CHAPITRE VI
Nous avons laissé bien des noms de côté dans cette course rapide à travers la crâniométrie jusqu’en 1859. La France en compte un certain nombre; on trouvera l’analyse de leurs travaux dans le tome ïepde \& Physiologie àQ Berard, Paris, 1848; nous donnons en note ceux que nous n’avons pas eu l’occasion de citer (1). L’étranger et en particulier l’Allemagne, où la centralisation scientifique n’existe pas comme chez nous et où, par conséquent, la concurrence est plus excitée, en compte peut-être davantage, surtout de 1840 à 1860, à la suite de l’impulsion donnée par Oken, Goethe, et autres philosophes de la nature. C’est dans cette période qu’apparaissent les vétérans actuels de l’anthropologie d’outre-Rhin, les Lucæ, les Ecker, les Virchow. La note bibliographique ci-jointe montre l’époque de leur entrée en scène (2).
(1) Dubreuil, Études anatomiques de têtes ayant appartenu à des individus de races humaines diverses , Comptes rendus de l’Acad, des sciences. Paris, 1837. — Maslieurat Lagémard, De l'influence du maxillaire supérieur dans la conformation de la face et de ses différences dans les races humaines, Bull. Soc. anat, de Paris, 1840. — J. Pucherau, Considérations anatomiques sur les formes de la tête osseuse dans les races humaines (Thèse inaugurale. Paris, 1841. — Dureau de la Malle, Sur la position du trou auriculaire chez les habitants anciens et modernes de la Haute-Égypte. Comptes rendus Acad, sciences, vol. IV, p. 580. — Gosse, Essai sur les déformations artificielles du crâne. Paris, 1855.
— Gratiolet, Mémoire sur le développement de la forme du crâne de l'homme et sur quelques variations qu'on observe dans la marche de l'ossification de ses sutures. Comptes rendus Acad, des sciences, vol. XLIII, p. 430, 1856. — Silbermann, Mesures naturelles du corps humain. Gaz. méd. Paris, 1856 n° 12 et 1857 n° 1, — Segond, Procédé de mensuration de la tête « applicable à toutes les vertèbres et destiné à découvrir la loi des modifications réciproques entre la face et le crâne soit dans une même espèce, suivant l’âge, le sexe, les variétés, soit d’une espèce à l’autre » (Gaz. méd. Paris, 1857). — Voir passim pour Cuvier, Parchappe, Lélut, J. Cloquet, Jacquart, etc.
(2) J.-E. Doornik, Wysgeerig natuurkundig onderzoek aangaande den oorspronkelyken mensch en de oorspkeronglyke stammen van deszelfs gesacht. (Sur l’homme primitif et ses races.) Amsterdam, 1808. — Kools, Annotationes anatiomicæ , Groningue, 1810. — Gérard Sandifort, Tabulæ craniorum diversarum nationum. Leyden, 1838-1843. — J.-C.-C. Lucæ, De symelria et asymetria orum cinimalitatis , imprimis cranii Marburgi , 1839. — Hueck, De craniis Esthonum commentatio anthropologica, etc. (Sur le crâne esthonien), Dorpat, 1839. — C.-G, Carus, Grundzüge einer neuer wissenschaftlich begründeten Cranioscopie. Stuttgart, 1841. C.-G. Carus, Atlas der Cranioscopie, oder Abbildungen der Schædel und Antlitzformen berühmter oder sonst merkwürdiger Personen. Leipsig, 1843. — A. Zeune, Uber Shàdelbildung zur festern Begrundung der Menschenrassen. (Sur la formation du crâne, pour servir de base à la classification des races.) Berlin, 1846. — Bidder, De la conformation du crâne. Dorpat, 1847. — Joseph Engel, Enter suchung en über Schüdelformen. (Recherches sur les formes du crâne.) Prague, 1851, in-8. — J.-C. Stahl, Neue Beitrüge zur Phijsiognomik und pathologischen Anatomie der Idiotia endemica (Anatomie pathologique du crétin. Prague, 1851. — Rudolf Virchow, Ueber den Cretinismus , namentlich in Franken , und über pathologischen Schüdelformen (Sur le crétinisme et sur les formes pathologiques du crâue). Wurzburg, 1851. — A. Ecker, Ueber die Methoden zur Ermittlung der topographischen Beziehungen zwischen Hirnoberflüche und Schüdel (Sur les méthodes pour déterminer les rapports topographiques entre le crâne et le cerveau). Freiburg, 1851. — L.-J. Fitzinger, Ueber die Schadel der Av ar en (Sur les crânes d’Avares). Vienne, 1853. — Emil Huschke , Schædel, Hirn und Seele des Menschen und der Thiere nach alter , Geschlecht und Race, dargestellt nach neuen Methoden und Untersuchungen. (Le crâne, le cerveau, l’âme de l’homme et des animaux suivant l’âge, le sexe et la race.) Iéna, 1854.
