CHAPITRE VII
besoins par des moyens divers : cris, jappements, hurlements, grognements, aboiements, intonations diverses, brèves ou prolongées, isolées ou répétées. Le langage forme un chapitre particulier de la zoologie qui prend aujourd’hui de l’importance dans la science et qui demande à être rempli pour chaque animal.
Par conséquent, le naturaliste qui après avoir consacré de longues veilles sur l’anatomie, passe à la physiologie propre de l’animal qu’il veut connaître en totalité, a devant lui un horizoninfini. Les fonctions de chacun des organes ou des systèmes sollicitent son attention, mais les fonctions inhérentes au système nerveux et particulièrement au cerveau le retiennent plus longtemps. C’est que le cerveau ou les ganglions qui en tiennent lieu dans beaucoup d’espèces sont le centre organique auquel aboutissent tous les actes et tous les stimulants, et qui assure l’exercice extérieur des autres fonctions.
Une école philosophique veut que, primant tout, il y ait une psychologie générale, voire même une sociologie générale dans laquelle on considère toutes les manifestations ou facultés dont nous venons de parler, dans leur ensemble, d’un bout à l’autre de la série animale. 11 n’y a rien à dire, mais avant de s’élever aux vues générales il faut connaître les faits particuliers: les chapitres en question, s’ils sont ouverts pour l’ensemble de l’animalité, le sont auparavant pour chacun des animaux pris à part; il a autant de psychologies propres ainsi que de sociologies propres qu’il y a d’espèces possédant un système nerveux central suffisamment développé.
Après les phénomènes normauxse rapportant à la physiologie viennent les phénomènes anormaux et les désordres organiques relevant de la pathologie. Ici le naturaliste n’est pas tenu de pousser loin ses investigations ; la pathologie a ses spécialistes aussi bien pour les animaux que pour l’homme. Il ne doit pas ignorer cependant les maladies particulières à l’espèce qu’il étudie, comme les genres de parasites internes ou externes, microbes, vers ou insectes qui se greffent sur lui ; ni les monstruosités et anomalies d’organes qui contribuent à éclairer quelques-uns des problèmes spéciaux à l’espèce étudiée ou généraux.
Jusqu’ici le naturaliste, s’il aprocédé correctement, s’en est tenu à l’analyse, et si parfois et involontairement il s’est élevé au delà du fait, c’est en manière de distraction. Il en a fini avec les caractères anatomiques, physiologiques, psychiques, pathologiques, il les connaît et sait leur portée, le parti qu’il en peut tirer. Dès lors il peut passer à la synthèse, c’est-à-dire considérer les caractères associés entre eux, se confirmant ou se contredisant et, sous le nom de types, fournissant la preuve de la légitimité des divisionsouraces qu’il est appeléàétablir danslegroupe général. Ces races elles-mêmes il les prend à part, les décrit, en complète l’histoire et se demande quelle relation de variété, d’espèce, de genre, elles affectent avec le tout. Revenant alors au groupe total qu’il a étudié dans ses détails comme dans son ensemble, il a qualité pour lui assigner sa place
CYNOLOGIE.
légitime dans la classification des êtres et par contre pour fixer sa parenté avec les groupes voisins, remonter à son origine et établir sa généalogie, sa descendance. En un mot, pour parler le langage de l’école transformiste, il est en mesure de déterminer la continuité des races avec l’espèce, de celle-ci avec le genre, la classe, c’est-à-dire de remonter des extrémités terminales de l’arbre à sa souche première.
Dans cette vaste et difficile enquête tout est mis à contribution, le naturaliste puise à toutes les sources, quel que soit l’animal auquel il s’attache; il ne recule devant aucun genre de considération, ou de connaissance spéciale pour assurer la solution du problème. Il emprunte et fait converger tout vers son but. Les renseignements anatomiques, psychiques, tératologiques, archéologiques, historiques s'il en possède, j’allais dire linguistiques, il met tout en œuvre, il accepte tout.
Prenons un exemple : le chien. Ordre des carnassiers, dit-il ; famille des canidés , genre canis, espèce familiaris.
La première question à résoudre est celle-ci]: Quelles sont les variétés fixes ou races à admettre dans son sein? Les dégager de tout ce qui peut nuire à leur étude. Démontrer leur réalité, c’est-à-dire leur filiation et leur origine. Retracer leur histoire. Les suivantes porteront sur leurs relations entre elles et avec les autres espèces du genre chien.
Les races sauvages de chiens sont en nombre limité, mieux définies et se recommandent davantage au travailleur, mais elles sont moins accessibles. Les races domestiques au contraire sont à notre portée, mais elles sont nombreuses, très croisées, peu fixes ; on les rattache cependant à trois souches ou types principaux offrant une foule de variétés dites pures, entre lesquelles se montrent des intermédiaires innombrables, à caractères instables, désordonnés, comme affolés ; à peu près, dirons-nous par anticipation, commechez l’homme. C’est que de part et d’autre, la plus grande liberté règne dans les unions, la domesticité agit comme la civilisation, elle affaiblit les répugnances de race, favorise les croisements en tous sens et tend à amener la fusion et la confusion des caractères et l’anéantissement des types définis, à moins que des .circonstances spéciales n’aient isolé la race ou que des motifs d’intérêt n’aient porté l’homme à surveiller lui-même les unions et à conserver pures certaines qualités physiques ou psychiques.
La tâche du naturaliste est donc très difficile. Pour remonter aux races réelles, immédiates ou éloignées, son premier moyen est tout anatomique. C’est la méthode de réductibilité des caractères par un système d’analyse qui permet de pressentir sinon de retrouver ceux qui ont été associés entre eux avec le plus de ténacité, en constituant ainsi un type proprement dit. Son second moyen repose sur diverses hypothèses, sur le hasard qui, à l’origine même de la race, a présidé à sa formation, et sur les milieux qui y ont prêté leur concours. Le troisième moyen réside dans les renseignements qui quelquefois disent avec quelque précision