De les nourrir à Tétable toute l'année
C'est ce que Mathieu de Dombasle fiait pour toutes ses b^tes. Jamais ses moutons ne parquent ; ses pores , k cda près d'une demi-heure chaque jour pendant laquelle ils vont se baigner à la rivière , ne sortent jamais de leur loge.
Enfin , p<Mir terminer cette section et pour bien mettre en lumière l'importance de la nourriture à l'établO; je transcrirai les paroles de M.' de Dombasle :
«c Dans le plus grand nombre des exploitations, où les « bestiaux sont nourris à la pâture pendant l'été, et où M la paille forme une partie considérable de la nourrl- M ture d'hiver, on ne tire pas amiuellement plus de quatre « voitures de fumier par tète Âe gros bétail ; tandis qu'on « peut en tirer 20 et même davantage , de bien meilleur « fumier^ par une nourrttuite o«pieusê donnée à l'étable. u II y a, dans cette augmentation, de quoi doubler, dans
«c presque toutes les circonstances , le produit de toutes
« les récoltes de Fexploitation , et , par consëquait , aug^^
« roenter le produit net dans une bien plus grande
H proportion , puisque les frais de culture sont les mêmes
u pour une terre richement amandée que pour une terre
u pauvre. La proportion des fourrages artificiels se trou-
« vera augmentée de même par Feffet de l'amélioration
« des terres de Fexploitation , ce qui permettra non-
« seulement de nourrir copieusement le même nombre
ce de bestiaux, mais d*en entretenir davantage. C'est sous
« ce point de vue qu'on doit considérer la nourriture à
4( rétable, si l'on veut apprécier toute l'importance de
« cette méthode pour la prospérité d'une exploitation
« agricole. D'un autre côté, l'augmentation de nourriture
M qu'on fait consommer au bétail , pour en obtenir une
tt plus grande abondance d'engrais, n'est jamais oné-
« reuse, parce que l'augmentation des autres produits,
M comme le lait, la graisse, la laine, la viande, où le
«f travail par les bêtes de trait , paie toujours largement
« cette augmentation de dépense. En effet , il n'y a pas
et de bestiaux, de quelque espèce qu'ils soient, qui
« donnent moins de profit que des bestiaux maigrement
« nourris. »
SECTION iO.
De f eiftplol des Ftunlera.
326*"** Q. — Qu'appelle-t-on fumier normal ?
R. -—. Qn peut désigner sous ce nom un fumier de
bétes à cornes, saines et en bon état, nourries copieuse^ ment à Té table d'aliments de bonne nature, les uns secs et les autres verts , et recevant une litière assez abondante pour que toutes les urines soient absorbées. Ce fumier n'est parfait qu'après avoir subi une fermentation lente et peu énergique, susceptible de désagréger les paiUes sans volatiliser notablement les composés azotés qu'il renferme. A cet état, le fumier, dont la paille forme la base, pèse de 750 k 760 kilogrammes le mètre cube ( le mètre cube fait 10 hectolitres ) , quand il est pressé comme il peut l'être dans le cliariot qui le transporte , et contient, 75 à 79 pour cent d'eau. J'ai déjà indiqué ( voir q. S74 ) la composition ordinaire du fumier normal.
327."»** Q. — Convient-il de laisser fermenter les fumiers , ou doit-on les enfouir dans le sol à mesure qu'ils se produisent ?
R. — l'aï & peu près répondu déji à cette question ( q. 274 ), et mon avis est que si une fermentation tranquille, modérée, rend le fumier meilleur et plus actif, une fermentation putride, énergique et avancée, comme celle qui se déclare dans les fumiers amoncelés dans les cours de nos fermes, est éminemment nuisible et fâcheuse , et cela pour plusieurs raisons :
1.* Le fumier perd considérablement de son poids primitif, et 100 voitures de fumier frais se réduisent à 75 environ de fumier consommé ; soit 25 pour cent de perte.
2.** La haute température qui se développe dans la masse^ détermine le dégagemeixt de la plupart des com-
poses ammoniacaux , et diminue d'autant la puissance fertilisante de Tengrais. (Q. 266).