— J.-C.-C. Lucæ, Shadel abnormer Form in Geometrischen Abbildungen. Frankf. am Mein, 1855. (Les crânes anormaux représentés par des figures géométriques.) — F.-K. Stahl, Einige klinische St. über Schadel Difformitüten (sur les difformités du crâne), in Zeitschr. für Psych. 1855. — R. Wagner, Nachrichten von der G. A. Universitüt und der konigl.
niSTORIQUE. — CONCLUSIONS, 141
Il ressort, en somme, de cet exposé, qu'en 1859, au jour où commence la période actuelle, la crâniométrie était déjà largement cultivée et n’attendait plus qu’une main ferme, une grande autorité pour lui imprimer une direction pratique et surtout lui donner la précision mathématique sans laquelle elle n’a aucun droit à l’existence.
Dès que s’ouvre la période actuelle, les œuvres de crâniométrie les plus importantes se succèdent avec rapidité, telle que le Crania Germamæ meridionalis de Ecker, à Fribourg, en 1865, le Crania Helvetica de His et Rutimeyer, à Bâle, en 1866, le Crania ethnica de MM. de Quatrefages et Hamy, dont la première livraison parut à Paris, en 1873, et surtout, d’année en année à partir de 1861, les nombreux travaux de Broca (2).
Broca, dont nous'nous proposons d’exposer dans ce livre, à côté des nôtres propres, moins les idées et les méthodes crâniométriques de la première heure, que celles vers lesquelles il tendait et qui résultent de ses registres inédits, s’est, en somme, inspiré à ses débuts en crâniologie, de l’esprit qui dirigea Yan der Hoeven, de Baer, et surtout Morton. Par ses idées physiologiques, Broca dérivait de Geoffroy Saint-Hilaire, par ses idées polygénistes, comme par ses premiers travaux de crâniométrie, il dérive de l’école américaine spécialement.
Conclusions sur la dernière période. — Concluons qu’à la veille de 1859, l’anthropologie ne ressemble plus à celle de la fin du dix-huitième siècle; elle a largement évolué déjà. Celle-ci ne comprenait guère que deux parties : l’homme étudié dans son ensemble et dans ses ressemblances et différences avec les animaux, à la façon de Blumenbach, et l’homme étudié dans ses races à la façon de Buffon. A la veille de 1859, son horizon a grandi, les races sont regardées comme les éléments composants des peuples, ceux-ci sont scrutés au point de vue de leur histoire, de leur langue, de leurs coutumes, de leurs institutions et modes de civilisation, et leur étude se rattache à Tanthropologie. A la fin du siècle dernier, l’anthropologie ne comprenait que l’histoire naturelle du genre humain et de ses races ; actuellement, il s’y joint l’histoire naturelle des peuples et des sociétés. L'ethnographie et la linguistique, en un mot, se sont ralliées à elle. La sociologie lui arrive. L’homme moral devient de plus en plus inséparable de l’homme physique.
Nous aurions terminé sans les trois évènements qui marquent la fin de
Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôltingen , 1856. — Rudolph Virchow, Untersuchungen über die Entvnckelung des Schadetgrundes im gesunden und krankhaften Zustande, etc. (Sur le développement de la base du crâne dans l’état physiologique et pathologique.) Berlin, 1857. — J.-C. Lucæ, Architectur des Menschenschâdels nebst geometrischen original Zeichnungen von Schadeln normaler und Ahnormerform. (De l’architecture générale du crâne humain.) Frankf. a. Mein, 1857.
(1) Le premier travail de crâniologie do Broca fut présenté à la Société d’anthropologie de Paris le 4 juillet 1861, et porte sur les crânes qu’il venait de recueillir dans la cité. Neuf années avant, en 1850, il avait fait sur des os humains trouvés dans le cimetière des Cèlestins un rapport où se trouvent quelques observations déjà bonnes à noter.