DÉVELOPPEMENT DES DENTS
reste de la papille dentaire demeure non calcifié [16); il s'y développe des nerfs et des vaisseaux; c'est la partie vivante de la dent, contenue à son inté-
Fig. 538. — Développement des dents chez l'Homme (figures demi-schématiques). — 1, épidémie; 2, derme; 3, couche de Malpighi; 4, couche granuleuse de l'épiderme; 5, couche cornée; 6, fond du bourgeon épidermique; 7, ses parois; 8, ses cellules internes; i>, papille dermique; 10, ébauche de la capsule dentaire; 11, pédicule rattachant le sac adamantin à la couche de Malpighi; U', formation du sac adamantin de (la dent définitive; 12, paroi interne du sac adamantin; 13, sa paroi externe; 14, cellules étoilées intérieures; 15, couche de cellules arrondies; 16, pulpe dentaire; 17, odontoblastes; 18, 19, les deux couches du sac dentaire; 20, orifice de la dent; 21, papilles ôpidermiqucs séparant des bourgeons vasculaires du sac dentaire, destinés à la nutrition du sac adamantin; 22, prismes de l'émail; 23, future surface libre de la dent; 24, ivoire.
rieur, dans une cavité ouverte seulement à l'extrémité de la racine. Elle constitue la pulpe dentaire. Cette pulpe est quelquefois tout d'une venue, abstraction faite des prolongements des odontoblastes] qui hérissent sa surface. La cavité estjalors régulière, large et simple. Plus rarement, l'ivoire est parcouru de
VERTÉBRÉS
canaux irrégulièrement ramifiés, contenant surtout des vaisseaux (c. de Havers); c'est alors de la vaso-denLine ; ces canaux, d'ailleurs, peuvcut ou bien émaner d'une cavité pulpaire distincte((ig. 4G:i,G), ou bien constituer un riche réseau de conduits anastomosés ou parallèles entre eux (dents en meules des Sélaciens).
Enfin, autour de l'ivoire de la racine se développe le cément, par calcification directe du tissu environnant. On voit, en résumé, quel rôle important joue l'organe adamantin; c'est lui qui fixe la forme de la dent; il existe toujours, même quand l'émail avorte sur la dent définitivement formée. Chacune des dents a son organe adamantin spécial, et en général les diverses dents de remplacement ont leurs sacs indépendants; il y a exception chez les Mammifères, où l'organe adamantin définitif est lui-même une colonie de l'organe adamantin de la dent de lait (C, 11').
Mais il faut surtout remarquer que la majeure partie de la dent est d'origine mésodermique; la dent n'est donc pas une simple production épidermique; elle est, avant tout, le résultat de la calcification du derme, comme nous l'avons annoncé au chapitre XIV; c'est une production homologue aux écailles des Poissons, morphologiquement identique aux corpuscules de la peau des Sélaciens, qui ne diffèrent pas beaucoup des dents de ces mêmes animaux.
Dents des Poissons. — Aucun groupe ne présente, dans la dentition, une variété comparable à celle qui existe chez les PoissOi\s. Comme il arrive souvent pour les divers organes dans les types inférieurs, ni la forme, ni le nombre, ni la situation des dents ne présentent de caractères de quelque fî.xité, et, dans une même famille, s'établissent d'un genre à l'autre des variations considérables.
Tous les os qui avoisinent la cavité buccale peuvent en porter : la mandibule inférieure, les maxillaires, les prémaxillaires, les palatins, les ptérygoïdiens, les vomers, le parasphénoïde, et même les arcs branchiaux, notamment, chez les Téléostéens, les os pharyngiens, qui représentent la quatrième paire d'arcs branchiaux.
Les Sélaciens montrent, au point de vue de la dentition, les caractères les plus primitifs. Nous avons déjà indiqué que leurs dents ne sont autre chose que des écailles delà région péribuccale, qui se sont adaptées à la préhension et à la mastication des aliments, et se sont plus ou moins modifiées. 11 n'est pas possible, en effet, d'établir de différence entre les écailles placoïdes et les dents qui garnissent les bords de la fente buccale des Raies; cellesci sont seulement plus fortes et plus serrées, et sont juxtaposées en pavé au-dessus des deux mandibules. Elles peuvent parfois se souder par leur base et former des plaques dentaires continues [{'Myliobalis, fig. S39 A).
