DENTS DES REPTILES
Les Plagîotrèmes ont aussi les dents soudées aux os. Elles ne sont pas soumises à un remplacement régulier, mais de nouvelles dents peuvent se développer entre les anciennes et les remplacer au besoin. Ces organes se localisent surtout à la mâchoire supérieure, sur les maxillaires et les prémaxillaires ; mais il peut en exister sur les palatins et les ptérygoïdiens. Le bord des mâchoires est relevé chez les Sauriens par une crête saillante. C'est sur cette crête que sont fixées les dents, soit au sommet {acrodo72tes), soit sur la face interne {pleurodontes). Ce sont encore des dents préhensiles, incapables de mastication. L'incisive antérieure, que nous avons vue permanente chez VHatleria, existe dans le jeune chez les Plagiotrèmes, et sert à briser la coque de l'œuf. Mais elle tombe après la naissance.
Les dents des Serpents sont beaucoup plus variées, par suite de leur transformation, chez certains types, en appareil vénénifêre.
Les Aglyphodontes sont, à cet égard, les plus rapprochés des Sauriens et les moins spécialisés.
Ils possèdent, à la mâchoire supérieure, deux rangées de dents :
l'une, externe, sur les maxillaires, pouvant aussi s'étendre sur les prémaxillaires; l'autre interne, sur les ptérygoïdiens et Fig. 543. — Coupe d'une deul de Vipère. . les palatins. Toutes ces dents
sont coniques et pointues, sans canal intérieur et sans sillon. Les Ti/phlopidés s'y rattachent directement, mais n'ont qu'un petit nombre de dents localisées soitsur les maxillaires seuls (rv/y/iZo/Js\ soit sur les dentaires (Sienos/o/na).
Les OjAsUtoglyphes ne dilfèrent pas des Aglyphodontes au point de vue de la disposition des dents; mais les dents antérieures sont beaucoup plus développées et creusées à la partie postérieure d'un léger sillon.
Les Serpents venimeux sont autrement spécialisés. La rangée interne (palato ptérygoulienne) est seule conservée complètement. La rangée externe se réduit, au contraire, à un petit nombre de dents localisées à la partie antérieure des maxillaires. La disposition de ces dernières permet de distinguer deux groupes. Dans les Proléroghjplies, existent sur chaque maxillaire deux crochets, ou un petit nombre, creusés à leur partie antérieure d'un profond sillon, où passe le venin destiné à être introduit par la dent dans la morsure, afm de tuer la proie. Ces crochets peuveut être suivis d'un petit nombre de dents coniques et pleines, ineiVensives. Ces dents postérieures disparaissent chez les Protéroglyphes les plus différenciés {Elaps, Dinophis). Elles n'existent plus jamais chez les Solenogh/phes, les plus spécialisés des Serpents venimeux (fig. h'.^'t). Les maxillaires, très réduits, ne portent chacun qu'un crochet à poison, creusé de part en part d'un canal commençant vers la base à la face antérieure, et se terminant non loin de la pointe sur la même face. Le développement montre que ces crochets dérivent d'une dent cannelée protéroglyphc, où les deux bords do la gouttière se sont
affrontés (fïg. 543). Ces dents venimeuses sont devenues d'une telle longueur, qu'un mécanisme spécial, dont la disposition a été déjà indiquée (page 905), est nécessaire pour que l'animal ne se blesse pas lui-même. En arrière des crochets, se voient un petit nombre de dents de réserve, non encore soudées au maxillaire, mais creusées aussi d'un canal, et de grandeur décroissante en arrière. Elles sont destinées à remplacer les crochets quand ceux-ci viennent à être brisés.
Dents des Grocodiliens. — Sous le rapport de la dentition, comme pour la plus grande partie de leurs caractères anatomiques, les Crocodiliens s'élèvent au-dessus des autres Reptiles. Leurs dents, localisées sur les bords des deux mâchoires, sont implantées dans des alvéoles et soumises au remplacement vertical, sans que ce remplacement montre d'ailleurs un processus régulier. Le nombre des dents lui-même se régularise sensiblement, et on peut, dès à présent, indiquer des formules dentaires utilisables en systématique.
Ex. : Gavialis gangeticus : Comme l'indiquent ces formu-
les, les dents des Crocodiliens ont toutes la même forme, en cône très aigu. Quelques-unes cependant prennent un plus grand développement; notamment, chez les Crocodiles, la quatrième dent de la mâchoire inférieure, si développée qu'elle fait saillie au-dessus de la mâchoire supérieure, qui la laisse passer par une échancrure de son' bord latéral; et la première dent de la même mâchoire, qui s'enfonce dans un trou perçant de part en part la mâchoire supérieure.
Les Chéloniens n'ont pas de dents; leurs mâchoires sont revêtues d'un bec corné analogue à celui des Oiseaux.
Les Oiseaux sont, à l'époque actuelle, tout à fait dépourvus de dents, et leurs mandibules sont revêtues d'une couche cornée, de structure analogue aux ongles, et constituant le bec. Mais c'est là un phénomène d'adaptation, et les Oiseaux dérivent très certainement d'animaux pourvus de véritables dents.
Geoffroy Saint-Hilaire avait cru découvrir, dans la mâchoire des embryons de Perroquets, des germes dentaires en voie de développement, et avait indiqué l'existence possible d'Oiseaux pourvus de dents. Nous avons vu que ce n'étaient pas, en réalité, de véritables dents, mais de simples productions épidermiqups, des odontoïdes cornés, comparables aux papilles qui couvrent le bord du bec du Gauard. Néanmoins, cette prévision du savant français se réalisa, et, soixante ans plus tard, Marsh découvrait, dans le Crétacé des Montagnes Rocheuses, les restes de véritables Oiseaux pourvus de dents nnkylosées dans un sillon des maxillaires {Hesperornis), ou même implantées dans des alvéoles {Ic/ithyornis), et soumises au remplacement comme les dents des Crocodiles. Ces dents étaient recouvertes d'émail, comme celles de Y Archxopteryx, et il n'est plus douteux que les ancêtres des Oiseaux actuels étaieut pourvus tous de deuls réelles et bien développées.
Dentition des Mammifères. —
La dentition des Mammifères a