5.* La chaleur qui se manifeste nuisiblement dans le tas de fumier, est perdue pour le sol auquel elle aurait pu être si avantageuse; en effet, la douce chaleur qu*eut produite dans la terre la décomposition du fumier, eut déterminé la germination des semences et Texpansion des plantes. Au blé surtout , elle eut été utile pendant l'arrière automne et Thiver. Cette chaleur eut d'ailleurs favorisé la nutrition des végétaux et l'assimilation par eux des principes de l'engrais.
Enfin, tous les agriculteurs sont d'accord sur les pertes qu'on éprouve à laisser les fumiers se consommer, ainsi que sur Tinfluence énergique et durable des fumiers frais, ou, mieux, ayant subi une fermentation modérée suffisante pour en désagréger la paille. Il résulte de toutes les indications pratiques recueillies dans tous les pays , qu'il convient d'employer le fumier, sinon au sortir de rétable; du moins aussitôt que la paille commence à brunir et à perdu sa consistance. A cet effet, on modère autant que possible la fermentation par l'arrosage , et par le mélange avec du plâtre, de la terre, du gazon, des mauvaises herbes , des feuilles, des genêts, etc., etc. Si, malgré les précautions prises, la fermentation marche trop rapidement et surtout trop énergiquement , il faut y mettre un terme en retournant la couche , ou en l'exploitant immédiatement.
8â8.™* Q. — Gomment peut-on diminuer la perte en azote qui résulte de la fermentation des fumiers ?
R. — En arrosant ces fumiers avec de Tcau contenant
du sulfate de fer (couperose verte), de Tacide sulfurique (huile de vitriol), du plâtre, etc., en un mot avec les substances que j*ai indiquées à propos de la conservation des urines humaines (q. 287, 288, 289). Cette coutume est très répandue en Suisse et en Alsace^ où on s'en trouve parfaitement. Lorsque les fumiers ont très peu de consistance, et ceux des bétes à cornes sont dans ce cas au printemps et à l'automne , il faut les employer de suite , ou, si leur emploi immédiat est impossible^ on doit les mêler avec des terres ou autres substances sèches , qui puissent amander les terrains sur lesquels, plus tard, il faudra les répandre.
329."*' Q. — Gomment convient-il de procéder dans l'emploi du fumier frais ou peu fermenté ?
R. — Je reproduirai ici Topinion de M.' Girardia : <( Lorsque le fumier est transporté sur les champs, il ne « faut pas le laisser en petits tas , comme on le fait en « déchargeant les chariots. G'est là un usage très vicieux « et très nuisible. En effet, le fumier ainsi conservé^ se « décompose avec une grande perte , parce que le vent u entraîne les substances volatiles qui se dégagent de ces « petits monceaux ; d'ailleurs , la décomposition marche (( d'une manière fort inégale ; au centre des tas elle est u très forte, et sur les bords, presque nulle. Tout le purin « s'écoule dans le sol au-dessous des tas , tandis que la <c partie de ce fumier qui est moins riche ou moins dé- « composée, demeure sur place. De cette manière, lors (( même qu'on donne ensuite les plus grands soins h bien « épandre la partie qui reste sur le sol , souvent , durant « plusieurs années , les places où les petits tas ont été «c déposés demeurent trop engraissées, de sorte que les
« plantes y versent , quoique tout ce qui les environne ait u la plus chétivé apparence.
«c il faut donc avoir pour règle invariable d'ëpaadre le «( fumier, bientôt après qu*il a été déposé ainsi en petits « tas. On ne doit pas renvoyer cette opération au-delà « d'un jour. Par le même motif, il convient de l'enterrer « le plustôt possible, après Tavoir étendu sur le sol. (c Mais comme il est difficile d'enterrer le fumier tout « frais par un seul labour, il est très commode de suivre «( la méthode belge , qui consiste à prendre le fumier avec « la fourche, aux petits tas déposés par les chariots, et à « le placer au fond des sillons à mesure que la charrue « les ouvre; de cette manière, l'enfouissement est com- « plet avec un seul labour.
