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CHAPITRE III MÉSOZOAIRES

Entre les Protozoaires, dont le corps est constitué par une seule cellule, ou par plusieurs cellules non différenciées en tissus, et les Métazoaires, dont le corps est toujours formé de cellules disposées en trois feuillets distincts : ectoderme, mésoderme et endoderme, il existe un hiatus considérable. Si, au lieu de voir la série des élres, on étudie l'ontogénie, on constate qu'une pareille séparation - n'existe pas. Entre les stades œuf et morula, qui représentent le type protozoaire, et le stade à'einbryon avancé qui est déjà métazoaire, il existe toujours, sauf peut-être chez quelques parasites, un stade intermédiaire, le stade gaslrula, où les cellules sont divisées en deux feuillets, l'ectoderme et l'endoderme.

Ce qui existe en ontogénie a dû exister également dans la phylogénie, et il est certain que le stade gastrula a dû exister, au moins à une époque déterminée, à l'état d'espèce distincte. Hseckel a donné le nom de Gaslrœa au type hypothétique répondant à cette définition.

Exisle-t-il encore aujourd'hui des êtres demeurés à ce stade inférieur?

Poussés par l'idée de continuité, les zoologistes ont cru plus d'une fois avoir trouvé de pareils types intermédiaires. Mais plus d'une fois aussi, un examen plus attentif a montré qu'il n'en était rien, et que l'on était en présence de vrais Métazoaires.

Un petit nombre d'êtres, toutefois, semblent réaliser les conditions nécessaires, et établir un trait d'union entre les deux grands sous-rognes. Pour cette raison, ces animaux ont été réunis dans un groupe spécial, créé par E. van Beneden, sous le nom de

MÉSOZOAIRES.

Tous parasites, ils se divisent en deux classes : IMes Orthonecti- DEs, découverts par Giard et comprenant le seul genre /ihopalura, avec 2 espèces: Wiopalura Giardi, parasite d'une Ophiure, VAmphiura squamaia, et R. Inloshii, parasite d'une Némerle, le Lineus lacteus.

MÉSOZOAIRES.

2° Les DiCYÉMiDES, plus nombreux, lous parasites des Céphalopodes.

Caractères des dicyémides. — Ce? derniers, les plus simples, ont le corps formé d'un petit nombre de cellules, variant avec les espèces, mais toujours peu élevé (fig. 72). L'une d'elles est placée à l'intérieur, et consti tue à elle seule l'endoderme. Les autres recouvrent la précédente, et forment un exoderme multicellulaire, mais à une seule couche. Les cellules de la partie antérieure, en général dilTérenciées, constituent la tête (t), et portent le nom de cellules polaires {Dicijema, Dicyemennea). Cette région antérieure n'est pas différenciée chez les Hétérocyémides (2 espèces : Conocyema polymorphus, parasite d'Octopus vulgaris; Microcyema Vespa, parasite de 5epia officinalis).

Développement des Dicyémides. — La reproduction, fort curieuse, a pour siège uaique la cellule endodermique. Celle-ci commence par donner par division une petite cellule à chacune de ses extrémités. A leur tour, ces deux cellules, par des bipartitions successives.

Fig. 72. — Dicyema typus. — t, tête; n, noyaux des cellules ectodermiques (WiirrMAN).

73. — Développement du Dicyema typus. — A. Embryon vermiforme. — B. Embryon infusoriforme, vu de face. — G. Le même, vu de profil ; — D, le même, vu parle pôle supérieur. — E, détail de l'urne vue comme en D : r, corps réfringents; /, couvercle de l'urne ; gr, corps granuleux remplissant la cavité de l'urne ; u, noyau de la cellule endodcrmique (van Bëneden).

donnent naissance à un certain noaibrc d'autres cellules, qu'on désigne sous le nom de cellules germes. Chacune se développe en donnant un embryon ayant, à la taille près, l'organisation de l'adulte. Ce sont les embryons vermifotmes (fig. 75 A), qui sortiront de l'organisme maternel par le pôle oral, pour se rendre dans le corps spongieux du Céphalopode qui leur sert d'hôte ; c'est là qu'ils arriveront à l'état adulte. On désigne sous le nom de Néniatogènes les individus qui donnent ainsi naissance à des embryons vermiformcs.

ÉTUDE DES ORTnONEGTIDES.

11 en est d'autres qui se comportent autrement, au moins dans les premiers temps. Ce sont les Rhombogines.

