CHAPITRE VII
la façon de nager. Pour les fonctions de la reproduction, il note le nombre des petits, la durée de la grossesse, les époques du rut, les phénomènes de congestion qui les accompagnent. A propos des fonctions de nutrition, il examine la nature des aliments préférés etles particularités auxquelles donnent lieu leur ingestion, digestion et excrétion.
Mais à chaque fonction se rattache indirectement toute une foule d’actes et de phénomènes. La reproduction conduit aux croisements dans le sein de l’espèce examinée, au degré d affinité génésique de celle-ci avec les espèces voisines, à la stérilité ou à la fécondité et vitalité de leurs hybrides et aux phénomènes, si bizarres en apparence et si puissants, de l’hérédité résultant de la combinaison des deux éléments mâle et femelle semblables ou différents. Puis à un ordre de phénomènes plus élevé : les mobiles apparents qui président au rapprochement des sexes, les soins apportés à la confection du gîte ou du nid, les attentions données à l’épouse, les soins en commun aux enfants, en un mot à tout ce qui ressort de la famille et de sa constitution éphémère ou persistante. La question des aliments et des besoins répondant à la nutrition, pousse le naturaliste à se préoccuper de même de la façon de se procurer la nourriture, des procédés de pêche et de chasse, des aptitudes et facultés dont l’animal faitpreuve pour atteindre son but et des circonstances dans lesquelles il s’associe à ses semblables et se soumet à une sortedediscipline en vue du bien commun. On a exagéré la conduite entendue et prévoyante des singes cynocéphales, par exemple, dans une razzia, mais il n’en reste pas moinsqu’une entente existe entre eux à cet égard. Au besoin de se défendre conlre 1 ennemi extérieur, le milieu ou les autres animaux, se rattachent une foule de questions à examiner encore, comme l’habitation et l’étendue des facultés qu’elle met en jeu. Rappeler l’industrie des rongeurs et en particulier de ceux qui modifient leurs habitudes et adaptent leurs constructions aux conditions nouvelles, serait un lieu commun. Règle générale, toutes les fonctions de relation sont causes déterminantes, chez l’animal, quel qu’il soit, d’impulsions et de sentiments en rapport avec l’exercice de ces fonctions, et mettent en jeu des facultés rudimentaires plus ou moins développées suivant les espèces, dont le naturaliste, quelque idéaliste qu’il soit, ne peut éluder l’étude.
L’animal a des instincts, c’est-à-dire des actions réflexes coordonnées, se produisant sans que la volonté intervienne sensiblement, en vertu d’habitudes répétées sur une suite d’individus et accumulées dans leur substance organique par l’action de l’hérédité séculaire. Mais il a aussi des actions spontanées, c’est-à-dire des actions réflexes modifiées ou dirigées par la volonté. 11 reçoit l’impression et réagit. 11 veut et sait ce qu’il veut. Le chien, le cheval, l’éléphant écoutent, regardent, se souviennent et délibèrent; ils rapportent l’effet à la cause, on les voit hésiter et se décider dans le sens que leur dicte l’expérience ou qui les entraîne le plus, comme fait l’homme. Ils ont leurs sympathies, leurs répugnances,
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leur fierté, leurs rancunes. Assurément le chien ne possède pas l’idée vague réputée élevée, d’une puissance supérieure intervenant dans les choses de la nature, qu’on appelle Dieu, mais il a la terreur de l’inconnu ; de la reconnaissance, de la vénération peut-être pour la main qui le caresse et pourvoit à ses besoins. Il aime, se dévoue et se venge. Le cheval a la notion de liberté, il s’apitoie sur son semblable en servitude, ronge son harnais et lui rend la liberté (Brehm). L’éléphant, au dire des Égyptiens confirmé par des observations dans l’Inde, a une notion de justice. Tout cela est étudié par le naturaliste. La faculté de vivre en société d’un grand nombre d’animaux et de se soumettre à certaines règles, ne doit pas non plus être oubliée, qu’elle réponde à un besoin de société ou à la nécessité de s’entr’aider. Chez l’éléphant sauvage, la société est représentée par la famille elle-même composée de dix à cent individus; aucun étranger n’y est admis. Chez le cheval, c’est une réunion de familles, chacune conservant son autonomie. Le chef est un mâle, tandis que chez l’éléphant ce peut être une femelle. Ce chef est écouté et, dans la race chevaline, sait se faire obéir quand il le faut. Chez les éléphants il règne par la douceur de son caractère et la confiance qu’il inspire; c’est le plus prudent, le plus sagace de la troupe; s’il commet une faute qui mette la communauté en péril, on le change (Brehm).
L’animal a même la perfectibilité, entendue non dans le sens que l’homme donne à ce mot et qu’il rapporte lui-même à son propre idéal, mais comme synonyme de faculté de profiter des observations et d’adapter spontanément, individuellement ses habitudes aux nécessités nouvelles. Tels sontle castor dont nous parlions, le chien, l’abeille.
L’homme met à profit cette faculté dans les races qu’il domestique. Parmi ces races, l’une des études les plus fécondes pour le naturaliste, les unes sont simplement des espèces sauvages apprivoisées, c’est-à-dire ayant conservé leurs mœurs qui sont simplement adoucies. Tels sont le cochon qui n’est qu’un sanglier et l’éléphant qui ne diffère à l’état sauvage et à l’état domestique que par l’appropriation de ses aptitudes à une autre situation. Les autres sont réellement modifiées, transformées dans un sens ou dans un autre, avantageux pour l’homme, et acquièrent même des qualités ou caractères nouveaux. Ainsi l’aboiement est un mode de langage supplémentaire acquis parle chien domestique, que ne possède pas le chien sauvage. La domestication pour certains animaux, comme le cheval et le chien, peut être regardée comme une étape dans la voie du développement de leurs facultés, qu’une circonstance favorable leur a permis de franchir. Cette circonstance aurait pu être amenée par le hasard, par la nature; dans ce cas particulier, c’est la main de l’homme opérant comme parfois, chez les peuples, agit l’influence opportune d’un homme exceptionnel d’initiative. Cette domesticité, pour certains animaux, est une sorte de civilisation relative, un progrès, étant admis que la civilisation soit pour l’individu toujours un progrès. De là, en somme, dans plusieurs espèces animales
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