DEFINITIONS
sente le type fondamental, celle des instincts et des mœurs. » « L’anthropologiste, en traitant des divers groupes humains, n’a pas à s’occuper seulement de l’homme physique: l’homme intellectuel, l’homme moral, réclament de sa part une attention égale. »
Il y a conformité entre la définition donnée par M. de Quatrefages et celle qu’implique l’étymologie. Nous ne lui adressons qu’une objection. L’entomologie, la mammologie, concerne une classe entière d’animaux ayant des caractères généraux communs, mais aussi un fond de caractères particuliers différents qui permettent de les partager en familles, genres et espèces. De la baleine qui vit dans l’eau au cerf qui hante les forêts et à la chauve-souris qui habite l’air, trois mammifères, la distance est considérable. C’est donc plutôt à l’histoire particulière d’un genre ou d’une espèce que l’anthropologie est comparable, comme dénomination et comme programme, à l’histoire du chien ou cynologie , ou à l’histoire du cheval ou hippologie.
Yers la même époque, en 1866, le représentant de l’enseignement libre de l’anthropologie en France, mon maître plus immédiat Broca, donna sa première définition. L’anthropologie, dit-il, estl’étude du groupe humain considéré dans son ensemble, dans ses détails et dans ses rapports avec le reste de la nature (1). On pourrait, ajoute-t-il, la définir plus brièvement et avec autant de justesse, l’histoire naturelle de l’homme ; mais il serait à craindre qu’on prenne ces termes dans un sens trop étroit. Toutefois, en 1876, à la séance d’ouverture de l’École d’anthropologie, il passe outre et adopte résolument ladéfinition suivante, sur laquelle iln’est jamaisrevenu : « L’anthropologie est l’histoire naturelle du genre humain ; » entendant par là qu’elle regarde non l'individu, dont s’occupe spécialement la médecine, mais le groupe dans sa totalité, dans ses différences avec les autres groupes zoologiques, et dans ses différences intrinsèques propres (2). Cette définition, comme celle de M. Quatrefages du reste, renferme tout, car, continue Broca, « le naturaliste ne connaît vraiment une espèce que lorsqu’il l’a étudiée complètement sous le rapport de sa structure, de ses fonctions, de son habitat, de ses conditions d’existence ; et, s’il s’agit d’une espèce animale, il faut en outre qu’il étudie ses facultés, ses instincts, son genre de vie, ses mœurs, ses migrations, ses industries, ses sociétés. »
J’ai tenu à mettre en présence les opinions des chefs des deux Écoles françaises, l’une que l’on accuse parfois de timidité excessive, l’autre que quelques-uns trouvent trop hardie, afin de montrer que sur ce point initial et qui a des conséquences infinies, elle sont absolument d’accord.
« Au point de vue matériel, ajoute un peu après M. de Quatrefages,
(1) Dict. encyc. des sciences médicales , article Anthropologie. Paris, 1866, t. Y, part. I, p. 276.
(2) Leçon d’ouverture des cours de l’École d’ anthropologie , le 15 novembre 1876; in Revue d’anthrop., 187 7, p. 171.