‹ Eléments d'agriculture considérée dans ses rapports avec les sciences naturellesChapitre 66 sur 110 · PAR AN · texte numérisé non relu

PAR AN

■»iiii^

kil. 2,993 485 kil.

228 kil.

Surface de (erre

foelle peut fumer.

24 ares.

60 centiares.

1 are au moins.

Dans la Flandre , les urines sont utilisées et recueillies avec un soin qui prouve combien l'agriculteur a conscience de ses véritables intérêts ; il est d'ailleurs bien p^yé d<; ses peines , puisqu'il peut tirer de la récolte sur pied d'un hectare de lin , arrosé en naissant avec de l'urine , une somme qui peut s'éleyer jusqu'à cinq mille francSé

Des exerémente Immaln»*

293.""«Q. — Quelle est la composition des excréments de l'homme ?

R. — Ces matières , qu'on désigne sous le nom de gadoue quand elles sont molles ou liquides , contiennent à rétat frais :

Eau 73,3

Matières organiques solubles. 4^5

» n insolubles. i4,0 \ 100,0

Sels solubles et insolubles. . 1^2 Débris végétaux et animaux. 7,0

Les sels renfermés dans les excréments humains sont :

tde chaux , formé de chaux I et d'acide

de soude » soude > phosphori-

de magnésie » magnésie i que.

f if . \i^ potesse, formé de potasse ) et d'acide Les sulfates < de chaux » chaux > tc\'„„

î de soude » soude jsulfunqu^.

f e< eapbnnatP^ f ^^ ^^^^^ » ^°'*™^ ^^ *<*"^® ï ®* d'acide

Les carDonates J ^^ ^^^^ ^ ^j^^^^ | carbonique

Le chlorure | de sodium, formé de sodium | MqÎq

On voit aisément que les matières fécales renferment une forte proportion de principes fertilisants de toutes espèces.

294.'"^ Q. — Gomment emploîe-t-on les excréments humains i Tétat frais ?

R. — Dans plusieurs localités, les matières fécales sont considérées comme un engrais des plus précieux; en France, dans le nord et en Alsace, et en Belgique, particulièrement dans les Flandres ^ on en fait un très grand usage; de là, sans doute, la dénomination dUengraiS'^ flamand ou courte-graisse y par laquelle on désigne les excréments humains. On peut les employer immédiatement au sortir des fosses , après les avoir délayés dans l'urine ou dans Teau et , alors , on s'en sert pour arroser les terres au printemps , lorsque le développement de la végétation est prêt à se manifester. Pour être d'un bon usage , il parait que ces matières doivent avoir subi un certain degré de fermentation , qui les rend plus visqueuses. Cette fermentation s'établit dans de vastes citernes , dans lesquelles on amasse , autant que possible , les excréments qu'on a été recueillir dans les villes , pendant les époques où les travaux de culture ne réclament point le service des chevaux. Ces citernes ont des capacités variables , mais^ en général , il convient de leur donner la plus grande capacité possible, les frais de construction n'augmentant pas en proportion de celle-ci; la contenance ordinaire est de 2 à 5,000 hectolitres. Les matières y sont abandonnées à la fermentation pendant quelques mois, au bout desquels on en retire une certaine quantité pour l'emploi , quantité que l'on remplace par de la gadoue fraîche, qui bientôt fermente à son tour. Quand il arrive que l'engrais flamand soit trop allongé d'eau , ce

2ui arrive souvent en Flandre , surtout quand on l'achète l'hectolitre , on jette en même temps , dans les citernes »

des dëbrrs de boucherie , du sang , ete.^ ou bien des tourteaux de graines réduits en poudre. Cette addition est très avantageuse , les tourteaux étant eux-mêmes riches en substances azotées, et constituant de forts bons engrais, quand ils ne sont point trop chers et qu'on ne doit pas les réserver pour la nourriture du bétail, (i) Répandus sur les terres , les excréments humains exhalent une odeur fétide qui ne disparait qu'après plusieurs jours.

295."* Q. — Comment répand-t-on Vengrais flamand sur les terres ?

R. — La manière de le distribuer est variable selon les lieux , la disposition des terres , et la nature de Tengrais lui-même.

