CHAPITRE XI
465.'" Q. — Quelles sont les considérations générales en faveur du système des assolements ? (Voir q. 34).
R. — Ces considérations sont assez nombreuses et en mime temps ai importantes que je crois utile de les examiner avec une attention sérieuse ; je serai d'ailleurs , le plus bref qu'il rae sera possible de l'être. Les assolements ont évidemment pour but de tirer du sol le pnrti le plus avantageux pour la prospérité de l'cxploitalion agricole , maïs pour atteindre ce but, le système a besoin d'être appliqué avec beaucoup d'intelligence. En premier lieu , il importe debien connaître la nature des modifications qu'éprouvent les terres sur lesquelles on cultive successivement des plantes différentes. Ces modifications sont nécessairement les conséquences du mode de nutrition propre à chacune on à plusieurs de ces plantes, car, je l'ai déjà dit h plusieurs reprises dans le cours de cet ouvrage , les éléments pris au sol par des végétaux différents , sont loin d'être absorbés en proportions égales pour chacun d'eux. En Outre, l'époque de la croissance à laquelle la récolte se fbit, influe considérablement sur le degré d'épuisement du teiraiD. En effet, l'époque de la croissance k laquelle
les plantes épuisent d'avantage le sol , c'est depuis le moment de la fécondation jusqu'à celui où elles mûrissent leurs semences , car c'est pour la constitution de la graine que l'élaboration organique est la plus compliquée et que les éléments nutritifs sont les plus nécessaires. L'état de la végétation au moment où la récoHè doit se faire est donc une circonstance essentielle à considérer. Lorsqu'on fauche une récolte au moment de la floraison , ou avant cette époque , le sol est de beaucoup moins épuisé que lorsqu'on la laisse sur pied jusqu'à la maturité des graines, car celles-ci réclamant une forte proportion de principes nutritifs, le terrain n'a pu les leur fournir qu'en s'en appauvrissant lui-même, dans une certaine mesure proportionnelle à sa richesse primitive. Il en est de même pour les végétaux qui , sans porter de semences , exigeni une alimentation substantielle; telles sont : les choux y le pctô^e/, le tabac y les oignons^ etc. Il est, néanmoins, à cet égard , une observation à faire , laquelle a beaucoup d'importance; c'est que les végétaux, et je l'ai démontra suffisamment dans plusieurs chapitres de ce livre , c'est que les végétaux, dis-je, ne puisent pas exclusivement leurs éléments d«ans le sol, mais en empruntent aussi à l'ak* aimosphériqucb II résulte de cette circonstance que les plantes qui , à raison de' leur organisation , soutirent de l'atmosphère une plus grande quantité d'aliments^ sont celles qui constituent les cultures les plus profitables, souê k rapport de la propftriion de matière organique créée. Une autre circonstance dont il faut aussi tenir un compte sérieux , c'est la quantité du résidu qu\ est , Bpvès la récolte , abandonné sur le sol ou enfoui dans son sein; pour les pommes de terre, on laisse les fanes , pour* la betterave, le» feuilles et les collets des racines. Il est évi*^
dent que les matériaux nutritifs rçpvés^tés par ees matières , ne doivent point être considérés comme ayant jété soustraits au terrain , puisqu'ils y retournenjt sous une autre forme.
Les récoltes les moins épuisantes s<^nt donc eellesqui , en même temps qu'elles puisent le plus énergiquement .dans l'atmosphère les éléments de leur nutrition , laissent aux terrains sur lesquels elles croissent le plus de débris végétaux. On comprend , en effet , que si la matière oiv .ganisée dont l'industrie tire parti, pouvait, dans une récolte , être représentée par le produit de l'absorption atmosphérique, il n'y aurait point d'épuisement du sol; en conséquence , plus on se rapprochera de cette condi^ ^ion dans une culture, et plus cette culture sera favorable .W maintien de la fertilité. du. sol* Ce qui précède n'est relatif qu^à la matière organiqm produite par l'élabora*tion des éléments de Tair et du terrain , mais il me reste k envisager la question au point de vue des matériaux inorganiques que celui-ci seul peut fournir, et que l'atmosphère ne contient pas. Tout ce qu'une récolte renferme de potasse, de soude, de chaux, de phosphates, de sul«iates , etc. , etc. , provient évidemment du sol et doit nécessairement l'épuiser. Comme Boussingault le fait re^ marquer avec raison relativement à ces matières inor«- ;ganiques, l'assolement pour être avantageux et pour avoir un succès durable , doit être tel que les récoltes exportées ,ne privent pas les fumiers de la quantité constante de substances minérales qu'ils doivent contenir. Exemple : une sole de trèfle perd, en moyenne, 84 kilogrammes d'alcali par hectare ; si le fourrage est consommé sur .place , la plus grande partie de la potasse et de la soude retourneront aux fumiers en passant par le bétail, de
sorte que la terre ne perdra rien , pour ainsi dire ; mais si, au contraire 9 le fourrage est vendu, il est clair que le sol de l'exploitation est appauvri de tout Falcali exporté, et qu'il faut lui rendre cet alcali par des amendements ou des engrais achetés , si on veut que la fertilité reste la même. En un mot, ragricullure ne saurait créer des matières inorganiques, et si elle les enlève au moyen des récoites, elle est contrainte de les restituer par les engrais. Cependant, ainsi que je l'ai dit déjà ( q. 257, 240), il peut se faire que par la désassociation des éléments insolubles du sol , une nouvelle quantité de substance minérale soit rendue spontanément assimilable, et dispense ainsi de l'amendement qui aurait pour but de la restituer au terrain ; mais cette richesse nouvelle ne se développant que très lentement , on ne pourra cultiver de nouveau sur le sol appauvri les végétaux qui l'ont épuisé , que lorsque l'accumulation des principes minéraux qui lui manquent se sera effectuée par la décomposition d^ roches. C'est là une des raisons qui avaient fait croire à la nécessité de la jachère ; mais il est évident qu'on cultivera avec avantage sur ce terrain, pauvre en certains principes , des plantes pour lesquelles ces mêmes principes ne sont point une condition première d'existence et qui, dès lors , peuvent s'en passer. On pourra ainsi gagner le temps après lequel la première culture pourra être reprise.
464."" Q. — Toutes les plantes exercent-elles sur le sol la même influence ?
R. — Assurément non , car toutes ne lui enlèvent pas la même proportion de principes , et surtout ne lui rendent pas la même quantité de substance fertilisante.
Schwerz, Tillustre agronome aHemand, a classé les plantes en :
Plantes qui enrichissent le sol.
Plantes qui améliorent le sol.
Plantes qui ménagent le sol.
Plantes qui appauvrissent le sol.
Plantes qui épuisent le sol.
Sans trouver cette division h Fabri de toute objection^ je la considère comme essentiellement propre à donner une idée juste des relations qui lient intimement la composition des récoltes , avec la constitution chimique des terrains qui les produisent.