MORPHOLOGIE DES LAMELLIBRANCHES
Chez les Thécosomes, ces lobes aJiformes sont dirigés en avant sur les côtés de la tête ; ils sont latéraux chez les Gymnosomes. Ces lobes semblent devoir être considérés comme représentant l'épipodium. Toutefois Ihering les considère comme une production spéciale, les parapodies , qui seraient des lobes latéraux du pied. A coup sûr, ils sont absolument comparables aux lobes du pied que nous avons décrits chez les Opisthobranclies et que nous avons aussi considérés comme de nature épipodiale.
3° Phyllirhoe. — Enfin parmi les Nudibranches, un seul genre présente une remarquable adaptation pélagique, c'est la Phyllirhoe. Ici la modification est particulièrement profonde ; elle se lie surtout à une dégradation organique, qui semble indépendante du genre de vie actuel, et qu'il est difficile d'expliquer ; le pied a complètement disparu, et le corps comprimé latéralement se ramène à. la forme d'une lame foliacée, absolument transparente.
MoiiPUOLOGIE DES LAMELLIBRANCHES.
vivent dans un état d'immobilité relative ; plusieurs sont môme fixés au rociier. De là, comme toujours, une simplification organique qui a fait longtemps considérer les Lamellibranches comme des types primitifs. Cette opinion n'est aujourd'hui plus
Les LAMELLIBRANCriES
admise. La simplicilé des Lamellibranches est un fait de régression. Ils dérivent très certainement d'animaux libres, assez voisins de la souche quia donné naissance aux Gastéropodes (1). Mais les Lamellibranches se sont séparés des Gastéropodes bien avant la disparition de la symétrie bilatérale chez ces derniers, comme l'atteste la disposition rigoureusement symétrique de tous les organes tant externes qu'internes.
La comparaison avec les Gastéropodes nous permet de com-
Kig. 358. — Mytilus edidis, L. — a, lobe palléal droit; 6, pied; c, byssus; d,e, muscles rélracteurs du pied; f, bouche; g, palpes labiaux; li, lobe gauche du manteau ; !, lame interne ; j, lame externe de la brauchie.
prendre les Lamellibi^anches, et de trouver l'orientation morphologique de leurs diverses parties. Le pied, qui est conservé, détermine la face ventrale; la bouche la portion antérieure.
La forme typique des Lamellibranches (fig. 338) est surtout caractérisée par le développement exagéré du repli palléal, qui se divise en deux lobes, droit et gauche, entourant complètement le
(l) Dans son travail sur les Lamellibranches, Pelseneer me reproche d'avoir dit « qu'il n'existe entre les Gastéropodes et les Acéphales aucun lien de descendance. » Dans mon mémoire sur le rein des Prosobranches, la parenté des deux groupes est au contraire à chaque instant déniontrée. Ce que j'ai tenu a affirmer, c'est que les l^rosobranclics nettement différenciés n'ont pu donner naissance aux Lamellibranches. Pelseneer conclut d'ailleurs que les deux groupes descendent d'ancôtres communs, qu'il appelle les I^rorhipidoglosses. C'est la conclusion à laquelle j'élais arrivé moi-même.
MORPHOLOGIE DES LAMELLlliRANGlIES. 621 corps, et libres du côLé ventral. Entre eux, se trouve la cavité palléale. La masse viscérale est très réduite ; les organes sont souvent logés en partie dans l'épaisseur des lobes du manteau. Toutefois une portion, comprenant surtout des glandes génitales et des replis du tube digestif, fait saillie dans la cavité palléale, et sa forme lui a fait quelquefois donner le nom pittoresque de bosse de Polichinelle.
En avant de celle-ci, se trouve le pied {b), qui, dans la majorité des Lamellibranches, a une configuration bien différente de celle que nous ont présentée les Gastéropodes. Mais si l'on s'adresse à des types archaïques {Nucula, Leda, Yoldia), les rapports des deux organes sont très nets. Le pied des Nucules est une sorte de gros cyhndre musculaire comprimé latéralement; sa face ventrale est formée par une surface plane et discoïde, qui s'étale sur le sable, et qui, par ses ondulations, entraîne le corps. C'est une locomotion bien voisine de la reptation. Cette disposition se retrouve, mais amoindrie, chez les Solénomijidés et le Pectunculus.