A. Pour les prés et les terres non couvertes » on opère le transport, lorsque les voitures y ont un accès facile , dans des tonneaux plus ou moins grands placés sur des

(1) En parlant de Paddition de ces matières et de leur mélange

à Tendrais flamand , M.' R , à la page ^ , § 116 de son ouvrage,

sVxprime ainsi : Ces matières excitent dans la masse une vive for^ mentation que ron interrompt au bout de trois à quatre semaines en

y ajoutant de la chaux vive. En donnant ce conseil , M.r R est

en opposition avec les agronomes modernes , et , <]ui plus est, avec lui-même. En effet , au ^ 411 de son livre , il explique rinfiuence d« la chaux sur les sels d'aàamoniaque ; ce dernier , dît-il , se valaHUsê et se dégage dans Vatmosphère par Taction de la chaux ! ! Or« et il le reconnaît au § i2, Pammoniaque fournit à la plupart des végétaux^ ks pa/rtte la plus essentielle de leur alimentation, L*addition de la ebaux vive aux engrais en fermentation est donc une manœuvre nuisible au cultivateur , en ce qu*elle tend à faire perdre à Pendrais son j^riacipe le plus utile : le conseil reproduit par le physicien précité ne me parait pas plus applicable a renprais flamand qu*à Unit autre , car les mêmes causes y predairont les mêmes effets»

chariots. Lorsque l'engrais est doué d'une grande liqui-' dite , ou quand il a été fort bien délayé dans de l'urine ou avec de Feau , on le fait tomber , au moyen d'un robinet placé à l'arrière du tonneau , dans une caisse en bois ou dans un tuyau horizontal , lesquels sont percés de troua pour l'écoulement des matières, qui arrosent le terrain sur une! largeur d'un mètre et demi environ , au fur et à mesure de l'avancement du chariot, qui est traîné par le nombre de chevaux nécessaires.

B. Si le peu de fluidité de l'engrais ne lui permet pas de passer à travers les trous sans les obstruer , on dirige le jet coulant du robinet sur un morceau de planche incliné en arrière, ce qui a pour effet de faire rejaillir l'engrais de tous côtés. Quant aux tonneaux, ils portent à leur partie supérieure un entonnoir ou une trémie en bois par lesquels on les charge.

C Quand les voitures ne peuvent point arriver sur les terres, on y conduit l'engrais au moyen de la brouette allemande , qui sert de support au tonneau reposant sur deux tourillons; mais, alors, on transporte directement k matière telle qu'elle se retire de la citerne , et on ne la mélange avec l'eau ou l'urine que dans un grand cuvier placé au milieu ou à l'un des bouts du terrain à arroser. C'est dans ce cuvier que s'opère le mélange des excréments avec les six ou huit parties d'eau dans lesquelles on les délaie le plus souvent. L'engrais étant préparé , on le puise et on le répand de deux façons différentes. La première consiste h employer Vescope, pelle longue en forme de gouttière, au moyen de laquelle on jette aa loin le liquide , de manière à ce qu'il retombe au loin comme une pluie. Un cultivateur exercé répand ainsi l'engrais très uniformément. Quand l'arrosage ne doit se faire que sur

une petite surface^ ou qu'il convient de distribuer le liquide fertilisant d'une manière régulière et sans le mettre en rapport avec la verdure des plantes ^ on se sert d'un arrosoir porté à dos d'homme et dont l'ouvrier ouvre, à volonté, le robinet d'écoulement. ( Voir plus loin q. 297 )•

296."« Q. — Quels sont les végétaux à la culture desquels ïengrais humain peut-être favorable ?

R. — Ils sont nombreux, mais il en est quelques-uns au développement desquels on l'applique plus généralement. Aux environs de Grenoble on l'emploie à la culture du chanvre; à Lyon et à Nice on en arrose surtout les champs de luzerne ; dans la Flandre on l'utilise, particulièrement, pour le colza ^ Yœillette, la carotte, le lin et le tabac. Quand les betteraves sont cultivées en vue de servir à la nourriture des bestiaux, on emploie , avec grand avantage, de 1000 à 1500 kilogrammes d'engrais flamand par hectare ; il n'en serait pas de même si la betterave était destinée à fournir du sucre ; dans ce cas , l'engrais flamand serait nuisible et diminuerait le chiffre du rendement en sucre.

297."" Q. — Quels moments convient - il de choisir pour répandre Vengrais flamand ?

R. — 11 faut toujours se garder, quelle que soit la culture , d'utiliser l'engrais flamand pendant les temps de sécheresse , car la chaleur et le soleil lui enlèvent la plupart de ses vertus.

Si on répand les excréments humains sur une terre labourée et hersée, avant la semence, il faut choisir un temps pluvieux pour effectuer l'arrosage et herser une