Les cellules germes n'y dépassent pas le nombre de huit. Quand ce nombre est atteint, chacune d'elles se segmente et donne un groupe de cellules désigné par Whitman sous le nom à'infiisorigène ; il est constitué par une cellule centrale (germigene) entourée par un certain nombre d'autres cellules. Le germigene se divise un grand nombre de fois, et produit des cellules qui se détachentFune après l'autre ; ce sont elles qui formeront les embi-ijons iiifiison/bnnes. Mais après que ce processus s'est continué quelque temps, les cellules issues du germigène dans une dernière génération, et les cellules qui entouraient ce dernier se séparent, remplissent la cellule endodermique du parent, et chacune d'elles donne un embryon vermiforme. L'individu, derhombogène qu'il était, est devenu nématogène. C'est, suivant l'expression de Whitman, un nématogène secondaire.

Les embryons infusorifoimes ont un aspect tout spécial (Qg. 73, B-E). Ils ont la forme d'une toupie, dont la grosse extrémité, la tête, est dépourvue de cils, tandis que la queue, attéuuée, est ciliée. Dans la tête, à côté de deux corpuscules réfringents {r) qui ne sont que deux cellules ectodermiques modifiées, se trouve un organe particulier, l'urne, dont les cellules internes présentent de nombreuses granulations, animées d'uQ mouvement continu, et qui peuvent être expulsées, semble-t-il, à la volonté de l'animal (gr).

On ignore le sort ultérieur de cet embryon infusoriforme. Deux hypothèses ont été émises à cet égard : suivant l'une, cette forme embryonnaire nageante, et vivant librement dans l'eau de mer, serait destinée à propager l'espèce, d'un Céphalopode à l'autre; d'après l'autre, cet organisme serait une forme adulte màle, et les granules de l'urne représenteraient les spermatozoïdes.

Ilhopalura Giardi, femelle. — a, tête ; b, abdomen ; c, col (Julien).

Étude des ORTaoNECiiDES. — Les 0?-- Ihonectides sont un peu plus élevés en organisation (Qg. 7-4). L'endoderme est formé de plusieurs cellules. Le fait Fig. 74. capital de l'anatomie de ce petit groupe est la diiïérenciation des cellules endodermiques en deux espèces distinctes: les intérieures, polyédriques, destinées à produire les éléments reproducteurs; celles de la périphérie, Qbrillaires, et transformées en éléments musculaires.

L'ectoderme est formé d'une seule couche de cellules ciliées, mais il est divisé par des sillons en un certain nombre d'anneaux [a, b, c). Le développement est de la plus grande simplicité 1 œuf se segmente et donne deux cellules : la plus grosse reste

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longtemps slationnaire; c'est la cellule entodermique. L'autre se segmente, elles cellules qu'elles donnent ne tardent pas à recouvrir la cellule entodermique. C'est alors que celle-ci va se diviser en trois cellules situées en file ; les deux extrêmes sont destinées à donner les fibrilles musculaires ; la cellule médiane donne, au contraire, les cellules reproductrices.

Ainsi constitués, les Mésozoaires, avec leurs deux feuillets, semblent bien former le trait d'union tant cherché entre les Protozoaires et les Métazoaires. Toutefois de graves objections ont été soulevées contre cette manière de voir. Pour que ce groupe soit bien justifié, il faudrait que sa simplicité d'organisation soit réellement primitive, et ne soit pas le fait d'une dégradation. A cette condition, on pourrait regarder les Mésozoaires comme représentant le stade par où les Métazoaires ont dû passer.

Mais ces faits sont loin d'être prouvés. Le parasitisme qui est la condition commune à tous les Mésozoaires entraîne toujours, comme on le sait, une dégradation organique très grande. Il en a donc dû être de même ici, et les Mésozoaires descendraient, par suite, d'êtres mieux organisés. Ce seraient des Métazoaires dégénérés. C'est encore ce que semble indiquer le mode de formation de la gastrula, par épibolie, mode qui ne se rencontre guère dans les formes primitives.

C'est surtout chez les Orthonectides que l'embarras est grand. Que représente cette couche fibrillaire interposée entre l'ectoderme et les cellules polyédriques de l'endoderme? Sont-ce des éléments comparables aux cellules épithélio-musculaires des Cœlentérés? Sont-ce au contraireles rudiments d'un véritable mésoderme, nés comme cela arrive souvent chez les Métazoaires, de l'endoderme? Ce sont là, dans l'étal actuel de la science, des questions sans réponse. Si la seconde hypothèse était la vraie, les Orthonectides ne seraient même pas des Métazoaires dégénérés, ce seraient de vrais Métazoaires.

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