CHAPITRE VII
à ses procédés d’étude et à son programme. Il se retrouve en présence des mêmes organes, fonctions, facultés, les unes absolument semblables, les autres modifiées et adaptées aux manières d’être spéciales de l’homme. Les questions générales synthétiques, ce sont les mêmes encore, sauf l’étendue et l’intérêt, qui grandissent. A moins d’avoir deux poids et deux mesures, et même avec la croyance intime que l’homme est un être à part, le centre de l’univers, le couronnement de l’œuvre des six jours et constitue à un certain point de vue un règne à lui seul, le naturaliste doit se résigner. Quelque incommensurable que soit sa tâche, il est obligé de passer par les mêmes chapitres, quitte à en doubler et quintupler l’étendue. L’anthropologiste doit traiter l’homme monographiquement comme fait le naturaliste d’un animal, a dit M. de Quatrefages.
L’une des premières idées générales auxquelles s’arrête le naturaliste lorsqu’il en a fini avec l’étude analytique des caractères d’ordres divers, est, avons-nous dit, la détermination de la place de l’animal dans la classification des êtres en s’appuyant sur ses traits fondamentaux, réduits à quelques-uns, ou à un seul dans certains cas, qui devient la caractéristique du groupe, le trait à étudier sous tous ses aspects, le point central de la monographie.
Cette caractéristique, chez l’homme, c’est le cerveau au point de vue anatomique comme au point de vue de ses fonctions et de ses produits. Or, le côté physiologique de cetorgane, danscequ’il a de propre à l'homme, c’est-à-dire son mode de vitalité, ne se connaît que par ses manifestations extérieures, en premier lieu chez les individus d’âge, de sexe et de provenances différentes, en second lieu dans les collections d’individus associant leurs manifestations, groupés à la surface du globe sous le nom de peuples, de hordes, de tribus, ou, pour parler le langage convenant au sujet, de sociétés plus ou moins civilisées. 11 s’ensuit que l’étude de la caractéristique de l’homme conduit à celle de l'humanité entière, ainsi que l’a dit James Hunt dans sa définition de l’anthropologie.
D’où les proportions presque sans limite que prend la monographie de M l’homme par comparaison avec celle de l’animal dans laquelle ce même chapitre n’a qu’une médiocre étendue. Ce point de vue* essentiellement | anthropologique, et la structure physique intérieure et extérieure du corps sont les deux pôles de la science qui fait l’objet de ce volume. Supprimer l’un serait rayer d’un seul coup l’anthropologie du cadre des : sciences, ainsi que le voudraient beaucoup de gens.
Les peuples sont en effet les analogues des associations, grandes ou petites, que forment entre eux tant d’espèces animales et qu’aucun naturaliste n’a jamais songé à rayer de son cadre, ou encore de ces groupes diffus que l’homme a constitués à son profit sous le nom d’ani-tl maux domestiques. Mais entre eux est une différence peu remarquée qui i rend compte à la fois de la supériorité de l’homme et de l’étendue démesurément grande que prend son histoire.