CHAPITRE VI
celte période : la découverte de la haute antiquité de l’homme, le réveil du transformisme et la fondation de la Société d’anthropologie de Paris, et si deux d’entre eux n’avaient des racines profondes dans les années antérieures et ne devaient nous arrêter encore.]
Origine du préhistorique. — N’ayant pas à faire l’histoire complète de cette science, pour laquelle l’épithète de nouvelle est cette fois légitime, nous ne remonterons pas au delà de Cuvier.
La célèbre doctrine des révolutions du globe, réfutée depuis par Lyell, est ainsi exposée par l’illustre paléontologiste: « La vie a souvent été troublée sur cette terre par d’effroyables évènements; des êtres vivants sans nombre ont été victimes de ces catastrophes, les habitants de la terre sèche ont été engloutis par des déluges, ceux qui peuplaient le sein des eaux ont été mis à sec avec le fond des mers subitement relevé (1). » La découverte de nombreuses espèces fossiles d’époques diverses, différentes de celles queles naturalistes constatent actuellement, était la preuve de ces catastrophes. Du même coup, l’interprétation des livres saints jusque-là professée était ruinée; il était acquis que, contrairement à la doctrine de Linné, de nombreuses espèces pouvaient disparaître sans que l’harmonie de l’univers en soit atteinte ; il fallait modifier le système et l’adapter aux dernières acquisitions de la science. L’homme seul résistait à ce cataclysme d’un ordre autre que ceux auxquels Cuvier faisait allusion. Créé le dernier, au commencement de l’époque actuelle, il conservait son origine privilégiée relativement récente, et la question agitée entre les monogénistes et les polygénistes, si le blanc et le nègre dérivaient l’un de l’autre, demeurait discutable.
Sur ce terrain, comme sur celui de l’espèce, Cuvier est resté orthodoxe, mais sans conviction, comme on le voit par ses propres paroles qui ne paraissent pas avoir été suffisamment méditées:
« On n’a pas encore trouvé, dit-il, d’os humains parmi les fossiles proprement dits, ou, en d’autres termes, dans les couches régulières de la surface du globe... Parmi les éléphants et les rhinocéros, on n’a jamais
découvert le moindre ossement humain (p. 84) . Tout porte donc à
croire que l’espèce humaine n’existait point dans les pays où se découvrent les os fossiles, à l’époque des révolutions qui ont enfoui ces os... Mais je ne veux pas en conclure que l’homme n’existait pas du tout avant cetle époque : il pouvait habiter quelques contrées peu étendues , d'où il a repeuplé la terre après ces évènements terribles ; peut-être aussi les lieux où il se tenait ont-ils été entièrement abîmés et ses os ensevelis au fond des mers actuelles, à l’exception du petit nombre d’individus qui ont continué son espèce. Quoi qu’il en soit, l’établissement de l’homme dans les pays...., à fossiles est postérieur aux dernières révolutions du globe (p. 90). » Ainsi, la plus dégradée des races humaines, celle des nègres, dont les formes
(1) Cuvier, Discours sur les révolutions du globe. Paris, 1856, édit. Didot, p. 11.