GEOFFROY SAINT-HILAIRE
Système des connaissances positives de l'homme, en 1820, et dans son article sur « l’Espèce » du Dictionnaire d' Histoire naturelle de Deterville , paru peu après (1).
Etienne Geoffroy Saint-Hilaire continue les idées moyennes de Buffon comme Lamarck s’est intronisé dans ses idées avancées. Seul en France peut-être à ce moment il entrevit la hauteur de vues de son collègue du Muséum, mais sans oser le défendre. Tout en s’élevant bien au-dessus de Cuvier, il n’atteignait pas l’envergure de Lamarck.
Trois écoles bien caractérisées au point de vue philosophique, répondant à trois tendances de la nature humaine, existaient en effet dans la science au commencement de ce siècle. La première, dont les précurseurs remontent bien au delà et se retrouvent au berceau de toutes les sciences, naquit vers 1797 avec son chef le plus autorisé, Schelling. Partant de conceptions à priori, elle donnait un libre cours à son imagination, raisonnait sur tout et ne demandait à l’observation que plus tard la confirmation de ses théories. Cela est, parce que cela doit être et que c’est rationnel, se disait-elle. « La science tout entière est fondée sur le raisonnement; philosopher sur la nature c’est la créer, » se plaisait-elle à répéter. Goethe, qui réduisait toute la morphologie des plantes aux modifications subies par la feuille, Tréviranus, Wagner, Oken, qui dans le corps entier, dans le crâne ne voyait que des vertèbres, et ses imitateurs Spix, Carus, furent de ses adeptes. C’est Yécole des philosophes de la. nature, qui, notablement amoindrie, règne encore de l’autre côté du Rhin.
La seconde, l’opposée de la précédente, dont on retrouve de même de nombreux précurseurs en remontant le cours des sciences, par exemple dans Linné, Blumenbach, Daubenton, avait pour chef Cuvier. Procédant uniquement par les faits, son objectif se limitait à la recherche et à la description des caractères, des espèces et des genres, et ne s’élevait pas à l’explication et à l’enchaînement des phénomènes. L’idéal auquel toute la science devait tendre, c’est la classification. Aussi l’appelle-t-on Yécole des faits . Beaucoup de faits et peu de méditations, eût-elle dit volontiers. Les principes de la subordination des caractères et de la corrélation des caractères sont les sommets les plus élevés qu’elle ait atteints, principes du reste féconds, qui ont permis à Cuvier de reconstituer des formes paléontologiques éteintes à l’aide de quelques débris frustes.
(1) Pour la liste des œuvres de Lamarck, voir Y Éloge de Lamarck par Et. Geoffroy Saint- Hilaire en 1819 ( Fragments biographiques, 1838).
Ne pas confondre avec l’éloge du même, par Cuvier. Dès les premières pages. Cuvier s‘en prend à « ses conceptions fantastiques » et se propose, dit-il, non de l’admirer, mais de l’offrir en étude aux générations futures. Oui, pour Lamark, s’écrie-t-il plaisamment, « ce ne sont plus les organes, c’est-à-dire la nature et la forme des parties, qui donnent lieu aux habitudes et aux facultés, ce sont les habitudes au contraire et la manière de vivre qui, avec le temps, font naître les organes; » Les espèces n’existeraient plus dans la nature U!