‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 116 sur 980 · HISTORIQUE. — AUGUSTIN THIERRY · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — AUGUSTIN THIERRY

de la première classification des races, dont nous avons parlé. Voici le titre où il se trouve : « Nouvelle division de la terre par les différentes espèces ou races d’hommes qui l’habitent, envoyée par un fameux voyageur àM. l’Abbé de***. » La seconde classification par Bradley en 1721 parle de même de cinq espèces d’hommes. Linné agit identiquement lorsqu’il partage son genre humain en quatre espèces, voulant dire races ou variétés.

Buffonest le premier qui ait introduit le mot dans l’histoire naturelle en lui donnant une signification déterminée. Nous avons suffisamment dit, pourne pas avoir à y revenir, comment les naturalistes, suivantleur qualité de monogénistes, de polygénistes ou de transformistes, l’entendaient, les premiers désignant ainsi les variétés de l’espèce humaine, ou les groupes de l’humanité dont les caractères essentiels ne peuvent s’expliquer par des causes extérieures; les seconds et les troisièmes l’employant comme un terme indifférent pour désigner les groupes d’une valeur quelconque reconnaissables à leur type autre que celui des groupes voisins. Nous sommes en droit de passer à une nouvelle acception, celle des historiens et de ceux qui, unis ou non aux linguistes, se sont donné la dénomination d 'ethnologistes.

A la suite des jours néfastes de 1813, un mouvement particulier s’opéra en Europe dans les esprits. La Révolution française avait proclamé le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ; l’Empire avait remué et disloqué les nationalités comme au temps desbarbares ; on avaitvules frontières avancer et reculer au gré des évènements; on ne savait sous quel drapeau on se réveillerait le lendemain. Peuples et diplomates avaient également besoin d’une base, d’un principe d’après lequel ils puissent reconstituer les nationalités.

Un romancier, Walter Scott, et un hislorien, Augustin Thierry, répondirent au sentiment général, le premier, en montrant en Angleterre et en

Ecosse le clan formé du chef, de sa famille, de ses serviteurs, de ses vassaux, s’accroissant même des serfs et de tous ceux qui, opprimés ou oppresseurs, ont vécu ensemble depuis des temps reculés, partagé les mêmes gloires et passé par les mêmes angoisses ; le second, en établissant que l’histoire est un recueil d’évènements dirigés en apparence par les princes, mais derrière lesquels se dérobent des causes générales, des mobiles séculaires, auxquels ni peuples ni princes ne sont libres de se soustraire.

A la thèse surannée de la Providence présidant au sort des nations, M. Thierry substitua les raisons de famille et de peuple, les instincts héréditaires, les traditions, en un mot, l’idée de race.

Au dix-septième siècle, avec Tant et Furetière, on citait la race ou famille des Borgia et des Médicis, la race des Mérovingiens ou des Capétiens. Avec Thierry et Walter Scott, le sens s’élargit, la famille s’étend au clan, le clan à la horde des conquérants tout entière, la horde au peuple dont

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