fois encore avant rensemeneement , afin de rendre le plus complet possible le mélange de la terre avec Fengrais. Si , au contraire, la gadoue s'emploie après avoir hersé et ensemencé , il ne faut pas arroser avant d'avoir recouvert les graines, et même il convient de passer une ou deux fois le champ au rouleau, afin de préserver la semence du contact immédiat avec l'engrais , dont l'énergie la brûlerait. Quand il s'agit de répandre les excréments humains délayés sur les terres couvertes de végétaux , il est également indispensable d'empêcher l'engrais de toucher directement à la plante ; pour cela , on fait des trous avec un plantoir entre les pieds et on y verse l'engrais avec une cuiller, ou avec l'arrosoir portatif dont j'ai parlé plus haut ( q. 295 ) ; cette méthode est un peu longue et exige assez de main-d'œuvre , mais elle convient fort bien pour les betteraves, carottes, tabac, œillette, colza, etc., etc. On pourrait aussi , pour aller plus vite en besogne, pratiquer des sillons entre les rangées de plantes alignées , et verser l'engrais liquide dans ces petites tranchées , qu'on recouvrirait ensuite. Cette manœuvre est facile et peu coûteuse. Pour les prairies, surtout quand elles ont été récemment fauchées , ces précautions sont inutiles et on peut y répandre directement la gadoue allongée de la quantité d'eau convenable. Si l'état des chemins était un obstacle à l'arrosage au moment qui précède immédiatement les semailles , on pourrait attendre le mois de mars pour répandre l'engrais. Il parait même qu^à cette dernière époque , on doit employer un cinquième d'engrais de moins pour obtenir les mêmes résultats ; cela dépend de ce que l'engrais est alors complètement utilisé sans qu'il ait le temps de perdre de ses principes. Malgré cet avantage, on n'aime pas d'en*

graisser en mars , afin de ne pas détruire une parlie de la récolte, par la circulation des chariots et des ohetaux.

SQS."' Q. — L'emploi de Vengrais flamand favoriset-il les cultures productives ?

R. — Dans certaines parties de la Flandre et aux en-» rirons de Lille, l'usage assez général a consacré lâ rotation de culture que voici :

i .'* année. En octobre ou novembre , on couvre la terre de fumier long ordinaire; on l'enterre h la charrue, on répand 600 hectolitres d'engrais liquide par hectare , on laboure encore et on plante en colza.

2. '°<^ année. Le colza récolté, on laboure, on répand 420 à 150 hectolitres d^engrais flamand par hectare, et on sème du blé en automne.

5.**^ année. On laboure sur éteules de blé; on répand iSO hectolitres d'engrais flamand, et on sème de l'avoine en automne. (Girardin).

299."® Q. — Quelle est la valeur vénale de Vengrais flamand ?

R. — Elle varie nécessairement , suivant la distance à laquelle il faut aller chercher la gadoue, l'état des che^ mins, les moyens de transport, etc. , etc. ; néanmoins, aux environs des villes, l'engrais flamand peut revenir, en moyenne, à 1 fr. 20 l'hectolitre de 125 kilogrammes, savoir : 50 centimes d'achat sur place , 30 centimes de transport et 60 centimes d'emploi. Sa valeur est moindre dans les localités où il est peu utilisé, dans certaines parties du pays wallon, par exemple, où on laisse sans usage agricole la presque totalité des excrânenta

homaios. II est, en effet, plusieurs villes du Hainaut et de la province de Namur, où on vient chercher la gadoue pour l'expédier dans les Flandres.

SOO.****» Q. — Quelle est la valeur pratique de Y engrais flamand?

R. — Un hectolitre d'engrais fermenté équivaut à 250 kilogrammes, environ, de â m ier de cheval; il est donc d'une énergie double, puisqu'il ne pèse que i 25 kilogrammes. Allongé et répandu à Tescope, il peut couvrir et fumer un cercle de 7 métrés de rayon (14 mètres de diamètre). Liebig et Boussingault font le calcul suivant :

Un homme rend | 625 gram. d'urine J 750

par jour . . 1 125 — de matière fécale ) gram.

r^^^ r«;f ^o« «-^ i 228 kilogrammes d'urine ) «« 274 Cela fait par an | 46 kiloir. de mat. fécale 1 kilogram.

Ces matières contenant 3 pour cent d'azote , le produit de Tannée en renferme un peu plus de 8 kilogrammes. Or, cette quantité d'azote correspond à 400 kilogrammes de grains de froment y de seigle, dl avoine ou d'orge II! Mais, il faut tout dire, l'action de l'engrais flamand ne s'étend pas au-delà d'une année.

301 .™* Q. — Quelle est la valeur de Yengrais flamand comparée à celle des autres engrais naturels organiques?

R. — Voici les chiffres comparatifs obtenus, en Allemagne, par Hermstaed et Schubler :

Un sol supposé susceptible de produire , sans aucun

engrais, trais fois la semence qu'on tui confie, donnera, étant fumé, et d superficie égide :

Ayec des herbes sèches, du vieux foin, des feuilles, et autres débris végétaux, S fois la semaiçe*

Par le fumier d*étable 7

Par la fiente de pigeon 9

Par le fumier de cheval iO

Par Turine humaine 12

Par les excréments humains • • .14

On voit à quel point on est blâmable de négliger Tem* ploi d'un engrais aussi actif, aussi énergique ^ et aussi facile à se procurer que Tengrais flamand. Le cultivateur ne doit pas oublier que s'il peut avoir les excréments humains à bas prix, il est dispensé d'entretenir un bétail nombreux , ce qui est quelquefois difficile dans certaines localités, où les fourrages sont rares et où il serait plus profitable de cultiver des végétaux alimentaires et tex* tiles.