La locomotion chez les autres Lamelhbranches n'a aucun rapport avec la replalion. Aussi le pied perd-il son disque et il se termine au côté ventral par une carène longitudinale médiane. Sa forme varie d'ailleurs profondément suivant son rôle. C'est celle tantôt d'un cylindre, tantôt d'une massue, tantôt d'une hache (d'où le nom de Pélécypodes , donné souvent à la classe). En général il sert à la progression de l'animal sur le sable ou dans la vase. 11 s'allonge hors de la coquille, fixe son extrémité à un point déterminé, puis, se contractant, rapproche le corps tout entier de ce point fi.xé. Quelquefois {Cardium), la progression se fait par sauts, le pied est alors coudé. Le pied peut aussi servir à fouir. 11 disparaît dans les espèces fixées {Oslrea, Anomia) et dans d'aulres {Peclen)oix la locomotion s'effectue par l'occlusion brusque des valves. On l'a retrouvé à l'état jeune dans tous ces types, même dans l'Huître. Dans le Peclen, il sert d'abord à la reptation, puis il sécrète un byssus très net, et enfin disparaît.
II existe dans la région ventrale et postérieure du pied une glande byswr/ène, qui est typique des Lamellibranches. On la trouve déjà dans la Nucule, bien qu'elle ne sécrète pas encore de byssus. Chez les types plus élevés, cette glande sécrète un liquide qui durcit îi l'air et forme des filaments, gr;\ce auxquels l'animal s'attache aux corps extérieurs; c'est le byssus. Cette disposition est très primitive ; dans des types qui en sont dépourvus à l'état adulte, on la retrouve chez les jeunes {Anodonta). Ce sont donc des cas de régression, dont Barroia a énuméré plusieurs stades.
En rémmé, au point de vue de la morphologie extérieure,
les Lamellibranches présentent une homogénéité beaucoup plu?
grande que les Gastéropodes. Ils sont tous construits sur le
même type, et h part les genres primitifs,
Nucula, etc., qui nous permettent de saisir
les relations avec les Gastéropodes, les modifications sont insignifiantes.
Morphologie des Scaphopodes. — Les Sca-
phopodes sont représentés par une dizaine
de genres, résultant du démembrement du
genre Dentalium. L'un d'eux a été longuement étudié par de Lacaze-Duthiers et plus
récemment par Fol. Les rapports zoologiques de ce groupe sont encore un peu indécis. Il est difficile d'admettre l'opinion de Grobben, qui les rattache aux Céphalopodes. On ne peut les considérer comme issus des Lamellibranches, puisqu'ils possèdent une radula et une mâchoire. Néanmoins* les affinités avec ce groupe, développées par de Lacaze-Duthiers, semblent assez réelles. On " peut admettre que les Scaphopodes constituent un troisième rameau, ayant avec les deux groupes précédents une origine com-
Fig. 359. — Dentalium enlale L. — A, l'animal dans sa position naturelle; il est à moitié enfoncé obliquement clans le sable : c, coquille ; s, bourrelet antérieur du manteau ; d, son bord festonné ; t, tentacules. — B, l'animal sorti de sa coquille, et vu grossi par la face ventrale : q,l, tube pàlléal ; d, bord antérieur du manteau; s, bourrelet marginal ; a, échaucrure terminale du manteau; b, sphincter palléal; br, portion brancMale du manteau; v, sinus palléal médian ; f, lobes du foie; r, reins : 1,î\ extrémité trilobée du pied (Lacaze-Dothiers).
mune. Gomme les Lamellibranches, ils dérivent de Progastéropodes; ils ont évolué quelque temps dans le même sens que les Acéphales et ont dépassé même sur certains points le stade où se sont arrêtés ces derniers, comme l'indique la constitution du manteau; mais la régression de l'appareil masticateur ne s'est