‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 112 sur 980 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

HO

L’organe et sa fonction sont solidaires, disait-elle, le but à atteindre suivant la volonté du créateur prime tout : telle lonction, tel organe; c’était la doctrine des causes finales. Pour elle, les groupes étaient nettement séparés; pas de transitions ; entre l’homme et le premier des singes, un hiatus.

La troisième école, intermédiaire entre les deux, est celle d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, qualifiée d 'école philosophique. Partant des faits, comme l’école de Cuvier, elle en diffère parce qu’elle s’empresse d’en tirer les inductions les plus étendues, sans dépasser toutefois certaines limites. Telle était la méthode de Buffon, bien qu’il eût une disposition à aller au delà, qu’il cherchait à maîtriser.

La vie entière de Geoffroy, malgré la multiplicité de ses travaux, se concentre autour d’une grande loi, celle d’unité de composition organique, par laquelle il fit faire à l’idée transformiste le plus grand pas qu’elle ait réalisé. Qu’on laisse, dans cette vaste conception, ce qui ressort de la géologie et de l’embryologie, qu’en reste-t-il ? L’unité de composition du règne animal établi par Geoffroy, et des hypothèses sur les voies et moyens.

Cette loi, ou mieux ce fait, dont on oublie l’auteur et que personne ne conteste plus, Geoffroy y arrive par sa théorie des analogues et son principe des connexions. On la voit se développer peu à peu dans le cours de sa vie, mais toujours à la remorque d’observations recueillies patiemment le scalpel à la main. Elle naît en 1795 dans son Mémoire sur les makis. A propos de l’aile de l’autruche, en 1800, la considération des organes rudimentaires s’y ajoute; puis le principe du balancement des organes. Successivement, à propos des organes électriques de la torpille, du sternum des poissons, de l’os tympanique des oiseaux, du crâne de l’homme et du crocodile, de l’appareil hyoïdien des quatre classes de vertébrés, cette doctrine grandit. Il la démontre chez les mammifères, les oiseaux, les poissons, puis chez les reptiles, et il l’étendait aux mollusques lorsque éclata son grand débat avec Cuvier. Passant aux monstruosités, il établit que dans l’ordre pathologique elle est vraie aussi; que nulle part il n’y a dérogation aux lois ordinaires; qu’une anomalie dans une espèce, chez l’homme entre autres, est parfois la règle dans une autre; que les monstruosités, « ces jeux de la nature, disait-on, cet échantillon des lois du hasard qui, selon les athées, doivent enfanter l’univers et que Dieu a permis pour nous apprendre ce que c’est que la création sans lui», suivant les expressions de Chateaubriand, obéissent à la loi commune et ne se produisent que suivant certaines directions, apportant leur confirmation à cette grande loi d’unité de composition organique.

Dans un article, revu et annoté par Geoffroy en 1837, Jean Reynaud la résume en ces termes, qu’il nous faut reproduire in extenso :

« Considérons l’extrémité du membre antérieur chez les diverses espèces, non dans ses fonctions ou dans ses formes, mais dans les élé-

HISTORIQUE

Page 1