CHAPITRE V
elle provient. C’est la race de Rollon qui, au xe siècle, s’établit en Normandie, la race de Guillaume qui débarque en Angleterre. Mais entre les Normands de Rollon et de Guillaume, entre ceux de Siegfried sous les murs de Paris et ceux de Robert Guiscard en Sicile, on saisissait une parenté, un lien, une origine commune, tous étaient de race normande. La race acquiert une acception très élastique , s’élevant du particulier au général, de la famille au clan, du clan à la fédération, au peuple.
Augustin Thierry poursuivit son idée, de 1817 à 1853, dans une suite d’écrits, particulièrement dans ses Dix années d'études historiques , parues de 1817 à 1842, et son Histoire de la conquête de l' Angleterre par les Normands , publiée en 1825. Il voit en Angleterre les Scotts de la montagne et les Pietés de la plaine, hostiles l’un à l’autre, réunis contre l’étranger et représentant les plus anciennes races; les Cambriens du pays de Galles et les Bretons de la Cornouaille, reste des invasions antérieures à l’ère chrétienne ; les Danois, vaincus au xc siècle par les Anglo-Saxons, et ceux-ci à leur tour par les Normands : autant de races qui, aujourd’hui, semblent se fondre sur le sol anglais. Ce qui le frappe, c’est la persistance prolongée de l’individualité des peuples, de leurs caractères moraux et passions, de leurs mœurs et coutumes, de leur religion et de leur langue; c’est un levain de rancune contre le dernier envahisseur qui persiste çà et là avec ténacité, toujours prêt à s’éveiller. Ces sentiments communs et héréditaires, c’est physiologiquement la race.
cf Cette distinction profonde de populations ennemies sur le même sol, la haine du Saxon et du Normand en Angleterre, du montagnard et du Saxon en Ecosse, se retrouve aussi dans notre histoire de France, dit-il. Ce n’est pas sans de longues convulsions que les deux peuples dont nous sommes les fils ont pu être réduits à un seul, et il a fallu bien des siècles avant que les noms nationaux, les souvenirs de race, la diversité même du
langage aient disparu . Il n’est peut-être pas un seul peuple de l’Europe
moderne qui ne présente encore des traces vivantes de la diversité des races d’hommes qui, à la longue, se sont agrégées sur son territoire. Cette variété se présente sous différents aspects : tantôt une complète séparation d’idiomes, de traditions locales, de sentiments politiques et une sorte d’hostilité instinctive, distinguent de la grande masse nationale la population de certains cantons peu étendus; tantôt une simple différence de dialecte ou même d’accentuation marque, quoique d’une manière plus faible, la limite des établissements fondés par des peuples d’origine diverse et longtemps séparés par de profondes inimitiés. Plus on se reporte en arrière du temps où nous vivons, plus on trouve que ces variétés se prononcent, on aperçoit clairement l’existence de plusieurs peuples dans
l’enceinte géographique qui porte le nom d’un seul . Les vaincus des
diverses époques se sont trouvés, pour ainsi dire, rangés par couches