GENERALITES. — ETENDUE DE L’ANTHROPOLOGIE
Chez l’animal les actes sont automatiques, ce sont des habitudes devenues héréditaires et inconscientes se continuant en vertu d’une impulsion à laquelle il lui est d’autant plus difficile de se dérober qu’elle est plus ancienne, c’est l'instinct, une action réflexe coordonnée en vue d’un but à remplir et accumulée pendant des siècles C-hez l’homme, la même faculté persiste; à défaut d’habitudes se révélant dès la naissance, ce sont des prédispositions ou aptitudes innées tout aussi éclatantes, des impulsions presque irrésistibles à agir d’une certaine façon, à penser comme les ancêtres. Mais ce que l’animal possède à un faible degré, l 'initiative individuelle , la volonté qui permet de lutter contre une certaine tendance, le pouvoir de dévier de ses habitudes, de tenir compte des circonstances nouvelles, de s’y adapter et de modifier ses actes, l’homme le possède au suprême degré. Maître de sa personnalité en quelque sorte, libre de lui appliquer sa ferme volonté, de suivre une voie, de prendre une décision autre que celle à laquelle le poussent ses actions réflexes, fixées et accumulées dans sa matière nerveuse, l’homme gagne en intelligence ce qu’il perd en instinct. Les coutumes, les croyances, le langage, les institutions se perpétuent dans les sociétés en vertu de l’instinct animal. Mais elles se modifient, s’adaptent et se perfectionnent en vertu de l’initiative individuelle. Cette lutte entre l’instinct ancestral et 1 initiative personnelle existe chez l'animal comme chez l’homme, mais avec une force et des résultats différents. Du jour où l’instinct a faibli, a été ébranlé, s’est affolé, la cause a été perdue pour l’animal. C’est la circonstance, le moment cherché par Lamarck, qui a permis à l’animal dont l’homme descend de se changer en précurseur. Chez l’homme confirmé et à plus forte raison avancé en développement, l’initiative personnelle devient une puissance, le levier cherché par Archimède. De là les transformations que subissent les sociétés à travers les siècles, de l’état de nature à l’état civilisé, et l'accélération du mouvement, C’est le triomphe de l’individu sur la routine ancestrale, la gloire de l’humanité. Mais aussi combien cet élément n’agrandit il pas le champ de l’anthropologiste! Il n’a plus à compter avec une faculté seulement, mais aussi avec ses effets devenant causes à leur tour.
Acôté de ces caractères cérébraux d’un certain ordre se présentent, aux yeux du naturaliste devenu anthropologiste, toute une série de caractères qui sont encore des manifestations de l’organe caractéristique de l’homme, mais d’une nature différente. Je veux parler de ce que je qualifierai par anficipation , bien que j’en aie parlé dans l’historique, de caractères ethnographiques liés à l’histoire extérieure des peuples, à leurs origines, migrations, mélanges, langues, religions, industries, mœurs et coutumes, etc. C est là surtout que les renseignements de toutes sortes que le naturaliste sollicitait en faveur de l’animal, interviennent en nombre infini pour l’anthropologiste. C’est là qu’apparaissent en foule, par la division du travail, les sciences annexes, accessoires, complémentaires Topinaud. — Anthropologie. f t