ETUDE DE L'IIYDHE D'EAU DOUCE
1° Si l'on morcelle un individu, il se reconstitue complètement de lui-même. Si la section est transversale, il se forme un nouveau pied et de nouveaux tentacules; si elle est longitudinale, le fragment s'enroule, et les deux bords de la plaie s'affrontent et se soudent (1). Trembley a obtenu ainsi d'une seule Hydre 50 individus, en prenant la seule précaution d'attendre que les effeta des premières sections aient été un peu réparés. Mais ce n'est pas là un procédé naturel de reproduction. La reproduction par division ne s'observe que chez la Protohydra. Les faits précédents nous montrent cependant que, malgré celte individualité si nette au premier abord de l'Hydre d'eau douce, les éléments analomiques conservent une indépendance presque complète. On doit en conclure que chaque élément anatomique, possédant sa vie propre, est un individu ; il s'unit à ses congénères et se solidarise avec eux de façon à constituer une individualité d'ordre plus élevé, l'individuahté de l'Hydre, mais celle-ci reste encore relativement peu définie.
2" La reproduction sexuée s'effectue par la conjugaison d'œufs et de spermatozoïdes portés par le même individu. Ces éléments prennent toujours naissance dans l'ectoderme. Au point où ils se trouvent, se forme une saillie qui grossit jusqu'à leur maturité, et qu'on désigne sous le nom de gonop/iore. Les gonophores mâles se forment à la partie supérieure, les femelles à la partie inférieure. Ceux-ci donnent naissance à plusieurs œufs, mais un seul arrive à maturité, les autres s'atrophient et leur substance sert à la nutrition de l'œuf définitif.
3° Le procédé qui nous intéresse le plus est le procédé de reproduction par bourgeonnement (fig. 90). Les bourgeons peuvent se produire partout, mais surtout au point de jonction du corps et du pied. Ce sont d'abord de petites proéminences à la formation desquelles prennent part les trois feuillets. Le bourgeon grandit rapidement; il est creusé à l'intérieur d'une cavité qui communique avec la cavité gastrique de la mère ; bientôt, il se produit une ijouche à l'extrémité ; celle-ci s'entoure de tentacules, et on a une seconde hydre pareille à l'hydre mère.
Mais ces blastozoïdes ne restent pas longtemps attachés au point où ils se sont formés, ils se séparent bientôt pour mener une vie indépendante. L'Hydre ne forme donc pas normalement
WTnPAiRWY, M(<moires pour servir à l'histoire d'un genre de Polype d'eau douce à bras en forme de cornes. Leyde, 1744. - Trembley avait eu outre indiqué que l Hydre d'eau douce pouvait être relouroûe comme un gant, et que d-ius CCS coaditiona, l'ectoderme et l'endoderme échangeaient simplement' leurs fonctions. Los expériences d'EngcImaun et de Marsliall viennent à l'eucoutro de ces couclusious (Z. A., t. I, 1878. - Z. W. Z., t. XXXVII, 1882)
de colonies; il en est de même pour un pelil nombre de genres {Hydra, Protohydra{i), Microhydra, Tldarella, Corymorpha, Ileteroslephanus, Monocaulus). Cependant dans certaines conditions, lorsque par exemple on donne à l'animal une nourriture abondante, les bourgeons ne se séparent pas de l'Hydre mère, et on a pu compter jusqu'à 13 blastozoïdes portés sur un même individu primitif et portant eux-mêmes des bourgeons; c'était, on le voit, une véritable colonie, mais accidentelle et nullement normale.
