‹ Eléments d'agriculture considérée dans ses rapports avec les sciences naturellesChapitre 74 sur 110 · Q. — Qu'est-ce que t engrais Jauffret · texte numérisé non relu

Q. — Qu'est-ce que t engrais Jauffret

R. — Ce n'est, it proprement pàrkr, qu'un compost, mais qCtt se distingue de ceux ordinairement employés, par un procédé au moyen duquel on donne à la fermentation une promptitude et Une énergie remarquables.

S4S."*'* Q. — Vengrais Jauffret est-il susceptible d'an emploi économique ?

H^ — Oui , quand on manque de fumier ordinaire , comme eelu arrive assez fréquemment chez nous ; alors Vengrais Jauffret est d'un usage excellent, bien qu'il soit assez eoâteux. Quand, au contraire, on élève assez de bétail pour avoir les fumiers nécessaires à l'exploitation f la préparation du compost de Jauffret doit être modifiée de manière à être h fort bas prix ; mais ^ dans ce cas , son efficacité devient moindre , et il ne ^ocave plus d'autre avantage que celui d'utillsa^ les mauvaises herbes , bruyè-

res , pailles , roseaux, genêts , ajoncs , fougères, etc., etc. , ce qui , au reste , est toujours une bonne chose.

549."* Q. — Indiquez, d'une manière sommaire, les manipulations que comporte la préparation de Yengrais Jauffret ?

R. — On se procure de l'herbe , de la paille , des bruyè-^ res , des roseaux , des fougères , des orties , des euphorbes , des consoudes , des genêts , des ajoncs , des pariétaires, des feuilles dé pin , de sapin ou d'autres , du lierre, delà mousse, etc., etc., en un mot, toutes les mauraises herbes qu'on a sous la main , et on les entasse, lorsqu'elles sont écrasées ou coupées, sur une surface en argile bien battue et inclinée. On a soin d'élever autour de l'emplacement dont il s'agit , un petit talus en terre, afin d'empêcher les eaux pluviales de se mêler avec le purin qui s'écoule du tas. A l'aide des herbages dont je viens de parler, on forme une meule, aussi forte que possible, dont on provoque la fermentation active en l'arrosant, en temps utile, avec une lessive que Jauffret appelle levain d'engrais. Cette lessive est constituée par de l'eau d'une mare, qu'on a fait croupir en y jetant des urines, des excréments, des dépôts d'égoùts, etc. , et à laquelle, on ajoute une certaine quantité de différents sels minéraux. On arrose abondamment la meule avec ce liquide, et l'on renouvelle cette opération à quelques jours de distance. L'échauffement de la masse est très rapide, elle fume et répand , dès le cinquième jour , une odeur de litière très prononcée. Dès lors , la fermentation qUi s'y manifeste est très active , et la chaleur , surtout après le troisième arrosage, s'élève, au centre de la meule, jusqu'à 75 degrés.

€etle hâHte température favorise f)eaucoup la décompo- BitÎQki et^ particulièreinent^ la dësagrëgatk>ii des matières ligQeuses qui eonstîtaént le tas. ^ doazÂème au quinzième jour, les végétaux sont assez diéoomposés pourpov- ¥»ir être enfotits en guise de fumier. Néanmoins , quand il y-â beaucoup d'ajoncs, de genêts et d'autres plantes ligneuses , il est préférable de laisser la désagrégation se faire pendant tout un mois. Quand on se décide & continuer le travail de- la meule/ il ne ^aut pas laisser aller la fermentation trop loin; quand on yetit Tarréter, un fort arrosement suffit. Si remplaeement est bien disposé , le purin, qui s'écoule de la meule, se i^nd dans k mare dont on a fait croupir Veau. Il est préférable, cependant, de rassembler ce purin dans un grand tonneau, enterré à la profondeur convenable pour recevoir les liquides qui suintent du tas.

Voici les formules de Jauffret , pour composer la lessive ou levain éHengrais.

Première recette*

Prix fr.

