DIFFÉRENCIATION DES DENTS
est représentée par une somme de quatre fractions se rapportant respectivement aux incisives, aux canines, aux prémolaires et aux molaires de la moitié de chaque mâchoire, — l'autre s'en déduisant par symétrie —. Dans chaque fractionne numérateur exprime le nombre des dents de la mâchoire supérieure, le dénominateur celui des dents de la mâchoire inférieure.
La formule typique et primitive de la dentition des Mammifères comprend de chaque côté et à chaque mâchoire : 3 incisives, 1 canine, 4 prémolaires et 3 ou 4 molaires (1), ce qui revient à la formule :
Presque tous les Mammifères éocènes ont cette formule dentaire, et toutes les autres dentitions peuvent s'en déduire par réduction dans le nombre des dents. Ce nombre de 44 dents est donc — sauf de rares exceptions — un maximum, et les modifications ultérieures consistent seulement dans l'avortement d'un certain nombre de ces organes. On constate, dans les divers groupes, les stades de cette régression s'accentuant à mesure qu'on s'adresse à des types plus récents et plus spécialisés.
Cette régression même est soumise à une règle simple, qui ue soufifre que de très rares exceptions : Les incisives tendent à disparaître d'autant plus qu'elles sont plus éloignées du milieu de la mâchoire; les molaires d'autant plus qu^elles sont plus loin du point de contact entre les prémolaires et les vraies molaires (2).
Le plus souvent, les dents, après avoir acquis un certain développement, cessent de s'accroître. Leurs racines se ferment à leur extrémité, et ne laissent qu'un étroit canal, par où la pulpe communique avec le reste de l'organisme et reçoit les nerfs et les vaisseaux.
Toutefois certaines dents qui ont à supporter une usure continue ou qui sont appelées à s'allonger pour constituer des défenses (incisives et canines), ne ferment pas leurs racines; celles-ci restent constamment ouvertes, et la dent ne cesse pas de s'accroître ; ce sont des dents à croissance continue.
Différenciation des dents. — Primitivement, les dents des Mammifères devaient être, comme chez la plupart des Reptiles, semblables les unes aux autres, et tout fait supposer que cette dentition isodonte était formée de dents coniques et pointues, non masticatrices, mais simplement préhensiles. La canine dérive directement de ce type primitif; elle a gardé la forme première, et sa seule modification consiste dans un développement plus grand,
(1) Le type des Mammifères placentaires possède - molaires, mais le type
des Marsupiaux comprend -, de là Tincertitude indiquée par la formule.
(2) C'est pour cette raison que quelques zoologistes numérotent les dents à partir de ce point, et comptent par suite les grosses molaires d'avant en arrière, les prémolaires d'arrière en avant.
en rapport avec ses fonctions nouvelles. Les incisives n'ont pas eu non plus une grande transformation à subir; elles se sont comprimées et aplaties : la pointe primitive a été remplacée par une arête tranchante. Les modifications sont autrement importantes pour les molaires. Celles-ci ont, en effet, le rôle capital de la mastication. De là d'importantes transformations dont nous devons esquisser le processus dans ses grands traits.
Modifications pnoonEssivEs dus dents des Mammifères (Dôderleinl. — Partant de la forme primitive conique et aiguë, toutes les modifications se ramènent, en définitive, à la production de pointes ou de tubercules accessoires à côté de la pointe primitive, de façon que la couronne de la dent s'élargit et se complique de plus en plus. L'apparition des tubercules est d'ailleurs soumise à des règles assez constantes.
Le processus de ce développement nous est révélé par le fait qu'aux deux mâchoires les dents se compliquent d'autant plus qu'elles sont placées plus en arrière; il se forme ainsi une série continue de complication croissante de la canine à la dernière molaire.
Examinons d'abord les divers stades du développement des molaires inférieures (fig. 5i5, A-E).
10 Apparition, en avant comme en arrière du tubercule principal (2), d'un nouveau tubercule plus petit {-1,3) (dents tricuspides des Carnivores) (A);
2° Le tubercule antérieur atteint la hauteur du tubercule principal, lequel s'est divisé en deux pointes (5,^)', disposées sur une ligne transversale [dents trigonodontes) ; le tubercule postérieur reste bas, mais se développe en surface, et constitue le talon (S). C'est le type présenté par la plupart des Mammifères primitifs, et réalisé encore chez nombre de Carnassiers (B,C). On peut le représenter schématiquement ainsi :
ant. • * o post.
3» Le tubercule antérieur se réduit; par contre le talon s'est élevé et divisé en deux pointes comme le tubercule primaire, d'où la formation de quatre tubercules égaux disposés en carré [dents télragunodontes). C'est le type propre aux omnivores et aux herbivores (D,;
4° 11 se forme des lobes nouveaux en arrière du talon. Ces lobes sont très généralement bicuspides. Le cas où un seul de ces lobes supplémentaires se développe est fréquent dans les molaires postérieures d'Herbivores (fig. 546, C). Les dents des Rongeurs et des Proboscidiens ont, au contraire, un grand nombre de lobes supplémentaires.
En résumé, la marche typique du développement des molaires inférieures consiste dans la production de tubercules nouveaux en avant, mais surtout en arrière, d'où allongement des dents.
Au contraire, le trait caractéristique du développement des molaires supérieures est la prédominance de V élargissement transversal de la dent. Eu partant toujours de la dent conique (canine), le premier tubercule nouveau qui apparaisse est à l'intérieur, très nettement distinct, de sorte que la dent devient transversale (F); quand un troisième tubercule apparaît en arrière du tubercule primitif, on a encore une dent trigonodonle (A), mais de type notablement différent d'une trigonodonte inférieure, et qu'on peut représenter par le schéma suivant :
ext.
ant.
post.
int.
On conçoit que, dans une rangée de dents ainsi construites, le côté interne présente des vides eu forme de V; c'est dans ces vides que pénètre la partie