HISTORIQUE. — A. RA LOI . P
Sicile et peut-être la péninsule italienne* Abel de Rémusat, en 1825-28, dans ses Mélanges asiatiques , professait « que par la langue d’un peuple on peut dire avec précision quels sont les peuples avec lesquels il a eu des rapports, à quelle souche il appartient..,, et que par la comparaison des langues on parvient à dresser le tableau généalogique presque complet des familles qui ont peuplé la plus grande partie de l’ancien continent, ?>
Nous n’avons pas ici à entrer dans les détails de la méthode suivie par les linguistes, les uns se servant des vocabulaires (1), les autres préférant la syntaxe et la grammaire, Klaproth préconisant les mots ou mieux les racines pour les grandes divisions ou affinités générales primitives, et la grammaire pour les affinités secondaires ou de familles, « Les affinités par familles, dit-il, sont le véritable flambeau et le guide qui aident à classer convenablement les différentes familles du genre humain (2). »
Le travail décisif pour notre sujet est l’ Introduction à /’ atlas ethnographique de A. Balbi, paru en 1826, « Les langues, dit-il, sont inaltérables et se conservent à travers les siècles ; ni le laps de temps, ni les variations de gouvernement, ni les changements d’institutions et de religion ne sauraient généralement parlant les détruire.... C’est donc par le seul examen des langues que l’on remonte à l’origine des nations ». Qu’est-ce qu’une nation? dit Balbi, et il conclut : «Ce sont les peuples qui parlent une même langueou sesdivers dialectes, quels quesoientleurreligion, leur civilisation, leur état politique et la distance qui les sépare. Exemple : les Espagnols, les Portugais, les Chinois dispersés en tous pays. » L’ethnographie et la classification des langues sont synonymes. Les langues permettent de poursuivre les peuples au delà même des bornes de l’histoire et de reconstituer leur répartition, leur provenance, leur parenté.
Balbi prononce à peine le mot de race, mais partout il est sous-entendu. Personne ne s’y méprit, et de lui date à proprement parler la notion des races de la linguistique , intermédiaires dans le temps à celles de l’histoire et à celles de la zoologie.
Un véritable engouement suivit la promulgation de la méthode nouvelle pour distinguer les groupes humains. La filiation des peuples et des races, l’ethnographie et l’ethnologie avec le même radical, les peuples anciens retrouvés dans les peuples modernes, leur parenté, leur provenance, leur histoire clairement établies, leur classification s’élevant des dernières ramifications aux souches, sinon au tronc unique, tout cela par les langues ! Telle langue, tel peuple, telle race, était la formule qui devait tout délier.
(1) Klaproth, article Langue de Y Encyclopédie de Firmin Didot, 1829.
(2) Le vocabulaire, ou les étymologies, constitue par lui-même une source qui a ses règles précises et demande du savoir et beaucoup de réserve. Mais on en fait abus, et la critique suivante de Voltaire est encore de saison : « Voici, dit-il, comment on a prouvé que les Tartares mantchoux sont les ancêtres des Péruviens : Mango Capack est le premier Inca du Pérou, Mango ressemble à Manco, Mancu ; Mancu à Mantchu ; de là à Mantcbou il n’y a pas loin. Rien n’est mieux démontré. »