ÉTUDE DES DENTS, GÉNÉRALITÉS
cas, une langue cornée et immobile. En rapport avec la forme du bec, cet organe est très étroit. Son épithélium devient corné à partir du sommet, si bien que la base de la langue seule est molle sur une plus ou moins grande longueur.
En général pointue, il peut arriver que la langue soit fourchue à son extrémité [Oiseaux-mouches)^ ou même déchiquetée en forme de pinceaux [Trichoglossins;, parmi les Perroquets).
La langue porte très fréquemment des papilles, parfois localisées sur les bords de l'organe, d'autres fois envahissant toute la face supérieure. Deux d'entre elles sont particulièrement proéminentes de part et d'autre de la base de la langue. Toutes ces papilles sont dirigées en arrière. La langue est protractile, grâce aux mouvements de l'os hyoïde. Chez les A"cs, notamment, l'os hyoïde est extraordinairement allongé, et ses cornes postérieures, à l'état de repos, arrivent jusque derrière le crâne. Mais sous l'action de muscles très compliqués, tout ce système est attiré en avant, et la langue peut ainsi faire sailUe au dehors d'une longueur très considérable.
Les Perroquets et les Rapaces, les premiers surtout, s'écartent le plus du reste des Oiseaux par leur langue épaisse et charnue ; mais elle est constituée plutôt par du tissu adipeux, des glandes et des vaisseaux que par des muscles. Aussi est-elle d'une mollesse extraordinaire.
C'est dans la classe des MAMMUi'ÈRES que la langue acquiert en volume et en importance fonctionnelle son plus grand développement. L'appareil musculaire est remarquable par sa richesse : il ne compte pas moins de dix-huit muscles; une partie sert h mouvoir l'os hyoïde ; les autres, les muscles propres de la langue, s'insèrent sur cet os ou sur le maxillaire, ou môme sur les parties molles. Outre ses fonctions sensorielles, qui seront étudiées plus loin, la langue des Mammifères intervient dans nombre d'actes physiologiques : elle concourt à la préhension, ramène sous les dents les aliments soumis à leur action mécanique, contribue h la succion des liquides, à la déglutition, et enfin chez l'Homme à. la parole.
Étude des dents. Généralités. — Les dents sont des organes durs, disposés dans la bouche ou auprès d'elle, et servant en général h la préhension et à la mastication. Ces corps prennent naissance aux dépens de la couche profonde de l'épiderme buccal (couche de Malpighi), mais le derme sous-jacent intervient aussi toujours, comme nous le verrons, pour une large part dans leur formation. Elles sont donc, dans tous les cas, d'origine à la fois exodermique et mésodermique.
R. Peiuuer. — Aaat. comp. 61
Pour mieux comprendre les homologies des dents, étudions ce qui se passe chez certains Sélaciens, le Scyllium canicula par exemple. Les écailles placoïdes qui couvrent la peau se continuent sur les bords de la bouche et jusque dans la cavité elle-même, sans changer de nature ni d'aspect; dans cette situation, elles constituent les dents qui, chez les jeunes Scyllium, ne diffèrent en rien des écailles tégumentaires. A mesure que l'animal grandit, elles prennent toutefois un développement de plus en plus considérable, et l'homologie primitive semble disparaître. Mais cette observation n'est pas moins, pour l'anatomie comparée, une précieuse indication, et Gegenbaur a pu affirmer l'identité de nature des deux sortes d'organes, affirmation que vérifie, comme nous le verrons, le mode de formation des dents.
Les dents, étant d'origine presque superficielle, sont au début indépendantes de toute connexion avec les parties solides du squelette. Elles restent ainsi mobiles pendant toute la vie chez quelques Sélaciens. Mais, le plus souvent, elles affectent des rapports plus intimes avec les os, et acquièrent par là plus de stabilité et plus de puissance. Cette union peut se faire de deux manières, soit qu'il se constitue un os d'attachement liant la dent aux parties dures sous-jacentes {synostose), soit qu'il y ait attachement par gomphose, c'est-à-dire que la dent soit logée dans une alvéole de l'os qui la porte. Ce dernier cas ne se rencontre actuellement d'une façon normale que chez les Crocodiles et les Mammifères. Cependant, on en cite quelques cas parmi les Poissons, par exemple chez le Lepidosteus.
Structure des dents. — Les dents doivent leur solidité aux sels calcaires dont elles sont presque exclusivement formées; trois éléments entrent dans la constitution de la dent : Vivoire, l'émail elle cément. Tous les trois sont imprégnés de sels minéraux, consistant surtout en phosphates et carbonates de chaux et de magnésie; mais la proportion plus ou moins grande de matière organique leur donne des degrés de dureté très différents.
Le plus important est la dentine ou ivoire., qui constitue le corps même de la dent (fig. 537,7?), C'est une matière à peu près homogène, contenant environ 28 p. 100 de matière organique, et pénétrée dans toute son étendue de petits canalicules, plus ou moins perpendiculaires à la surface de la dent. L'ivoire est toujours la plus interne des parties dures de la dent. C'en est aussi la plus constante.
En dehors se trouve l'émail [A], le plus dur des trois éléments; il ne contient que 3 à 5 p. 100 de matières organiques, et il est formé par de petits prismes striés transversalement, fortement