HISTORIQUE. — D’ORBIGNY
des Français auxquels le soleil des tropiques, une alimentation mauvaise et les changements d’habitudes ont donné une peau noire, un visage saillant et les cheveux laineux de l’Afrique (l).Balbi lui-même remarque que si les langues ou leurs éléments sont permanents, les peuples qui les parlent peuvent très bien les tenir d’autres peuples d’une nature toute différente. Il fit voir de quelle façon un peuple perd sa langue et en acquiert une autre, et en donna une foule d’exemples. Les Romains ont absorbé tous les idiomes de l’Europe méridionale et une grande partie de ceux de l’Asie occidentale. Les Arabes ont anéanti une dizaine de langues de l’antiquité. Les Espagnols et les Portugais ont importé leur langue dans toute l’Amérique du Sud, et certains parlent une langue guaranie. Les Celtes ont fait disparaître la langue euskarienne, qu’on ne retrouve aujourd’hui que dans le pays basque, et ont perdu à leur tour la leur pour prendre celle des Romains. De nos jours, dit-il, les langues germaniques se répandent comme une tache d’huile, tandis que les langues slaves s’étendent en Asie. Les Basques, aurait-il pu ajouter, sont européens par les traits et parlent une langue polysyllabique. Il n’est pas de linguistes qui n’acceptent ces faits, mais ils les oublient.
Aussi à côté d’opinions extrêmes sur les rapports de la race avec le peuple, et des deux avec la langue, trouve-t-on à cette époque des opinions moyennes que nous rendrons par deux exemples d’un caractère différent : l’un emprunté à Alcide d’Orbigny, à la fois naturaliste et voyageur, dans son ouvrage en deux volumes sur Y Homme américain paru en 1839, que l’on peut donner comme modèle aujourd’hui encore à tout voyageur ayant à écrire une monographie anthropologique sur un pays quelconque; l’autre pris au vénérable Prichard, en l’année 1847 qui précéda sa mort, dans son adresse anniversaire comme président de la Société ethnologique de Londres fondée en 1842 par King sur le modèle de la Société ethnologique de Paris.
Nous laisserons dans le premier les définitions qui concernent la tribu et le rameau, lesquelles ne manquent pas d’originalité et de justesse. « Nous appelons nation , écrit d’Orbigny, toute réunion d’hommes parlant une langue émanée d’une source commune, et tribu toute réunion d’hommes parlant les différents dialectes dérivés de cette même langue. Nous appelons race toute réunion de nations que rapproche l’identité de leurs caractères généraux, et rameau un groupe plus ou moins nombreux de nations distinctes qui offrent dans les races des caractères soit physiques, soit moraux, propres à modifier ces divisions, presque toujours en rapport avec la géographie (2). »
«L’ethnologie, dit Prichard, est l’histoire des races humaines et corn-
(1) Une théorie presque aussi hardie a été soutenue par Prichard et J.-C. Hall, d’une prétendue transformation d’Irlandais chassés en 1641 et 1689 par les armées anglaises des riches comtés de Leitrim, Mayo et Sligo, dans une partie ingrate de la baronnie de Flews.
(2) Alcide d’Orbigny, L'homme américain , 2 vol. Paris, 1839, 1. 1, pages 9 et 10.