HISTORIQUE. — PRÉHISTORIQUE
gens disent d’abord que ce n’est pas vrai, puisque c’est contraire à la religion, et à la fin qu’il y a longtemps que tout le monde le savait. »
L’antériorité de l’homme au déluge et sa contemporanéité avec les animaux quaternaires étaient donc prouvées. Les travaux de Lartet en 1860 et la mâchoire de Moulin-Quignon en 1863 ne la rendirent pas plus évidente. Par une singulière bizarrerie il était réservé à un membre éminent de l’Église française, l’abbé Bourgeois, directeur du collège de Pontlevoy, près deThenay, d’aller plus loin et de soutenir que l’homme remontait jusqu’à l’époque miocène ou tertiaire moyenne.
Ces faits s’accordaient avec la doctrine de Lamarck en géologie, que la terre, ses diverses couches et ses habitants s’étaient produits successivement, sans secousse, lentement. La thèse inverse de Cuvier avait du reste succombé sous la démonstration de Lyell confirmant celle de Lamarck.
C’était toute une révolution. Monogénistes et polygénistes avaient également professé ou admis que le monde existait depuis 6,000 ans. Les espèces immuables des premiers et les races humaines permanentes des seconds remontaient jusque-là. L’objection principale à la doctrine transformiste par l’action indirecte ou directe des milieux disparaissait. Que faut-il pour que toutes ces transformations se produisent ainsi? disait Lamarck. Du temps ? Prévoyant la vérité du lendemain, il ajoutait ; La nature en a de reste. Pour l’homme en particulier qu’est-ce en effet que 60U0 ans par rapport au temps infini qu’il a fallu pour permettre à nos rivières actuelles de déposer leurs alluvions dites des bas niveaux, après avoir creusé leur lit au sein des alluvions quartenaires que l’on appelle leurs hauts niveaux, pour permettre au climat chaud de l’époque tertiaire de se refroidir au point que les glaciers ont par deux fois couvert une grande partie de notre pays et que les animaux des zones polaires ont pu y vivre et s’y multiplier en nombre infini? Qnest-ce que ces 6000 ans si l’on remonte au delà sur les rives de ce lac de Thenay décrit par l’abbé Bourgeois dans l’avant-dernière période géologique? Parler dans ces conditions de la permanence des races ou des espèces depuis 6000 ans, cela fait sourire.
Il n’y avait plus de débat possible entre les monogénistes et les polygénistes. Les milieux tels que nous les connaissons peuvent fort bien avoir été sans efficacité pendant le court laps de temps ci-dessus ; les milieux tels qu’on les voit entre la période torride, dans notre pays, de l'ele phas meridiunalis, du rhinocéros etruscus , de Yhippopotamus major , et la période glaciaire suivante du mammouth et même du renne, agissant pendant des infinités de siècles sur des gens moins inlelligents ne sachant pas s’y soustraire, peuvent au contraire avoir transformé les races ou espèces humaines et les avoir amenées au point où nous les voyons et même plus loin, en faisant comprendre des types humains encore plus divergents et aujourd’hui disparus.
Topinard. — Anthropologie. fU