Colonies d'hydraires (2). — Chez laplupart des Ilydraires marins, la réunion en colonies est devenue absolument générale; de l'individu né directement de l'œuf (oozoïde) naissent par bour-
Fig. ^1. — Hydraclinia cchinala, sur une coquille de Buccinum undalwn, vivant eu commensalisme avec un Pagure (Allmann).
geonnement une multitude de polypes nouveaux (blastozoïdes), qui restent attachés ensemble de façon à constituer une colonie. Ces polypes sont portés sur un support commun qu'on appelle Vhydrorhize. Il est formé de filaments creux faisant communiquer entre elles les diverses cavités gastriques. Ces filaments sont tantôt ramifiés en arborescence, tantôt enchevêtrés en un réseau plus ou moins serré, qui s'attache aux corps étrangers, et d'où émergent les polypes (fig. 92); ceux-ci peuvent être sessiles, ou portés au sommet d'un pédoncule ramifié [hydrocaule). Les tissus qui composent la partie vivante de cette hydrorhize constituent le cœnosarc. On y retrouve les éléments du corps des polypes; l'ectoderme n'a généralement qu'une couche de cellules; les
(1) La Protohydra uc produit pas de bourgeons. „ . . ,
(2) AI.LMAN, A Monor/rapinj of Gymnoblaslic or Tubulartan Hydroides, 1871-1876.
PÉRISARC DES HYDRAIRES.
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nématocystes et les cellules musculaires y manquent ou sont peu abondants.
Squelette des uydraires ou périsarc. — Les colonies d'PIydraires présentent fréquemment une enveloppe de soutien, un squelette chitineux, mais sa disposition varie avec les groupes. On le désigne sous le nom de périsarc. Dans l'ordre des Hydraires il est très peu développé. Il n'existe, chez l'Hydre et quelques autres genres (Coi'ijmorpha, etc.), que comme une délicate cuticule, recouvrant l'ectoderme et ne laissant que quelques pores pour le passage des nématocystes.
Dans ce cas, la colonie ne peut se soutenir, et est forcée de ramper sur les objets qui sont à sa portée. Chez les autres Hydraires, il constitue un revêtement chitineux, entourant l'hydrorhize et les hydrocaiiles et permet la constitution d'une colonie arborescente. Mais jamais dans ce groupe il n'entoure les Polypes.
11 n'en est pas de même chez les Campanulaires, où le tube chitineux forme un calice autour de chaque polype (fig. 93 et 94). La colonie est ainsi recouverte
Fig. 93. — Campanularia (Obeluria) gelatinosa, Pall. — a, rameau de l'hydrocaule ; b', bourgeons en voie de développement;
c, c', loges (hydrothèqucs) vides de polypes ;
d, d', d", polypes à divers étals de rétraction; e, gonothèqiie vide ; e', e", développement des gonophores (méduse = Obelia); /', cœnosarc; g, élrangiemcnls annulaires à la base des rameaux (Van Benkden).
dans toute son étendue par le périsarc; elle prend une forme arborescente, dans laquelle les polypes sont pédonculés (Campanulaires) (fig. 93) ou sessiles. Dans ce dernier cas, ils peuvent être disposés sur un seul rang (Plumulaires) (fig. 94), ou sur deux rangs, opposés ou alternes (Sertulaires).
CŒLENTÉaÉS.
FORMli DES POLYPES.
— Les polypes ont une forme plus ou moins analogue aune Hydre , mais avec des variations dans la forme et la position des tentacules et des autres parties du corps.
Les tentacules sont en général al)ondanls, mais leur nombre se réduit dans quelques cas exceptionnels. Il y en a 8 chez les Myriothela, 2 seulement dans le Lar Sabellarum (1), et même 1 dans le Monobrachium (2).
Ils se disposent autour de la bouche suivant un cercle ou deux cercles [Tubulariidés). D'autres fois, ils sont épars sur la partie antérieure du corps ( Corynidés, Clavidés), et peuvent même {Myriothela) se concentrer dans la région pédieuse.
pjo-. 95. Portion du polypier d'Anlennularia anteniiina, Flein.
a, hyJranllic épanoui; b, hydranthe rétracté ; c, hydrollièque ; d, segmculs successifs du polypier ; e, nématophores impairs, a protoplasma rétracté: e', les "i«,'»^s ^l^ut le protoplasma émet des pseudopodes ; f, nématophores pau's, a pseudopodes épanouis.
(1) HiNCKS, A. N. II., -i" sér., t. X, 1872.
(2) MeuesciikowsivY, id., ibid., t. XX, 1877.