La disposition est assez analogue chez certains Requins {Mus- Whis), notamment chez le Ceslracion, où les dents forment un pavé «n mosaïque remarquablement différencié (fig. 539 B). Mais, dans la plupart des Requins, les dents sont plus spécialisées; elles sont
DENTS DES POISSONS. 9^7 triangulaires, pointues à leur extrémité, à bords parfois finement dentés; d'autresfois, ellesprésentent plusieurs pomtesjuxtaposees. Leur forme est utilisée dans la diagnose des genres (fig. 340).
Le fait important à retenir sur la dentition des Sélaciens, c est a localisation des dents sur le bord des mandibules; la peau seule
Fig. 539. - A, Mâchoire de Myliobalis Aquila; B, mâchoire de Ceslracion.
possède la propriété de former des écailles placoïdes, la muqueuse de l'intérieur de la bouche ne peut en former.
Au contraire, chez les Ganoides, s3m[V Esturgeon, qui est tout à fait dépourvu de dents, tous les os qui entrent dans la formation des parois de la bouche, et la langue elle-même, peuvent porter des dents. Il en est de même chez les Téléostkens.
Dans ces deux groupes, les dents ont très généralement la forme de pointes droites ou recourbées en arrière, grêles et minces; elles ne peuvent pas servir à couper ou à broyer les aliments ; elles ne font que retenir dans la bouche les aliments avalés. D'après leurs dimensions, on les distingue en dents en velours, en brosse, en carde, distinctions d'ailleurs peu importantes, car les
Fig. 540. — Dents de Requin : A, B, Carcharodon ; C, Galeocerdo; D, Notidanus; E, Oxyrhina; F, Hybodus; G, Acrodus; H, I, Lamna.
dents varient même suivant le sexe et l'âge des individus. Elles sont disposées en lignes parallèles, ou plus souvent forment des rubans où elles sont très serrées les unes auprès des autres.
Chez certains Poissons, les dents peuvent toutefois présenter des formes plus spécialisées. Les antérieures ont en effet quelquefois leur extrémité aplatie, taillée en biseau et tranchante.
Ce sont des incisives {Sparidés, Balistes^ Ostracion), qui, dans le genre Scai-us, s'unissent en une lame tranchante. Sur le côté, existent dans certains cas des dents fortes, pointues, recourbées : ce sont de vraies canines {Lucioperca, Denlex, Blennius).
Enfin, quelques Poissons ont des dents aplaties et larges, des molaires, parfois sur plusieurs rangées (»!>a?'^us, Chrysoph'ys)^ notamment sur les os pharyngiens [Scisena, Pharijngognalhes). Les dents manquent chez les Pleclognatkes el les Gijmnodontes {Diodon, Jetrodon, etc.).
Les dents se développent par le processus que nous avons indiqué pour les écailles et les dents des Mammifères. Elles sont formées d'ivoire recouvert d'émail. La cavité de la pulpe persiste quelquefois, mais en général elle est envahie par l'ivoire. Chez les Sélaciens, elles sont simplement implantées dans la
Fig. 541. — Dents incisives et canines de Blennius vulgaris.
APPAREIL BUCCAL DES CYCLOSTOMES. 969 muqueuse buccale, devenue épaisse et résistante. Dans le cas le plus général, elles sont reliées à l'os sous-jacent par un ligament, ou par du tissu osseux. Elles sont alors immobiles. Ce n'est que dans des cas très rares qu'elles sont implantées dans des alvéoles [Sphyrœna, Lepidosteus).