c La recommandation d'enterrer immédiatement le « fumier conduit aux champs , fait pressentir que nous « n'approuvons pas l'usage de fumer en couverture. »
Il arrive que le fumier conduit aux champs ne peut pas toujours être immédiatement enfoui , les travaux ou d'autres circonstances y mettant obstacle; dans ce cas, il faut bien faire des dépôts , mais pour éviter autant que possible les pertes de purin y on doit s'y prendre de la manière suivante : on creuse , à la profondeur de deux fers de bêche envii:on , l'emplacement du dépôt , et , lorsque celui-ci est formé, on adosse contre lui un rebord en terre plus ou moins élevé. Cette terre, ainsi que les parois de la fosse creusée absorbent le purin et deviennent ainsi du bon engrais, qu'on peut répandre plus tard à la surface du sol. Voici l'opinion de Thaër relativement à l'enfouissement du fumier : » Je regarde comme décidément mieux « que le fumier reçoive trois labours avant les semailles; tt ainsi je voudrais qu'il fut possible de le charrier de
« manière i Tenfoiiir d^à par le premier kbonr. J*eavî«- « sage la méthode de l'employer ao dernier labour comme « absolument mauYaisc et comme ane des causes princi- « pales du non succès des céréales. Bien des cultivateurs « sont prévenus contre la méthode d'enterrer le fumier « avant le labour qui précède celui de la semaille , et « pensent que de cette manière il perd ses sucs au profit « de la végétation des mauvaises herbes. Mais cette abon- « dante germination de mauvaises herbes, loin d*étre < nuisible, est au contraire, très avantageuse, parceque • leurs semences et leurs racines^ une fois développées, « sont d'autant mieux détruites par la charrue qui les « enterre, et qu'ainsi enterrées, elles augm^tent éri- « demment la fécondité du fumier et du sol. »
530.">" Q. — Quelles sont les objections qui ont été faites à propos de Temploi des fumiers frais?
R. — Un anglais, sir John Sinclaîre, a prétendu que les graines des mauvaises herbes et les œuft d'insectes que les fumiers frais renferment et que la patréfoction détruirait, salissent la terre et nuisent aux récoltes. Cette objection n'est plus réelle quand le champ qu'on fume doit recevoir une plante sarclée.
Une autre remarque est relative à Ja lenteur avec laquelle agit le fumier frais , tandis qûè celui qui a séjourne quelques mois dans les fosses , opère plus rapidement et active les cultures par la chaleur qu'il dégage. Dans les pays froids surtout , cette objection est fondée , mais on peut remédier à cette lenteur d'action des fumiers frais i en les gardant en tas assez longtemps pour que la fer« mentaUon commence à s'y développer. Une fois en train , elle se continuera aisément dans le sol , et pourra ainsi
aider, efficacement, les cultures de peu de durée. Au reste, pour les cultures promptes on pourrait réserver spécialement le fumier des écuries , la colombine , l'urine et le purin qui , tous, impriment à la végétation une activité et une vigueur remarquables.
. 53i .™* Q. — Quelle influence la nature du sol peutelle exercer sur la promptititde et la durée d'action des fumiers ?
R. — Plus un terrain est léger et poreux et plus l'influence du fumier se fait rapidement sentir; c'est pourquoi le même engrais répandu en égale quantité sur des terrains sablonneux et argileux, durera beaucoup plus longtemps dans celui-ci que dans le premier ; par contre , l'énergie de la végétation se manifestera en sens inverse, si les deux sols sont d'ailleurs dans les mêmes conditions de fertilité. La raison de la durée d'action des fumiers dans les terrains argileux et compactes, tient àdeux causes; d'abord ^ la perméabilité du sol étant moindre , l'air y pénètre avec peine et la fermentation y est ' ralentie ; ensuite , les principes fertilisants , que la décomposition met en liberté , ne s'évaporent pas dans l'air aussi facilement que lorsqu'ils imprègnent une terre sablonneuse, et ne s'infiltrent point à de grandes profondeurs^ comme cela arrive pour ces dernières.
En résumé, il est bon de fumer peu les terres légères, quitte à y revenir plus souvent , tandis qu'on peut, sans inconvénients prochains, engraisser beaucoup les sols argileux.
332."»* Q. — Combien dure l'action fertilisante des fumiers ?
