CHAPITRE VU
Mais comment conduire parallèlement lesdeux séries d’études si ce n’est en confrontant sans cesse l’organe avec ses manifestations, et observant méthodiquement, en ce qui regarde celles-ci, les individus d’abord, les masses ensuite, à toutes les étapes de l’intelligence, depuis les Australiens occidentaux de Scott Nind ou les Boshimans de Levaillant jusqu’aux peuples civilisés de la vieille Europe ou de la nouvelle Amérique?
Dans cette œuvre considérable qui chez les animaux est le couronnement de la même recherche, la première opération consiste non à inventer un système de dénombrement et de classification des facultés primordiales à la façon des philosophes de profession, des gens du monde et de certains savants dont Gall est un exemple, mais à le découvrir par l’analyse patiente des aptitudes, sentiments, tendances, mœurs, institutions (des simples aux composés), langues, religions, etc., des divers peuples, et l’observation parallèle du cerveau par le scalpel, la balance et le microscope.
Dans la recherche des localisations cérébrales il y trois procédés à suivre : l’expérimentation sur les animaux, à laquelle on objecte que ce n’est pas l’homme et qu’on ne peut rigoureusement conclure des uns à l’autre, en dehors des phénomènes de sensibilité simple et de mouvement ; l’observation de certaines lésions pathologiques accidentelles ou congénitales; et la comparaison directe du cerveau sur le cadavre avec les facultés et aptitudes constatées sur le vivant. C’est pour favoriser ces études qu’a été fondée à Paris la Société d’autopsie. Mais combien de sujets ne faut-il pas avant d’aboutir à quelque conclusion! Ici, comme dans tout caractère physique et physiologique, il faut le nombre. J’ai tout à l’heure signalé une autre méthode chez les animaux, celle de comparer les mœurs et le cerveau dans les races domestiques et sauvages. Ce qui y répond chez l’homme, c’est la comparaison aux deux mêmes points de vue des peuples possédant des modes d’activité cérébrale différents, des civilisations opposées, des croyances religieuses autres.
La détermination des facultés du premier ordre, puis du second, du troisième, non en rentrant en soi-même et se faisant juge dans son propre procès, mais par les méthodes d’observation rigoureuses, sur les peuples et les races, qui seules mènent à des résultats dans les sciences ; puis leur localisation, et comme conséquence l’influence qu’elles exercent les unes sur les autres anatomiquement et physiologiquement, c’est-à-dire le mécanisme même de la pensée, suivent ou précèdent nécessairement, et sont du ressort du naturaliste qui changeant de nom s’est fait anthropologiste. Mais tout cela, c’est la psychologie elle-même, la psychologie nouvelle ! On objectera que la physiologie cérébrale ne concerne pas que l’homme et rentre dans la physiologie générale. Assurément on peut le soutenir; maisqu’est-ce que la partie qui en revient aux animaux, par comparaison avec celle qui appartient à l'homme ? Ce jeu des fonctions cérébrales, dont la vie des sociétés est le produit, la manifestation, c’est la caractéristique