‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 156 sur 980 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

de l’histoire de l’homme et que chaque chapitre prend à volonté une étendue sans limite et peut devenir l’objet d’une science spéciale, à inclure ou non dans l’anthropologie.

Science» anthropologiques. — L’anthropologie arrive de cette façon à centraliser autour de son sujet propre, un certain nombre de sciences, les unes lui appartenant en propre et auxquelles nulle autre connaissance humaine n’a droit au même titre, les autres qui répondent à des aspects particuliers du sujet et le complètent, d’autres enfin qui n’interviennent qu’à titre très accessoire ou à titre de renseignements.

Les premières sont X anatomie, la physiologie et en principe la pathologie qui, partant de l’individu, ce point de départ forcé, s’élève à L’espèce et à ses divisions, comparant l’homme aux animaux et les collectivités humaines entre elles; à la physiologie se rattache la psychologie . Les secondes se résument en un mot : X ethnographie à laquelle se lie la sociologie, les deux concernant les peuples, seules réalités tangibles pour l'anthropologiste. Les troisièmes sont l’histoire, l’archéologie, la géographie, la géologie, la paléontologie, la linguistique, la mythologie, la démographie, etc., c’est-à-dire les mêmes sciences que nous avons vues intervenir lorsque le naturaliste voulait compléter l’histoire de l’animal.

C’est une transformation complète pour ce naturaliste. Un ou plusieurs volumes lui suffisaient pour terminer la monographie de l’animal tenant le plus de place. A présent, c’est une encyclopédie dont il est chargé. L’animal, cette fois, étant nous-mêmes, notre organisation, nos faits et gestes, nos pensées, le moindre aspect mis en lumière prend des proportions inattendues, soulève de vives discussions, appelle des observations méthodiques, exige des procédés d’étude spéciaux, et parfois même acquiert du jour au lendemain le droit d’être traité à part. L’esprit le mieux organisé ne saurait y suffire, la centralisation lui est permise, mais il ne peut entrer dans tous les détails. La division du travail s’impose donc à regret. Il faut laisser les spécialistes se créer, sauf à fixer leur part dans l’œuvre commune et à empêcher l’intrusion d’idées discordantes et étroites en désaccord avec le principe général, tout en laissant à chacun une indépendance suffisante et les voies et méthodes qui conviennent à son sujet propre. Parmi ces sciences ou spécialités, les unes surgissent parla force des choses et ont droit à plus de privilèges, les autres, trop souvent, sont intéressées et cherchent à se greffer à l’anthropologie plus que de raison afin de profiter de la faveur dont cette science jouit actuellement dans le public. Les unes ne peuvent être cultivées que par des hommes de science ou de lettres, les autres sont accessibles à tous sans grande préparation ; ce sont celles-ci qu’il faut redouter.

La première pensée d’une dénomination collective s’appliquant à l’ensemble des sciences concourant directement ou indirectement aux progrès de l’histoire naturelle de l’homme est venue en LS78, avec l’Exposition internationale. L’expression de sciences anthropologiques fut acceptée

GENERALITES. — SCIENCES ANTHROPOLOGIQUES.

par Broca dans le sens donné à sciences médicales en médecine, élan! entendu qne l’accessoire ne modifierait en rien la science fondamentale. L’anthropologie se réservait, ainsi que le programme de l’École d’anthropologie présenté par Broca à son ouverture deux ans auparavant le disait, de centraliser toutes les connaissances qu’elle groupe autour d’elle pour les faire servir à la solution des problèmes généraux qui sont son objectif suprême : la place de l’homme dans la nature et les lois qui président à sa transformation physique, morale et intellectuelle dans le temps.

Devant cette marée montante, l’anthropologie a-t-elle su maintenir son terrain propre ? s’est-elle suffisamment retranchée dans sa redoute centrale? a-t-elle été débordée? C’estce qu’il nousest personnellement difficile de dire. Chaque jour, dans les publications périodiques, par exemple dans la Hernie scientifique , on lit des articles qui, sous la rubrique « Anthropologie », n’ont aucun droit à ce titre. Aux séances mêmes de la Société d’anthropologie de Paris et de bien d’autres, on voit se produire des communications qui ne la touchent que de bien loin. Moi-même, dans la Revue d anthropologie, il m’est arrivé d’être débordé. Il y a là un danger contre lequel notre science doit se prémunir. A trop s’éparpiller on s’affaiblit. Notre terrain est solide, notre méthode constitue notre force, notre objectif représenté par deux termes extrêmes, l’homme-animal et l’humanité, est très net, ne nous en laissons pas détourner. Explorons tous les coins de notre domaine, recevons les tributs qu’on veut bien nous payer, mais restons nous-mêmes, c’est-à-dire naturalistes embrassant la totalité de notre sujet, mais rien que notre sujet, déjà si vaste.

Voyons rapidement la part qui revient à ces sciences, à ces branches du sujet, et délimitons-la, dussions-nous nous répéter. Commençons par les trois premières, deux surtout, une plus encore, qui sont le terrain propre de l’anthropologie, le réduit central où elle se replie, surveille ses partisans, projette ses rayons dans toutes les directions et défie toutes les attaques.

Anaiomie, physiologie et pathologie. — Nous ne faisons que les indiquer, devant y revenir souvent, notamment à propos des sciences médicales. Toutes trois se composent de faits et de phénomènes généraux communs à tous les animaux, et défaits et de phénomènes particuliers à chacun, par conséquent de ceux propres à l’homme.

Les faits communs, simples dans les organismes élémentaires où ils ne comportent qu’un horizon limité, vont en se multipliant et se compliquant dans leurs applications à mesure qu’on se rapproche de l’homme* où d’une manière générale ils présentent leur maximum de développement. L’anatomie, qui, à ce point de vue, serait mieux nommée la morphologie, s’élève ici à la notion générale d’unité de composition de Geoffroy Saint-Hilaire, de liens entre tous les êtres, et de descendance de Lamarck et Hœckel. La physiologie, qui est mieux désignée sous le nom de biologie, aboutit de même àl’unké des phénomènes vitaux, et ne voit dans

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