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CHAPITRE V

Arrivé à la famille des quadrumanes, les plus parfaits des animaux connus, dit-il, et surtout au genre orang qui termine la série entière comme la monade la commence, il passe à l’homme, auquel il s’arrête pour montrer que, ici encore, « les caractères dont on se sert pour en former, avec ses variétés, une famille à part, sont tous le produit d’anciens changements dans ses actions, et des habitudes qu’il a prises et qui sont devenues particulières aux individus de son espèce. »

Supposons, dit-il, « une race quelconque de quadrumanes, la plus perfectionnée », et plus loin il cite l’orang d’Angola, ou troglodyte, celui qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de chimpanzé; « si, par la nécessité des circonstances ou par quelque autre cause, elle perdait l’habitude de grimper sur les arbres et d’en empoigner les branches avec les pieds, comme avec les mains, pour s’y accrocher, et si les individus de cette race, pendant une suite de générations, étaient forcés de ne se servir de leurs pieds que pour marcher et cessaient d’employer leurs mains comme des pieds, il n’est pas douteux que ces quadrumanes ne fussent à la fin transformés en bimanes, et que les pouces de leurs pieds ne cessassent d’être écartés des doigts, ces pieds ne leur servant plus qu’à marcher » (1).

Par un raisonnement analogue on comprend que les individus de cette race arrivent à se tenir droit, à perdre le développement excessif de leurs mâchoires, à acquérir un angle facial plus ouvert. Ces résultats étant obtenus par des habitudes nouvelles, cette race Unirait par dominer les autres races d’animaux, par les maîtriser. Dès lors ses besoins s’accroîtraient, par conséquent ses idées et l’obligation d’augmenter et de varier en proportion les signes propres à communiquer sa pensée. Ces premiers résultats la pousseraient à de nouveaux efforts pour mieux se faire comprendre. Quelques sons inarticulés en petit nombre se produiraient, les organes de la parole se développeraient parallèlement, l’usage ferait naître la fonction, et bientôt cette race parlerait.

Pour que de semblables transformations aient lieu il ne faut que du temps : la nature en a de reste. 11 s’en opère incessamment autour de nous, mais nos générations se succèdent et ne savent pas les prendre sur le fait. Mais supposons la vie humaine d’une seconde, et que dans ces conditions un homme regarde l’une de nos montres, non seulement la grande mais la petite aiguille lui paraîtront immobiles. Trente générations, en trente secondes, n’en verront pas davantage, et cependant une observation méthodique nous apprend que ces aiguilles se déplacent, qu’elles avancent toujours, qu’elles font le tour du cadran (2). Telle est la stabilité apparente des espèces et l’immobilité de la nature. Nous ne voyons pas ses transformations, et cependant elles ont lieu.

Jusqu’à sa mort Lamarck resta fidèle à ses idées, particulièrement dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres , en 1815, dans son

(1) Ouvr. cité, t. 1, p. 340.

(2) Ouvr. cité, t. II, p. 425.

HISTORIQUE

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