‹ Éléments carlovingiensChapitre 6 sur 51 · PLANCHE V · texte numérisé non relu

PLANCHE V

Fig. 1.

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Fig. 3.

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Fig. 5.

Fig;. 6.

K. q' est D. Dieu?

CAROLOGRAPHIE. 121

familier qu'aux seuls érudits : les verba visibilia de saint Augustin ' ou les notakia verba, pi. V, fig. 5, dont le sigle est joint à la question capitale faite aux enfants, aux femmes et à tous ceux auxquels le latin était étranger 2.

La nature des notes ne permettait pas de généraliser leur emploi , d'ailleurs l'irrégularité , l'arbitraire et la multiplicité des patois étaient un obstacle insurmontable : on ne lisait pas les notes d' autrui (ci-dessus, p. 41); lorsqu'on écrivait en notes, c'était comme mémento pour soi-même ou pour des initiés, de là l'inutilité de les consigner dans les livres; aussi les textes en notes sont-ils d'une grande rareté : les notes latines toutefois se montrent encore dans certains manuscrits très-anciens ; on les a toujours confondues avec la tacbygraphie , parce que, exécutées en sigles , elles étaient effectivement une écriture abrégée.

On voit dans un manuscrit provenant de Saint-Germain-des-Prés : « Sancti Augustini libri IV, de concensu Evangelistarum E, » du vne au vine siècle, des notes marginales dont nous donnons un spécimen avec leur interprétation (pi. V, fig. 3); ces notes conservent tout à la fois des traces de la séméiologie de Cadmus et de la dactylologie ; on les retrouve aussi dans les inscriptions phéniciennes 4 ; elles ont des signes communs avec les carac-

1 Doct. christiana, lib. II , cap. iv, t. III , col. 20.

9 Voir pour l'intelligence l'Alphabet de Charlemagne.

5 A la Bibliothèque du Roi , n° 758 olim 793, in-fol., demi-ouciales gallicanes.

1 Inscriptio melitensis quse nunc Parisiis in Bibliotheca Mazarinea asservatur.

tères découverts dans les pyramides , et de l'analogie avec

ceux de l'alphabet de Charlemagne.

Si la coutume de la terre salique avait eu le théotisque pour interprète , la version rimée aurait été plus mnémonique encore1, puisqu'elle s'adressait plus directement' au peuple : les moyens de transmission pour les langues vulgaires dans les Gaules , antérieurement à Otfrid, se bornaient aux artifices mnémoniques de la tradition , à la dactylologie et aux notaria verba : à dater de 790 les signa carolina jusqu'en 850, où la graphie latine fut enfin, mais non exclusivement, adoptée.

Charlemagne signait du pommeau de son épée ; cette haute manifestation d'autorité souveraine fut attribuée à l'ignorance ! Le monogramme de l'empereur se compose de toutes les lettres de son nom , symétriquement disposées pour former le signe de la rédemption, afin de manifester et la puissance descendant du ciel et la force matérielle qui dompte la terre.

L'Histoire littéraire de la France 2 insinue que Charlemagne écrivait bien le grec et ne pouvait le prononcer; qu'il parlait correctement le latin et ne l'écrivait qu'avec peine : nous sommes convaincu que l'empereur écrivait facilement l'une et l'autre langue; et que, si le talent du souverain laissait à désirer, ce ne pouvait être comme scribe, mais bien comme peintre seulement, dont l'art

1 Heureux d'invoquer sur cette matière le témoignage de mon honorable ami et collègue politique, M. Pardessus , dont la science est aussi élevée que le patriotisme. Loi Salique, p. 419. Voir notre page 69.

2 T. IV, p. 369, 370.

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s'associait alors à la calligraphie, et plus probablement encore comme uranographe '.

Son alphabet, monument de sollicitude pour ses peuples -, prouve qu'il s'efforçait de perfectionner l'écriture fédérale : les préposés aux rédactions des actes authentiques latins devaient les expliquer en langages vulgaires.

Conservant à chaque graphie son caractère spécial , on appelait séméiographes ceux qui retraçaient les signes digités; notarii les écrivains en notes, et secretarii les scribes qui employaient l'alphabeta sécréta : à ceux faisant usage des langues savantes dans lesquelles les livres étaient écrits, on donnait les noms d'antiquarii 3 et de librarii.

Les signes se lisaient dans tous les sens, et l'aleph des Hébreux n'est autre que le Z carolin , tourné verticalement : le Samaritain commence aussi son alphabet par la diplithongue Caroline , avec l'I médium; dans certains manuscrits judaïques très-anciens 4 , la première lettre est figurée précisément comme le premier signe carolin.

