CHAPITRE V
En Allemagne, M. Hœckel réclame en faveur du philosophe Kant (1790) quelques velléités d’explication de la création par des procédés naturels, et regarde Gœthe (1790-1830), Tréviranus (1802-1803), Oken (1809-1811), Buch (1836), Yictor Carus (1853), Schaaffausen (1833), Louis Buckner (1855), et le botaniste Hooker (1859), comme ayant devancé ou partagé dans des limites diverses les idées de Lamarck. Le plus méritant à ses yeux est Gœthe qui, comme naturaliste, écrivit en 1790 un livre sur les Métamorphoses des plantes et dont le nom est attaché à la découverte do l’os intermaxillaire chez l’homme adulte et, conjointement avec Oken, à la théorie des vertèbres crâniennes. Mais ce n’est pas dans les lambeaux extraits çâ et là des écrits de Gœthe par l’illustre professeur d’iéna qu’on peut voir une doctrine coordonnée. 11 est certain cependant qu’au
moment de la grande discussion de 1830 entre Cuvier et Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Gœthe prit fait et cause en faveur de la méthode synthétique de celui-ci et que sa dernière œuvre fut un éloquent examen du livre que Geoffroy venait d’écrire sur les Principes de Philosophie 200I0gique. De même Oken, par son Abrégé de la philosophie de la nature , en 1802, quoiqu’il ait écrit : « L’homme s’est développé, il n’a pas été créé», ne saurait être rangé parmi les compétiteurs de Lamarck à la gloire d’avoir fondé la doctrine de l’évolution appliquée à l’homme, comme à tous les êtres vivants (1).
De la notion île race. — Ayant terminé avec les diverses acceptions du mot espèce préconisées par les naturalistes, nous avons à présent à poursuivre jusqu’en 1850 celles du mot race, c’est-à-dire, après avoir fait connaître son acception avant que les naturalistes ne s’en soient emparé et ne l’aient adapté à leurs besoins, à dire la signification spéciale qu’il prit en 1827 et ce qui en résulta.
Le plus loin que nous ayons pu retracer l’emploi du mot race, est en 1606. A cette date il est dit dans le Thrésor de la langue française de François Tant, revu par Nicot : « B, ace vient de radix, racine; il fait allusion à l’extraction d’un homme, d’un chien, d’un cheval, on le dit de bonne ou de mauvaise race ». Plus tard en 1727, un autre dictionnaire, celui de A. Furetière, précise encore mieux : « Race, lignée; tous ceux qui viennent d’une même famille; génération continuée de père en fils; se dit tant des ascendants que des descendants ; vient de radix, racine, pour indiquer la généalogie. »
Dans le langage courant il était cependant employé dans un autre sens, celui de sorte , d 'espèce. Il apparaît de cette façon la première fois pour désigner le groupe humain, sous la plume de François Bernier, Fauteur
(!) Ch. Darwin., De l origine des espèces par sélection naturelle , trad. franç. par Cl. Royer. Notice historique.
[2/ !.. Haeckel, Histoire de la création naturelle , 1 vol. trad. franç. par M. Letourneau. Paris, 2e édit., 1 877.