ADAPTATIONS SUPERPOSÉES
Clopoiies nous montreront cette adaptation. Les branchies qui servaient à la respiration aquatique persistent clans certains cas ; elles peuvent encore fonctionner comme organes respiratoires, grâce à une provision d'eau que l'animal va renouveler de temps en temps, ou à une humidité que des dispositions anatomiques spéciales maintiennent toujours constante à la surface de ces branchies.
Mais en général la protection de ces délicats organes contre la dessiccation est inefficace. Les feuillets ou les filaments branchiaux que l'eau tenait écartés les uns des autres, s'accolent entre eux dans l'air; la surface respiratoire est par là même réduite à bien peu de chose, et la dessiccation arrête rapidement l'échange gazeux. La modification est alors plus profonde; les branchies disparaissent et on voit apparaître des poumons. Les Batraciens nous montreront nettement cette forme du passage de la vie aquatique à la vie aérienne. L'appareil circulatoire subit des modifications concomitantes.
Lorsque l'animal marin était un animal nageur, l'appareil locomoteur doit subir lui aussi de profondes modifications. C'est ainsi que les membres des Poissons diffèrent complètement de ceux des Vertébrés aériens. La forme du corps participe ainsi dans une large mesure aux modifications qui résultent du changement de milieu.
Adaptations superposées. — On peut établir que tous les animaux terrestres descendent d'êtres aquatiques, d'êtres marins. Mais inversement un certain nombre de ces animaux terrestres peuvent se réadapter jusqu'à un certain point à la vie aquatique. On en rencontre de remarquables exemples dans les groupes les plus nettement aériens : les Arachnides, les Insectes, les Mollusques pulmonés, les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères. En général l'adaptation nouvelle modifie peu les organes respiratoires. L'animal continue à respirer l'air en nature, et il doit revenir de temps à autre à la surface de l'eau, renouveler sa provision de gaz respirable. Cela est constant pour les Vertébrés, les Pulmonés et les Insectes adultes. Seules, un certain nombre de larves d'Insectes, et parmi les Arachnides, les lijjdracnes, sont complètement adaptées à la vie aquatique; encore verrons-nous que la modification qui en résulte est bien peu profonde.
C'est sur l'appareil locomoteur que portent en général les modifications essentielles. Les pattes, primitivement faites pour marcher sur le sol, se transforment en nageoires. Celte transformation peut se faire de plusieurs façons et s'appliquer soit ù une paire de pattes, soit à tous les membres. Ainsi, chez les Vertébrés,
tantôt les doigts sont simplement bordés par un large repli membraneux (Foulque, Grèbe); tantôt ils sont complètement réunis par une membrane (Crocodiles, Palmipèdes, Castor, Loutre) ; tantôt enfin, le membre tout entier se transforme, les doigts se réunissent, et la main devient une large palette, où les doigts perdent peu à peu leur individualité. Les divers stades de cette transformation sont représentés cbez les Vertébrés par les Phoques, les Tortues marines, les Sirénides, les Cétacés. L'aile des Plongeons, des Pingouins et des Manchots s'est transformée de même en une nageoire, en perdant plus ou moins complètement sa l'onction primitive, le vol.
Ainsi peuvent se superposer des adaptations successives qui viennent compliquer de plus en plus la structure du corps de l'individu, chacune d'elles laissant la trace évidente des modifications qu'elle a entraînées.
Influence du genre de vie de l'animal : développement d'un ORGANE FRÉQUEMMENT EN ACTION. — La complication grandit bien autrement si l'on tient compte des diverses manières de vivre que peuvent offrir les animaux dans un même milieu. Toujours pour éviter les funestes conséquences de la lutte pour la vie, les animaux qui habitent un même milieu se partagent pour ainsi dire le domaine qui leur est échu pour l'exploiter chacun d'une façon particulière. De cette adaptation à une nouvelle manière de vivre, résultent des transformations anatomiques extrêmement intéressantes. Chaque genre de vie nécessite une disposition spéciale des organes. Le développement de ces caractères d'adaptation s'explique facilement par les deux lois suivantes énoncées par Lamarck :
1° L'emploi fréquent et soutenu d'un organe quelconque fortifie peu à "peu cet organe, le développe, l agrandit et lui donne une puissance prépondérante ;
2° Le défaut constant d'usage d'un organe raffaiblit invariablement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître.
Les preuves de ces deux lois sont d'observation courante; leurs applications abondent : les animaux des cavernes sont tous aveugles ; il en est de môme de beaucoup de Crustacés des grands fonds, qui par contre ayant constamment à faire usage du tact, ont les organes spéciaux du toucher, antennes et pattes, développés démesurément. Les modifications résultant de l'usage ou de la perte de fonction d'un o-rgane, faibles d'abord, vont en s'accentuant de génération en génération, et finalement constituent des caractères tout à fait typiques. C'est grâce à ces