CHAPITRE PREMIER INTRODUCTION — PRINCIPES GÉNÉRAUX
§ pi". — Définition, esquisse historique.
L'Âuatomie comparée a pour but d'étudier les modifications et les variations des organes chez les animaux. C'est par elle que l'on arrive à déterminer les véritables affinités des êtres les uns par rapport aux autres. Elle touche par là de bien près à la Zoologie proprement dite, à laquelle elle fournit une méthode suggestive, en permettant d'établir des classifications naturelles. C'est là en définitive son rôle essentiel. Elle est de la sorte le couronnement de toutes les autres sciences biologiques, dont elle résume et coordonne les résultats. A ce titre, elle offre une haute portée philosophique, qui lui a valu le titre un peu ambitieux d'Analomie philosophique ou Anatomie tramcendanle, que lui donnait Serres, un de ses illustres adeptes.
On considère généralement Cuvier comme le fondateur de l'Anatomie comparée. Si on voulait remonter aux origines mêmes, il faudrait reculer bien plus loin l'époque de cette création. Celui qui, le premier, a tenté de réunir dans un même groupe les animaux semblables et d'établir une classification, a posé les premières bases de l'Anatomie comparée. Il faudrait donc aller jusqu'à Aristote, ou tout au moins à Linné, pour rechercher l'origine de cette science.
En réalité, elle n'existait alors qu'à l'état embryonnaire, confondue avec toutes les autres branches de la biologie. Ainsi, au début de toute science, les limites sont mal établies, les buts à atteindre multiples, et ce n'est qu'après de longues éludes préliminaires, que ces divers buts se dégagent avec plus de netteté, arrivent à s'isoler les uns des autres, et deviennent chacun l'objet d'une science particulière.
iJoplus, les prédécesseurs de Cuvier ne s'occupaient guère que 11. PenniEn. — Auat. comp. 1
des caractères extérieurs des êtres ; ils avaient presque entièrement négligé l'étude de leurs caractères internes. Ils s étaient parla même fermé le plus précieux domaine d'investigation.
Il était réservé à Cuvier d'ouvrir .une voie nouvelle, en inaugurant les recherches anatomiques, et en étendant ses investigations, conduites par des dissections soignées, à tous les groupes du règne animal.
C'est avec lui que commence la seconde période des études comparatives, qui eut son apogée en France. Elle fut illustrée par une pléiade d'hommes de génie, Geoffroy Saint-Hdaire, Lamarck, Serres, Henri Milne-Edwards , Agassiz, Owen, de Quatrefages, Blanchard, de Lacaze-Duthiers, d'autres encore. Grâce à eux, sont posés les principes fondamentaux, que nous exposerons tout à l'heure. Les liens réciproques des animaux sont compris d'une façon de plus en plus exacte; l'innuence du milieu sur leurs variations et leur adaptation aux conditions d'existence sont reconnues par Lamarck. L'Anatomie comparée en un mot prend la place qu'elle doit occuper à la tète des sciences naturelles.
Avec Darwin commence une troisième et dernière période. La doctrine transformiste donne de nouvelles tendances à l'Anatomie comparée, une nouvelle signification aux résultats qu'elle fournit. Les rapports que les zoologistes pressentaient entre les êtres, mais dont la nature était pour eux mystérieuse, deviennent de véritables liens de parenté, des affinités fondées sur la loi générale d'hérédité. On arrive, par des déductions aussi simples que grandioses, à admettre que le développement d'un être, depuis l'œuf jusqu'à l'état adulte, reproduit avec un degré plus ou moins grand d'abréviation, les diverses phases par où a dû passer son espèce, depuis le stade Protozoaire (simple cellule) jusqu'à l'état actuel. Aussi Técole moderne poussera-t-elle avec énergie les recherches embryogéniques, qui jettent une vive lumière sur l'histoire des êtres vivants et sur leur mutuelle parenté.
C'est là la caractéristique des tendances actuelles, qui commencent seulement à se répandre en France, par suite de l'opposition qu'on a si longtemps faite à la doctrine transformiste. Les travaux zoologiques y ont bien subi forcément l'influence des idées nouvelles, et l'impulsion donnée par de Lacaze-Duthiers aux études embryologiques, est l'indicele plus remarquable de cette tendance. Mais cette opposition à la théorie évolutionniste n'en a pas moins été regrettable ; car elle nous force à rechercher à l'étranger les noms illustres représentant cette