'interprétation , de lucidité , de fixité, nous n'aurions pas à prouver aujourd'hui qu'avant le ixe siècle, les Francs comme les Gaulois ne possédaient pas dans leur propre

' Sir Frederik Madden , conservateur au British Muséum , a bien voulu le mettre à notre disposition avec une obligeance exemplaire ; nous sommes heureux de lui offrir un témoignage public de reconnaissance.

2 En tête de la première Epître de saint Jean , fol. 406.

= Voir notre planche IV. Le cercle fictif est tracé en argent.

* Voir l'alphabet carolin , pi. II, p. iOi.

idiome , le moyen de correspondre avec la postérité ; le

mutisme alors eût été une chimère.

A Athènes comme à Rome , on faisait usage des sigles ; les Gaulois avaient les leurs : pour les langages vulgaires, les lettres étaient empruntées aux caractères démotiques, aux Phéniciens, aux Hébreux, puis aux Hellènes : quelques manuscrits du ix° siècle, en théotisque, conservent encore des initiales appartenant à ces alphabets digités ', de là sans doute l'emploi si fréquent des majuscules dans les langues germaniques.

Les sigles, d'abord simples, furent parfois doubles; sous Charlemagne 2, il y en eut de triples, de quadruples, c'est en devenant de plus en plus multiples, qu'ils amenèrent la graphie en toutes lettres 3.

Noter : « Notare res nominibus novis; » ce verbe signifiait primitivement manifester, faire connaître par des signes : dans la suite , on s'est borné au sens restrictif, faire connaître. Les signes vulgaires devenus caractères latins , n'exclurent pas immédiatement l'usage des sigles et de la dactylologie qui marchaient de concert; leur existence se prolongea jusqu'au xie siècle : « Ad decimum, undecimumve usque sœculum perseveravit '. » Saint Grégoire, en tête de ses Homélies5, explique l'intervention

1 Langue et littérature des anciens Francs, par M. Gley, p. 29. " Voir notre pi. IV.

r' Nous possédons un manuscrit du rxc siècle , in-4°, enrichi de peintures polysigliques très-curieuses.

4 Alphabetum tironianum , prefatio, p. "vij. s Sancti Gregorii Opéra, t. I, col. 1434.

CAROLOGRA.PHIE. 119

des notaires, dans les églises de Rome, pour l'interprétation des Évangiles en langages vulgaires : « Inter sacra missarum solerania, ex his qiue diebus certis in bac ecclesia legi ex more soient, sancti Evangelii xl lectiones exposui. Et quarumdam quidem dietata expositio adsistenti plebi est per notarium recitata quarumdam vero explanationem coram populo ipse loquutus sum. » En 81 3, le troisième concile de Tours prescrivit la traduction des homélies ou instructions chrétiennes, en langages vulgaires : « Ut easdem homilias quisque aperce transferre studeat in ruslicam romanam linguam , aut theotiscam , quo facilius cuncti possint intelligere quae dicdntdr1. » A dater de ce temps , on trouve , en marge des manuscrits , un signe figuré de diverses manières 2.

Lorsque le mot nota est exprimé eu caractères latins non alignés, ni orientés, ni cursifs, en manière de sigle, il signifie notaria verba , bien que souvent on ne puisse y voir que les quatre premières lettres , parfois aussi on les y lit toutes : le sigle complexe qui termine la fig. 4 , cotée 9, pi. V, est copié dans un manuscrit du commencement du ixe siècle ; toutes les lettres y sont détaillées 3. Cette locution , qui caractérise l'espèce de graphie vulgaire, fait connaître que le texte doit être translaté en signes familiers au peuple : nous avons souvent remarqué

1 Sacrosancta concilia, in-fol. , t. VII, anno 813, canon xvn, col. 1263.

2 Voir planche V, fig. 4.

3 Voir à la Bibliothèque du Roi, Sacramentaire de Gellon, manuscrit n" 1 63, fonds Saint-Germain latin, fol. 39 v° ; on le trouve aussi fol. 23 v°, avec quelque modification. Le sigle de verba est représenté par l'u carolin un peu orné.

ce sigle à côté d'une main indicative ou d'un index, démonstrations diverses qui ne peuvent signifier une même chose.

Quand la dactylologie se perdit, l'indication marginale ne fut plus employée que comme impératif du verbe notare, l'équivalent de observa ; dès ce moment il fut tracé de gauche à droite, et aligné comme du latin ordinaire.

Pour faire connaître la valeur de cette prescription , nous nous bornerons à puiser dans un manuscrit de notre collection : <c Damasii et Ieronimi Epistolse, seculo x", infol., ex monast. B. M. Eboracensis , » célèbre par la bibliothèque où étudia Alcuin, qui dès le ixe siècle fit l'inventaire de ses richesses littéraires ' . Le notaria verba se trouve répété avec un index dessiné en marge, et sur l'alignement d'un texte qui explique le sens attaché au sigle.

Vulgaris proverbii, folio 24 recto.

Promulgare sententiam, 36 verso.

Evangelii prsedicandi, 37 recto.

En marge de la première page d'un manuscrit « de Doctrina christiana sancti Augustini, » du xic siècle2, se trouve la graphie reproduite pi. V, fig. 4. La traduction en idiomes vulgaires , prescrite à cette époque3 pour l'instruction religieuse, se bornait d'ordinaire au langage oral et à la séméiologie : l'alphabet latin n'était encore

' Voir Alculni Opp., t. II, p. 257, v. 1535 seq.

* Lib. I , p. 1 ; manuscrit de notre collection.

5 Concile de Tours, en 813. Voy. notre page 119.

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