Elles sont soumises à un remplacement irrégulier ; lorsqu'une dent est hors de service, elle est remplacée par une autre, qui se développe à côté, et dont l'organe adamantin se forme indé-
Fig. 542. — A, bouche de Lamproie vue par la face ventrale, montrant les odontoïdes, les mâchoires et l'extrémité du piston lingual. — B, coupe sagittale de la partie antérieure du Petromyzon marinus : C'h, notochorde; A, crâne et cerveau: a, section du cartilage ethmoîilien; Olf, orifice du sac nasal, se terminant en o; Ph, pharynx; Pr, cavité branchiale, avec les orifices des branchies; M, ventouse buccale avec ses odontoïdes; 2, cartilage lingual; -3, 3, anneau oral (Huxley).
pendamment, et non, comme chez les Mammifères, aux dépens du germe précédent. Le remplacement peut se faire un nombre indéfini de fois.
Appareil buccal des Cyclostomes. — Nous devons traiter tout à fait à part des Cyclostomes, au point de vue de l'appareil buccal. La bouche n'est, chez ces animaux, qu'une ventouse placée vontralement, et soutenue par les cartilages labiaux. La cavité buccale a la forme d'un cône, dont le sommet avoisine la base du crâne. Ses parois sont hérissées d'odontoïdes coniques, qui ne sont autre chose qu'un épaississement corné de l'épithélium (fig. 54"2).(I1 en existe un seul placé dorsalement chez les Myxines; il présente un rudiment d'ivoire.) Au fond do cette cavité, se trouve l'eatréo de l'oesophage, limitée par deux cartilages semi-circulaires, qu'on désigne sous les noms
de mâchoires inférieure et supérieure, mais qui n'ont aucun mouvement possible. Par l'orifice peut faire saillie un organe volumineux, la langue, ou mieux le piston Lingual, organe spécialement adapté en vue de la succion. C'est une tige cylindrique, dont l'axe est occupé par un épais cartilage en forme de sabre, et dont les parois sont formées de nombreux muscles qui peuvent la faire saillir au dehors, et dépasser l'anneau labial ou la rétracter dans sa gaine; la tète du piston est élargie, et recouverte d'une épaisse couche cornée hérissée de dents.
Dents des Batraciens. — Les dents des Batraciens sont moins variables à beaucoup près que celles des Poissons. Elles sont toujours ankyloséesà l'os sous-jacent, et ont une forme plus ou moins conique. Elles se terminent par une ou deux pointes. Ce dernier cas est la règle chez nos espèces indigènes.
Ces dents sont tellement enfoncées dans la muqueuse buccale, qu'elles sont quelquefois à peine visibles.
Les os où les dents peuvent s'attacher sont encore assez variables. Chez les formes inférieures, tous les os de la bouche peuvent en porter. C'est le cas de beaucoup de fossiles, delà Dawsonia, parmi les espèces vivantes. C'est, comme on devait s'y attendre, chez les Urodèles que la localisation est moindre. Non seulement les maxillaires, prémaxillaires et palatins portent toujours des dents, mais on en trouve aussi sur les vomers, et plus rarement sur le parasphénoïde {Plethodon, Spelerpes, Balrachoseps) et les ptérygoïdiens [Siredon^ Menobranchus). La mâchoire inférieure porte des dents attachées au dentaire et au splénial.
Chez les Anoures, les maxillaires et les prémaxillaires sont seuls toujours pourvus de dents ; les vomers en présentent aussi souvent. Par contre, la mâchoire inférieure est très 'rarement pourvue de ces organes. Le Pipa amei'icana n'en possède aucun. Enfin le Siren lacertina a les mâchoires revêtues d'un étui corné comme les têtards, et par suite dépourvues de dents, mais on en trouve sur les vomers et sur les spléniaux de la mâchoire inférieure.
Dents des Reptiles. — Les dents des Reptiles inférieurs sont très semblables aux dents des Batraciens, quoique plus développées. Chez les Bhipichocéphales, les plus primitifs de tous les Reptiles, on trouve de petites dents, disposées en l'angées régulières sur le maxillaire, le prémaxillaire, le palatin, et, à la mâchoire inférieure, sur le dentaire; on trouve même des traces de dents sur le vomer et le ptérygoïdien. Ces dents sont attachées à l'os, au sommet de petites crêtes osseuses {acvodonles). Sur chaque prémaxillaire, se voit en outre une grande dent tranchante, et, lorsque ces incisives sont usées par la mastication, les bords tranchants des mâchoires peuvent les remplacer (fig. 501).