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CHAPITRE VII

deux genres de races qui ouvrent au naturaliste de nouveaux horizons : des races sauvages et des races domestiques se partageant en modifiées ou non, et comparables chez les hommes au Boshiman, par exemple, ou au Tasmanien d’une part et aux Européens de l’autre.

Le parallèle des deux genres de races est plein d’intérôt. Le naturaliste s’y attache à tous les points de vue, il compare leurs caractères physiologiques, leurs mœurs, instincts, façons de vivre, sans oublier leurs différences physiques dont il recherche les causes. Il remarque surtout la façon dont l’homme obtient ses races domestiques : par le régime, l’éducation, les croisements, ou la sélection, ainsi que l’a fait le naturaliste Ch. Darwin, et se demande si naturellement, par ce qu’on appelle le hasard, les espèces sauvages moins accessibles à nos investigations ne se sont pas produites de même. Il ne manque pas, entre autres, de chercher dans le cerveau quelles différences de poids, de circonvolutions, déstructuré amènent les deux genres de vie, et de les rapprocher des différences dans les manifestations cérébrales constatées de part et d’autre.

Darwin a donné l’exemple de ces recherches en comparant le poids du cerveau du lapin domestique et du lapin sauvage. Mais l’animal est mal choisi. Le lapin est de ceux qui non seulement n’acquièrent rien par la domestication, mais perdent; on les enferme et l’on ne songe qu’à accroître leur volume par l’alimentation. Darwin a trouvé que le cerveau du lapin de ferme est diminué par ce régime. Voici le résultat que j’ai obtenu à l’aide de ses chiffres, par une autre méthode, sur douze individus. C’est le rapport individuel de la capacité crânienne, représentant le volume du cerveau, à la taille du sujet prise de l’extrémité du museau à l’anus , rapport incorrect sous certains aspects, mais préférable à bien d’autres.

Rapport de la capacité du crâne à la longueur du corps.

Lapins

sauvages.

Lapins domestiques.

Moyennes

Variations extrêmes.

Les lapins domestiques ont donc perdu 22 pour 100 du poids du cerveau des lapins sauvages. Mais c’est sur des espèces gagnant par la domesticité qu’il faudrait opérer, comme le cheval, le chien. Quels résultats donnerait cette comparaison?

Il résulte des observations de M. Ghudzinski, l’un des savants les plus

compétents sur la morphologie comparée des circonvolutions, auteur d’un grand ouvrage sur ce sujet, que le type des circonvolutions .est toujours plus simple, plus lixe dans les races sauvages d’une espèce et plus développé, plus variable dans ses races domestiquées.

Le naturaliste est ainsi conduit à apporter sa contribution à la thèse, exacte ou non, des localisations cérébrales des fonctions propres à tel ou tel lobe ou circonvolution. Entrant plus avant dans la comparaison des facultés et instincts de part et d’autre, il peut aider aussi au dénombrement des facultés primaires et à leur classification non avec des à priori, comme l’école de Gallet des philosophes, mais avec des observations méthodiques basées sur les rapports du physique et du moral. Le naturaliste pénètre donc ainsi dans le domaine de la psychologie la plus délicate, en s’élevant du particulier au général.

Les facultés psychiques des animaux ne sont du reste plus à démontrer aujourd’hui. Buffon a consacré une bonne partie de son histoire naturelle à en décrire les manifestations extérieures. Le mot même que nous employons est emprunté à l’un des plus farouches partisans des prérogatives humaines, à Prichard. Il n’est pas de numéro du journal anglais Nature , depuis quelques années, qui ne renferme des exemples de la haute intelligence dont les animaux font souvent preuve. Tout le monde a lu les descriptions de Brehm sur les mœurs et coutumes des animaux, les deux volumes de Houzeau sur les Facultés mentales des animaux comparées à celle de V homme , ceux de Hiibner et de Lubbock sur les caractères psychiques des fourmis. Broca s’exprimait ainsi dans son discours d’ouver-

ture de l’Ecole d’anthropologie, en parlant de ces dernières. «■ Ces petits êtres, disait-il, vivent en société; ils construisent des édifices relativement plus grands que les nôtres; ils ont un système d’approvisionnement; ils ont un gouvernement, des castes; des guerriers, des ouvriers ; ils élèvent dans leurs fourmilières des animaux domestiques, les pucerons, qui appartiennent à un autre ordre d’insectes ; ils ont en outre des esclaves qui sont des fourmis conquises à la guerre, sur des espèces autres que la leur. Ils ne font pas la guerre au hasard ; ils ont une véritable stratégie ; ils font des sièges en règle ; ils ont des cohortes de réserve qui se mettent en marche lorsque les rapports des courriers transmis par les attouchements variés de leurs antennes leur annoncent qu’on a besoin de renfort ; après le combat ils emportent leurs morts, ils' soignent leurs blessés. Toutes ces merveilles de la vie des fourmis, qui les a étudiées, qui les a décrites ? Les naturalistes. Dans quels ouvrages les lisons-nous? Dans les livres d’histoire naturelle. »

Parmi les facultés dérivant de l’exercice combiné des fonctions organiques et des fonctions cérébrales se place la faculté générale d’expression commune à tous les animaux, mais qui ne revêt la forme particulière, appelée le langage articulé que chez l’homme. Les animaux, en effet, échangent comme nous leurs idées, ils se comprennent, expriment leurs

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