L'alphabet hiéroglyphique représente E par une plume, A par deux plumes, l'I par trois s, l'O et TU par le même

1 Voir les dessins uranographiques , à la Bibliothèque du Roi, ancien fonds latin , manuscrit 6413.

2 Nationis sua; misertus.

3 Voir S. Ieronimi Epist. ad Florent. S. Augustini in Psalm. 44, 4-6.

4 Voir manuscrit 2340 , Bibliothèque du Roi. Nouveau Traité de Dipl. , t. I, p. 671, à la pi. VIII.

3 Voir Champollion le jeune, Syst. hiérogl., 1827, pi. VI. Les paléographes n'ayant pas soupçonné ces corrélations, ont figuré les signes par des à peu près. Voir notre page 23.

signe horizontal, avec un point superposé au centre '. Le démotique fait un trait vertical pour la première vovelle, deux pour la seconde et trois pour la troisième, d'où 11 carolin.

Les trois premières voyelles grecques A, H, I sont aussi représentées par des marques numériques dans l'alphabet de l'inscription intermédiaire de Rosette 2.

Il est certain que l'empereur possédait l'hébreu, le syriaque et l'esclavon, puisqu'il n'eut jamais besoin d'interprètes pour comprendre les ambassadeurs des nations qui parlaient ces langues 3.

11 fonda une bibliothèque à Jérusalem pour l'usage des pèlerins 4 : sa charité s'étendait sur les chrétiens pauvres d'Egypte , de Syrie et de Palestine.

Les textes latins de ses œuvres et ses lettres particulières portent fréquemment le nom d'un secrétaire; lorsque le contre-seing manque , il est permis de croire que l'original fut écrit manu propria s.

La légèreté avec laquelle on admit l'ignorance prétendue de Charlemagne , eut ce déplorable résultat qu'elle couvrit d'un dédaigneux mépris le document le plus philosophique que le génie pût élever à l'intelligence.

1 Aperçu sur les Hiéroglyphes, trad. de Brown , à la pi. page 80. s Description de l'Egypte, Antiq. Mémoires, t. II, p. H6. 5 Hist. littér. de la France, t. IV, p. 370. 1 Ibid., p. 373.

s Don Mabillon déclare avoir -vu grand nombre d'autographes de Charlemagne. Voir de Re diplomatica , p. 74-75.

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Comment apprécier, étudier, respecter des caractères tracés par une main étrangère aux lettres ? Comme toujours , l'erreur féconda les erreurs ; les notes et le tudesque étaient antipathiques aux habitants de la première Belgique, dont Paris faisait partie; motif pour lequel l'alphabet y demeura étranger.

Il est impossible de ne pas reconnaître l'altération du texte d'Éginhart, sur lequel se fondent ceux qui contestent la capacité littéraire de Charlemagne '.

(( Praecipue tamen astronomise ediscendse, plurimum et temporis et laboris impertivit. Discebat artem computandi , et intentione sagaci syderum cursus curiosissime rimabatur. Temptabat et scribere, tabulasque 2 et codicillos ad hoc in lecto sub cervicalibus circumferre solebat, ut, cum vacuum tempus esset, manum litteris effingendis assuesceret; sed parum successit labor prœposterus ac sero inchoatus. »

Des faits matériels et de nombreux ouvrages contemporains donnent un démenti formel au sens apparent de ce passage, et à la manière dont on l'interprète aujourd'hui 3.

Les scribes du ixc siècle n'observaient ni ponctuation ni distance ; il est probable que le temptabat et scri-

1 Einhardi, t. I, p. 82.

2 Tabulas eburneas. .. quasi sic dentalus elephans aliorum fuerit gigas. Ekkehard. apud Pertz , t. II , p. 88 , 89.

" Le texte d'Otfrid, méconnu dans son esprit, confirme sa véracité par une preuve inverse ; l'absence de productions écrites en langages vulgaires justifie l'auteur, comme le texte altéré d'Éginhart se trouve démenti par les Scripta cnrolina , l'imposant témoignage d'Alcuin, et la suprême autorité d'un concile.

bere se rattache à syderum cursum describere '. L'empereur s'exerçait à tracer de la trigonométrie sphérique ou de l'astronomie : le mot litteris qui vient ensuite , écrit par abréviation , fut très-probablement lu et copié au lieu de lineis.

Il faut l'avouer , la position du corps couché favoriserait peu les progrès calligraphiques d'un élève quel qu'il fût.

En admettant même le texte comme on nous le donne aujourd'hui, il peut s'interpréter de manière à ne porter aucune atteinte à la haute science du fondateur des lettres dans les Gaules.