802.'*''' Q. ^— Les citernes nécessaires à raecumulalion de Yengrais flamand , sont<-elles d'une construction dis-* pendieuse ?

R. — Nullement, et même, dans les sols très perméa* blés et peu résistants, on parvient sans peine à éviter les fîltrationS; sans avoir recours au citernage hydraulique. On n'a qu'à creuser une fosse plus ou moins vaste, et à la tapisser sur toutes ses parois , d'une couche , de 12 à 15 centimètres d'épaisseur, en argile plastique bien corroyée. On établit ensuite une brique à plat dans le fond et une maçonnerie d'une demi brique sur chacun des eàtés. Cela suffit pour empêtrer les pertes d'engrais.

Une citerne d'une capacité de 52 mètres cubes, renferme 356 tonneaux de gadoue, représentant une valeur moyenne de 154 francs.

De I* diffévenee existant eirtre les famiers, seloii la . nonrritiire donnée aux animaux , et suivant Torganisation de eenx-cl*

503. "• Q. — Tous les herbivores produisent-ils des fumiers identiques , leur alimentation étant supposée la même?

R. — Non , car chaque espèce à son organisation particulière , laquelle fait subir aux aliments dont elle use des modifications , qui sont bien les mêmes en principe , mais qui diffèrent sensiblement quant aux détails. Ainsi, j*ai dit plus haut que le porc^ par exemple ^ rendait sans altération une partie des matières qu'il avait ingérées, et que ses urines étaient douées d'une âcreté quelquefois redoutable aux végétaux. En général , les excréments des chevaux et des bétes à laine sont moins liquides que ceux fournis par les vaches et les bœufs , et sont plus riches en azote. Tous les animaux n'élaborent donc pas de la même façon les aliments qu'ils ingèrent.

304.*" Q. — Quelle est Tinfluence de l'alimentation des animaux sur la nature et l'abondance de leur fumier?

R. — Elle est grande; aussi, la quantité de fumier à obtenir ne doit-die pas se calculer diaprés le nombre de

têtes du bétail, mais suivant là nourriture qu'on peut ou ()u*on veut lui donner. En outre , le poids des aliments distribués n*est pas le seul terme du problème, et la manière dont ces aliments sont présentés influe beaucoup sur les résultats qu'on en obtient. En effet, les bètes à cornes, soit à Tétable, soit au pâturage, ont toujours une nourriture verte et^ partant, très aqueuse ; cette circonstance se reproduit pour elles , même après la saison des herbages ; puisqu'on leur donne des carottes, des navets, des betteraves, de la drèche, de la pulpe venant des sucreries, etc. Il n'est pas étonnant, dès lors, que le fumier de vache soit , à poids égal , plus liquide, moins consistant et, surtout, moins actif que celui des chevaux et des moutons, qui reçoivent, ordinairement , des substances alimentaires plus sèches, des graines, du foin, de la paille, etc. , etc. Ces circonstances ont tant de valeur, au point de vue qui nous occupe, qu^en Flandre , par exemple, où il arrive, assez souvent, que les chevaux et les vaches soient nourris de la même manière pendant presque toute l'année , les excréments des deux espèces se rapprochent sous le rapport de l'énergie ; les chevaux n^ayant que peu ou point d'avoine , et recevant comrate les vaches des aliments aqueux, donnent un fumier beaucoup moins chaud que dans les localités où ils sont nourris différemment. En résumé, on peut, en commençant par les meilleurs , classer les fumiers de la manière suivante :

Fumier produit par le bétail qui reçoit des tourteaux de graines.

— — cheval — •* du foin et de l'avoine, -r — bétail à l'engrais.

— — bétail maigre et par les vaches laitières. — ■ -»- bétail n'ayant que de la paille en hiver*

En général, il faut donc admettre que les fourrages secs , les tourteaux et les graines , représentent la nourri-

ture la plus propre à faire produire au bétail le meilleur fumier possible.

805."** Q. — Quel est le rapport de la quantité d'aliments donnés avec celle des fumiers obtenus ?

R. — Ce rapport ne peut pas être déterminé d'une manière exacte ni constante. Thaër et Boussingault admettent que le poids du fumier est^ généralement, double de celui que représentent la nourriture et la litière fournies aux animaux. Voici les chiffres de Schwerz :

Tableau du produit d*un hectare en fourrage vert et sec^ et du fumier qui en provient.

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