R. — On ne sait, & cet égards donn«[* nucune indication positive , la nature du sol , et surtout celle des récoltes , pouvant modifier les chiffres dans des limites très étendues ; mais , en général , on peut dire qu'un terrain y de valeur moyenne, bien engraissé par du fumier de ferme ordinaire, s'en ressent, au moins, pendant 2 à 3 ans. Mais c'est i la condition de ne point lui faire supporter une culturc épuisante, ce qui est, par malheur, le cas ordinaire.
353 •"• Q. — Comment doit-on fumer les terres en pente ?
R. — On doit avoir soin de metbre plus d'engrais sur les hauteurs que sur les parties basses, les eaux tendant toujours à entraîner une portion des principes actifs déposés dans les régions supérieures.
334 ."«^ Q. — Quelles sont les considérations relatives au genre de culture , pour ce qui concerne l'emploi àes fumiers ?
R. — i ** Il faut fumer d'autant plus que les végétaux qu'on cultive ont un développement plus rapide et plus grand. Ainsi la luzerne, le maïs, le chanvre, etc., exigent une fumure plus forte que certaines autres plantes.
â.* Les végétaux qui doivent parvenir à la maturité et dont on recueille les graines, comme les céréales et les plantes oléagineuses, réclament plus d'engrais que ceux dont la floraison représente le terme de la culture.
3.** Plus une plante pousse profondément ses racines , et mieux il faut enterrer le fumier^ afin que celics-ci trouvent constamment des principes alimentaires convenables; c'est ce que demandent les carottes , les fèves, la
luzerne ^ etc^ Le eôntraire e^sisie pour les cërëflleâ, dont les radiies 90ù% superficidles.
4.* Le raeîlléiir faînîet* qu'on puisse choisir pour un champ^ est celui dans la formation duquel il entre la plus forte proportion de débris provenant des plantes semblables à celles qu'on a en vue de cultiver. Ainsi , par exemple, pour fumer des colzas, il n*y aura rien de mfeut que de donner des fanes de colzas comme lîtière aux animaux, et d'employer ce fumier h cette culture spéciale. C'est pourquoi le fumier d'une vache nourrie de navets et de foin , est préférable à tout autre engrais pour fumer les herbages et les navets. Il en est ainsi pour toutes les plantes^ et cela explique pourquoi l'homme , dont ralimentation est si variée , fournit des excréments si admirablement convenables à toutes les cultures sans exception. En un mot^ il faut, de toute nécessité, pour qu'un végétal se développe , qu'il trouve dans le sol , soit naturellement, soit artinciellement par les engrais, les éléments indispensables à son accroissement et à son bien être; or, qui mieux qu'un végétal semblable serait propre à réaliser cette condition indispensable du succès ? Les excréments des animaux et la litière qui les absorbe , ne représentent -ils pas exactement la composition de la plante qu'on veut obtenir ? Sans aucun doute , et , dans ce cas, la nature ne fait que remanier les éléments pour leur rendre, encore une fois, leur arrangement antérieur.
553.™* Q. — Quelle est la quantité de /wmterrfe/èrme qu'il convient d'employer pour un hectare de terrain ?
R. — On comprend qu'il est impossible d'assigner des limites précise» y la quantité des fumiers à emf^oyer
Tariant, non-sealement, avec les Vëgëtaux qu'on cultive, mais, aussi, avec la nature du sol qu'on exploite. Mathieu de Dombasle indique, pour les circonstances ordinaires, la quantité de 20 à 25,000 kilogrammes de fumier frais pour la fumure complète d'un hectare ; d*un autre cètë , aux environs de Paris, on en emploie jusqu'à 54,000 kilogrammes. On voit que ces chiffres sont fort éloignés; le dernier est trop fort, tandis que les premiers sont souvent trop faibles. Il serait peut-être rationnel d'admettre une moyenne de 30,000 kilogrammes de bon fumier de ferme par hectare. Encore, cette quantité ne devrait-elle pas être prise comme une donnée certaine , mais seulement comme une indication que le bon sens des cultivateurs modifierait, suivant la nature du terrain et , particulièrement, selon l'action plus ou moins épuisante des cultures.
SECTION li.
Des Fumiers de TiUe*