En effet, il convient de distinguer deux sortes d'écritures, plus tranchées alors qu'elles ne le sont aujourd'hui : l'écriture cursive usuelle et l'écriture calligraphique, avec laquelle on exécutait les manuscrits des bibliothèques : la première, indispensable à quiconque ne reste pas étranger aux lettres ; la seconde, produit d'un art tenant plus du dessin que de l'intelligence : Eginhart , « homo barbarus 2 et in romana locutione perparum exercitatus, » secrétaire de Charlemagne et par conséquent habile calligraphe, mettait sans doute une grande importance à son art ; c'est en cette qualité seulement qu'il ose dire de son maître : k Sed parum successit labor. » Un savant bibliophilax viennois s éclaire ainsi la question : cr Per

1 Peut-être ce dernier mot est-il une mauvaise lecture de « et scribere. » * Exemple de la versatilité de certains mots, Barbarus pour Germanus. Einhard., t. I, p. A.

3 Kollarius , Analecta monumentorum , t. I , col. 352 , note 6.

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litteras, quibus efïingendis Imp. Carolus Magnus irrite tentavit manum adsuescere, intelliguntur elegantiores ilke majusculse, quœ ad calligraphiam pertinent, et ornât us causa pinguntur potius quam scribuntur. »

Après le partage de l'empire entre ses enfants ', Charlemagne se voua exclusivement aux exercices de piété et de charité ; une seule occupation lui parut digne encore ; saturé de grandeurs, il se fit correcteur de textes 2. <c Habent itaque critici, quo nomine merito glorientur, nec nisi summe honorificum illis est, Carolum Magnum professionis suœ habere collegam 3. » Le Père des Annales Ecclésiastiques s'exprime ainsi : « Plane miraculum videri potuit, hoc saeculo rudi inveniri. . . Principem. . . quem magnum titulo merito dicunt, ipse jure ter maximum appellarim, nempe bellica fortitudine, scientia et pietate \ «

A tant de preuves, est-il besoin d'ajouter l'autorité suprême d'un concile , où la mémoire des faits vivait encore? « Quidam nostrum ab illis audivit qui interfuerunt. »

« Ad capitium lecti sui tabulas cum graphio habebat, et quœ, sive in die sive in nocte, de utilitate S. Ecclesiœ

1 TheganusP. Pithaei, p. 299. Duchesne, t. II, p. 326.

2 Dans le superbe Évangélier carlovingien anno 780, conservé au cabinet du Roi au Louvre , in-fol., vélin pourpre, lettres d'or à deux colonnes, on lit cette phrase: « Providus ac sapiens (Carolus) studiosus in arte librorum , » au feuillet 126 col. 2. Voir M. de Bastard , Peintures et ornements des manuscrits, 2e édition , 1" livraison.

J Kollarius , Analecta monumentorum , t. I, col. 725. 4 Baronius , Annales ecclesiastici ad annum 778.

et de profectu ac soliditate regni meditabatur, in eisdem tabulis adnotabat, et cura eisdem consiliariis , quos secum habebat, inde tractabat '. »

Faut-il rappeler les vers suivants adressés à l'empereur par un des contemporains les plus illustres?

Gbammatics doctor constat prœlucidus artis, Nullo unquam fuerat tam clarus tempore lector ; Ruetokic^: insignis végétât prœceptor in arte. Summus apex regum, summus quoque in orbe sophista Extat , et orator facundo famine pollens j Inclyta nam superat prseclari dicta Catowis, Vincit et eloquii magnum dulcedine Marcum, Atque suis dictis facundus cedit Homerus, Et priscos superat diaiectica in arte magistros. Quatuor ast alias artes , quee jure sequuntur, Discernit simili rerum ratione magistra; Doctus in his etiamque modo rex floret eodem. Solus iter meruit doctrinœ adipiscier omne, Occultas penetrare vias, mysteria cuncta Nosse, Deo seriem révélante, ab origine rerum. Omnem quippe viam doctrinœ invenit, et omnem Artis opacum aditum, secretaque clancula verba Omnia : solus enim meruit pius ille talenta Suscipere, et cunctis prœfertur in arte magistris. Scilicet imperii ut quantum rex culmine reges Excellit, tantum cunctis prœponitur arte 2.

L'amphase, prodigue de mots, vit d'exagération et ne précise jamais; lorsque les faits sont nettement articulés, on doit croire à la sincérité, au moins pour le fond.

1 Concilia antiqua Galliae ( anno 881 ) Jacobi Sirmondi , t. III , p. 51-1-

2 B. F. Albini seu Alcuini abbatis Opéra, t. II, p. 451, col. 2.

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Bien que la postérité n'ait tenu compte que de sa puissance, voici du souverain le plus libéral envers elle , de celui qui, entre tous, lui légua les monuments de la plus haute importance, de la plus grande portée , la nomenclature des ouvrages parvenus jusqu'à nous , et disséminés dans plusieurs recueils :

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