100 kilo^. de matières fécales et urines. . . 2 00

75 — de suie de cheminée . . ». . i 00

200 — de plâtre en poudre . , . . . 4 00

50 — de chaux vive .••..•« 1 50

î — de cendres de bois non lavées • .150

500 gram. de sel marin brut 20

520 — de salpêtre raffijié . , .... 25 25 kilog. de levain d'engrais provenant d'une |yrécëdènte opération , et pouvant être remplacés par 28 kilogrammes de gadoue . . . . . . 20

■.aa

Total du prix de revient fr. 10,65

Ces matières sont dëkyëes avec assez d^eau pour for* mer iO hectolitres de lessive, quantité suffisante pour convertir en engrais 900 kilogrammes de paille, ou i ,000 kilogrammes de matières végétales ligneuses, qui produisent 2,000 kilogrammes de fumier environ, revenant à :

Fr.

iO hectolitres de lessive iO 65

500 kilogrammes de paille 28 00

Main-d'œuvre â 00

Prix de revient de 2,000 kilog. d'engrais 40,65 Ce prix , comme on le voit , est beaucoup plus élevé que celui d'un égal poids de fumier ordinaire.

Deuxième bbgbtte.

Fr.

500 kilog. d'un mélange de paille de colza , de

foin mêlé de joncs et de cossettes de colza. . . iO 00

20 kilog. de vesces , trempées dans l'eau pendant quatre jours et remplaçant la matièi^e fécale 5 00

52 kilog. de chaux vive i 60

i7 — et 500 gram. d*excréments humains 70

625 gram. de salpêtre i 00

25 kilog. de suie de cheminée i 20

200 — • de terre de route remplaçant le plâtre i 00

500 gram. de sel marin 20

Main-d'œuvre 2 00

Total 20 70 Bien que d'un prix moindre que la première , cette seconde recette donne un produit encore plus coûteux quele fumier ordinaire. Il est bon d'observer, néanmoins, que le prix de certaines matières y est porté à un chiffre trop élevé.

550."* Q. — Existe-t-il d'autres méthodes pour remplacer Vengrais Jauffret?

R. — Beaucoup de cultivateurs ont cherche à modifier la méthode de Jau£fret , de manière à la rendre moins onéreuse ; voici quelques-unes des recettes proposées.

Engrais de M.' Lucy.

500 bottes de tiges de colza 25 Fr.

— de fougère 13»

— de menues paiUes , paiUes avariées 18 »

100 kilog. déplâtre 18 »

4 hectolitres de matières fécales. • • • 6 m

2 — de cendres 12 »

2—7 de poussière de charbon • • 6 »

10 kiiog. de sel et de salpêtre brut • • . 6 »

Main-d'œuvre 16 »

Total 120 Frs.

M.' Lucy, membre de la Société d- Agriculture de Meaux , prétend que cette quantité d'engrais suffît pour un hectare ; cette assertion me paraît douteuse.

M.' de Brantigny, membre du comice de Joigny, donne, ainsi qu'il suit^ le prix de revient de l'engrais Jaufiret qu^il confectionne :

Fr.

Sels . . . . 95 j J^Uèrasfécales. J 60 K ^. 3, ,^ ^,^ ^„,^,

Façon • . . 25 )

Ea terres non marnées , il faut ajouter deux francs de chaux* A Joigny , le mètre cube de fumier de bestiaux , même le moins bon , revient à trois francs.

M.' Baudouin , président du comice agricole de PaTtlIy , donne les chiffres suivants, comme représentant la façoB de i ,000 bottes de paille du poids de 6 kilog% chaque, réduites en fumier et en donnant environ 3^000 kilogr. servant à la fumure de S6 ares 75 centiares. Il faut à peu près 10 mètres cubes de verdures pour aider à la fermentation de ces i ,000 bottes de paille :

Fr. C.

Pour faucher ces verdures , 1 jour i 2 hommes 4 00 Pour les amasser , I jour de femme .... 1 00 Pour les apporter à la fernre, 1 jour de charretier,

voiture à 2 chevaux 9 00

Pour monter la meule ^ 2 jours à 2 hommes • 8 00 Pour les arrosements , 2 jours à 1 homme . . 4 00 Pour charger la meule de terre, 4 jour d^homme 2 00 Pour apporter la terre , 1/2 jour d'un charretier, voiture à 2 chevaux 4 50

Pour apporter au bassin à lessive, les matières fécales, etc., 2 jours d'hommes. . . . • . . 4 00

Total 36 50

Moosieur Baudouin ne compte pas la valeur de la paîUe, celle-ci n'étant que de la paille «variée^ brisée, des débris de tiges de colza , etc.

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